Une nouvelle vague d’escroqueries sophistiquées via messagerie instantanée sévit, exploitant des vidéos truquées générées par intelligence artificielle (IA) pour piéger des investisseurs potentiels. Les préjudices financiers s’élèvent à plusieurs milliards d’euros, et les autorités mettent en garde contre une amplification de ce phénomène.
Tout commence souvent par une publication sur les réseaux sociaux : une figure publique, un présentateur de télévision ou un homme politique semble recommander une plateforme d’investissement révolutionnaire. L’illusion est parfaite, les mouvements de lèvres synchronisés, la voix familière… mais il s’agit d’une contrefaçon. Ceux qui cliquent sont immédiatement dirigés vers un groupe WhatsApp ou Telegram, point de départ d’une escroquerie particulièrement retorse.
Les escrocs misent sur des deepfakes de haute qualité, des vidéos truquées si réalistes qu’elles imitent avec précision les expressions faciales et les voix de personnalités connues, comme Markus Lanz. Sur un smartphone, il est devenu extrêmement difficile de distinguer le vrai du faux.
Le stratagème repose sur un appât simple : la promesse d’un accès privilégié à un « secret » permettant de s’enrichir rapidement. Pour participer, il suffit de rejoindre un groupe de discussion. Cependant, les autorités, comme la BaFin allemande, rappellent qu’aucune personnalité reconnue ne ferait la promotion de plateformes d’investissement de cette manière.
Une fois intégrés au groupe, les victimes entrent dans une phase appelée « boucherie de porcs », où elles sont progressivement incitées à investir des sommes d’argent de plus en plus importantes. L’ambiance est mise en scène : un « professeur » dispense des conseils, des « assistants » accueillent les nouveaux membres. Des captures d’écran de gains présumés, souvent générés par des robots ou des complices, circulent pour renforcer l’illusion d’une communauté prospère.
L’étape suivante consiste à télécharger une application de trading, rarement disponible sur les plateformes officielles (Apple Store ou Google Play). Cette application affiche des graphiques professionnels et des gains importants, mais il s’agit d’une simulation. Pour maintenir la confiance, les escrocs peuvent accorder une petite indemnité, un tournant psychologique qui encourage les victimes à investir davantage, parfois la totalité de leurs économies.
Un autre danger réside dans la diffusion de logiciels malveillants via WhatsApp, déguisés en mises à jour inoffensives. Ces fichiers peuvent donner un accès total à l’appareil de la victime.
La supercherie est révélée lorsque l’investisseur tente de retirer des sommes importantes. Des « problèmes techniques » surgissent, ou des « frais initiaux » sont exigés. L’argent disparaît sans laisser de trace.
Les escrocs ne s’arrêtent pas là. Ils proposent ensuite aux victimes de recourir à des « services de récupération de fonds », présentés par des avocats ou des employés de la surveillance financière. Il s’agit d’une nouvelle arnaque, visant à profiter du désespoir des personnes lésées.
Les enquêteurs sont confrontés à des difficultés majeures, car les escrocs opèrent souvent depuis des pays d’Asie du Sud-Est, hors de portée de la justice européenne, et utilisent des groupes de messagerie cryptés, dont le contenu ne peut pas être analysé de manière proactive par les opérateurs de plateforme. La professionnalisation de ces réseaux est frappante : ils utilisent des centres d’appels et des techniques de manipulation psychologique sophistiquées.
Les dégâts, rien qu’en Allemagne, sont estimés à plusieurs centaines de millions d’euros par an. Les experts prévoient que les tentatives de fraude deviendront encore plus crédibles avec l’utilisation de robots vocaux basés sur l’IA.
Pour se protéger, il est essentiel de respecter quelques règles simples : ne jamais effectuer de transactions financières via des messageries instantanées, toujours vérifier la source des informations, utiliser uniquement les magasins d’applications officiels et signaler toute tentative d’escroquerie à la police.
