Publié le 7 novembre 2025 à 08h03. Une étude de l’Université Rovira i Virgili (URV) remet en question l’idée que le régime méditerranéen garantit un apport suffisant en folate, une vitamine essentielle, notamment pour les femmes enceintes, et ouvre le débat sur une éventuelle fortification généralisée des aliments.
- Seulement 17,5 % de la population étudiée en Catalogne suit un régime méditerranéen strict.
- Des carences en folate ont été observées chez une proportion significative de personnes, même parmi celles qui adhèrent au régime méditerranéen.
- L’étude suggère qu’une réflexion sur l’enrichissement des aliments de base en acide folique pourrait être nécessaire.
Contrairement aux idées reçues, le régime méditerranéen, souvent vanté pour ses bienfaits nutritionnels, ne semble pas toujours suffire à assurer un apport adéquat en folate, une vitamine cruciale pour la prévention de malformations congénitales graves, comme le spina bifida. C’est la conclusion d’une recherche menée par une équipe de l’Université Rovira i Virgili (URV) à Tarragone, en Espagne.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande d’ailleurs aux femmes enceintes, ou envisageant une grossesse, de compléter leur alimentation avec de l’acide folique, la forme synthétique de cette vitamine, afin de réduire considérablement les risques de ces malformations. Dans les années 1990, face à une carence généralisée en folate, des pays comme les États-Unis et le Canada ont mis en place des programmes d’enrichissement obligatoire des aliments de base, tels que la farine et les céréales.
Si plus de 60 pays dans le monde ont adopté des mesures similaires, la région européenne a généralement résisté à cette approche, privilégiant l’idée que l’alimentation méditerranéenne, riche et équilibrée, assurait un apport suffisant en folate. Cependant, la décision récente du gouvernement britannique d’enrichir massivement la farine à partir de 2026 a relancé le débat : une alimentation saine suffit-elle réellement à garantir des niveaux adéquats de folate ? Une fortification à grande échelle est-elle nécessaire dans les pays méditerranéens ?
Régime méditerranéen et folate : une réalité plus nuancée
Pour tenter de répondre à ces questions, les chercheurs de l’URV ont analysé les habitudes alimentaires de 740 habitants de la province de Tarragone, sur la base de données collectées entre 1998 et 2002. Ces données ont été complétées par des examens de santé et des analyses sanguines permettant de mesurer les niveaux de folate et d’autres vitamines.
Michelle Murphy, chercheuse au Département des Sciences Médicales Fondamentales de l’URV, explique que les habitudes alimentaires de cette époque étaient plus représentatives du régime méditerranéen traditionnel que celles d’aujourd’hui, ce qui rendait l’étude particulièrement pertinente :
« À cette époque, les habitudes de consommation alimentaire étaient plus représentatives du régime méditerranéen que celles d’aujourd’hui et donc plus pertinentes dans ce contexte. »
Michelle Murphy, chercheuse au Département des Sciences Médicales Fondamentales de l’URV

Une faible adhésion au régime méditerranéen et des carences fréquentes
Les résultats de l’étude ont révélé que seulement 17,5 % des participants suivaient un régime méditerranéen rigoureux. Or, même parmi ce groupe, 15 % présentaient des niveaux de folate inférieurs aux recommandations de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), et 8,5 % ne satisfaisaient pas aux besoins en folate définis par l’OMS. Les carences en folate étaient beaucoup plus fréquentes chez les personnes ayant une faible adhésion au régime méditerranéen : 71 % n’en consommaient pas suffisamment par leur alimentation, et plus d’un quart présentaient des carences sanguines.
L’étude a également mis en évidence un manque d’autres vitamines essentielles, comme la vitamine B6, cruciale pour le développement du système nerveux et du système immunitaire. En résumé, une alimentation méditerranéenne équilibrée est généralement associée à un apport suffisant en folate et à des niveaux sanguins adéquats, mais ce régime ne garantit pas à lui seul une protection contre les carences. La situation est particulièrement préoccupante pour les 82,5 % de la population étudiée qui ne suivent pas un régime méditerranéen strict, et qui sont donc plus vulnérables aux carences en folate et en autres vitamines essentielles.
Vers une réflexion sur la fortification des aliments ?
Les chercheurs de l’URV plaident depuis longtemps pour des campagnes de sensibilisation visant à encourager la supplémentation en folate et en vitamine B12, en particulier chez les femmes enceintes. Les résultats de cette étude vont plus loin et suggèrent l’existence de carences systémiques en folate dans la population méditerranéenne. Face à ce constat, l’équipe de recherche estime qu’il est nécessaire d’ouvrir le débat sur l’enrichissement des aliments de base, comme la farine :
« Nous parlons d’une mesure de santé publique qui peut éviter de graves complications dans le développement du fœtus avec des conséquences sur la santé tout au long de la vie, comme le spina bifida ; a priori, il semble cohérent d’essayer d’empêcher que cela se produise. »
L’équipe de recherche de l’URV
Cependant, les chercheurs soulignent qu’une telle mesure ne peut être envisagée qu’après avoir recueilli davantage de données sur les habitudes alimentaires et l’assimilation des vitamines dans la population. Ils appellent donc à poursuivre les recherches dans ce domaine :
« Il faut souligner qu’à ce stade, nous ne pouvons pas recommander sans équivoque ce type de mesures ; Ce que nous mettons sur la table, c’est qu’il faut étudier le phénomène de manière plus approfondie et ouvrir le débat à l’environnement scientifique et politique. »
Michelle Murphy, chercheuse au Département des Sciences Médicales Fondamentales de l’URV
Ils insistent également sur l’importance de politiques visant à améliorer l’alimentation de la population, en encourageant la consommation d’aliments frais et variés.
Source: URV
