Publié le 16 décembre 2025 17h31. Une étude menée dans la province de Plaisance révèle que la grande majorité des patients se rendent aux urgences de leur propre initiative, sans consulter leur médecin traitant, remettant en question l’idée d’une saturation des services due à un manque de disponibilité des médecins généralistes.
- 87 % des patients accèdent aux urgences sans avoir préalablement contacté leur médecin.
- Seulement 2 % des patients ne reçoivent pas de réponse de leur médecin de famille dans un délai raisonnable.
- L’étude suggère que le manque de filtre médical personnel est un facteur clé de l’engorgement des services d’urgence.
Une recherche observationnelle, conduite par le docteur Daniela Petraglia, 34 ans, médecin à Val Tidone, en collaboration avec ses collègues Mariacristina Arbasi, Matteo Carusone, Mauro Moretto et Elena Quarantelli, sous la direction de Marco Cupardo de Bologne, met en lumière les raisons de la fréquentation des services d’urgence dans la province de Plaisance. Publiée dans la revue de la Société italienne des médecins généralistes et médecins de premier recours (SIMG), cette étude vise à évaluer l’adéquation des accès aux urgences et aux Centres d’Assistance et d’Urgence (CAU).
Le docteur Petraglia explique que cette initiative est née d’un sentiment partagé par de nombreux médecins de famille : « Nous nous sentons souvent accusés, par la politique et les médias, d’être « indisponibles » et donc co-responsables de l’encombrement des urgences. L’expérience quotidienne nous a montré une réalité différente et nous avons voulu la vérifier avec des données, en dépassant l’interprétation limitative du seul code de triage. »
L’étude a analysé 300 passages aux urgences sur une période de 77 jours, concernant des patients suivis par quatre médecins généralistes de la province de Plaisance. Pour chaque cas, les chercheurs ont vérifié si le patient avait tenté de contacter son médecin, s’il y avait eu une consultation préalable et si le médecin avait recommandé un passage aux urgences. Ils ont également demandé aux médecins généralistes d’évaluer l’opportunité de l’accès aux urgences, indépendamment de la classification effectuée par le triage.
Les résultats indiquent que 51 % des accès aux urgences ont été jugés inappropriés. Plus précisément, 87 % de ces accès inappropriés ont été initiés par les patients eux-mêmes, souvent sans aucun contact préalable avec leur médecin traitant. Lorsque le médecin généraliste était impliqué dans le processus, le taux d’accès appropriés atteignait 79 %. Seulement 2 % des visites aux urgences étaient dues à l’impossibilité de joindre le médecin de famille dans un délai acceptable.
« L’étude suggère que l’incapacité du patient à utiliser le filtre médical, plutôt qu’une présumée inefficacité de la médecine générale, est un facteur déterminant de l’encombrement inapproprié des salles d’urgence. »
Docteur Daniela Petraglia
Le docteur Petraglia souligne également la confusion qui règne chez les citoyens concernant les différents services disponibles : « Il y a beaucoup de confusion, due aussi à la multiplication des services : service médical d’urgence, CAU, urgences. En Émilie-Romagne, le CAU aurait dû représenter un niveau intermédiaire, avec des diagnostics de base et du personnel soignant. Dans la province de Plaisance, cependant, ils sont souvent situés à l’intérieur des hôpitaux et finissent par être perçus comme une extension des salles d’urgence. »
Elle ajoute que la solution ne passe pas uniquement par la création de nouveaux services, mais par le renforcement de ceux qui existent déjà et par une meilleure information des citoyens : « Créer davantage de services sans améliorer ceux qui existent déjà risque de fragmenter davantage les ressources. Les gardes médicales souffrent d’un grave manque de personnel : de nombreux jeunes préfèrent le CAU et certains bureaux restent non couverts. Paradoxalement, l’augmentation des services a “effrité” nos forces au lieu de les renforcer. »
Selon le docteur Petraglia, il est essentiel de doter les médecins généralistes d’outils de diagnostic de premier niveau, tels que des échographies de base et des électrocardiogrammes, afin d’éviter de nombreux passages inutiles aux urgences. Elle conclut : « Plutôt que de créer de nouveaux niveaux d’assistance, nous devrions renforcer ceux qui existent déjà et clarifier pour les citoyens comment s’orienter. »
Le travail de l’équipe du docteur Petraglia a été récompensé par la Société italienne des médecins généralistes et médecins de premier recours le 29 novembre dernier à Florence, lors du 42ème congrès, où il a été sélectionné parmi 66 projets.
