Mis à jour le 2 décembre 2025 à 11h00. La colonisation de Mars, un défi colossal, pourrait s’appuyer sur des solutions biologiques insoupçonnées : des bactéries capables de transformer le sol martien en matériaux de construction et de produire de l’oxygène, ouvrant la voie à des habitats autonomes sur la planète rouge.
- Des astrobiologistes ont identifié deux bactéries capables de convertir le régolithe martien en minéraux utilisables pour la construction.
- Ces bactéries produisent également de l’oxygène et de l’ammoniac, essentiels à la survie humaine et à l’agriculture martienne.
- Cette approche biomimétique pourrait accélérer la colonisation de Mars et servir de modèle pour l’exploration spatiale future.
La perspective de coloniser Mars est souvent comparée à un jeu vidéo de gestion complexe. Dans ces simulations, on part de peu de ressources et, progressivement, on exploite les mécanismes du monde virtuel pour créer des outils de plus en plus sophistiqués, ouvrant ainsi de nouvelles possibilités. La différence cruciale, sur Mars, réside dans la rareté des ressources et l’absence de possibilité de recommencer en cas d’échec. C’est pourquoi les équipes d’astrobiologistes considèrent un nombre incalculable de variables pour assurer la survie humaine, en se concentrant sur quatre éléments essentiels : l’eau, l’air, la nourriture et le logement.
Contrairement aux jeux vidéo, la recherche de solutions innovantes est encouragée. Tout ce qui peut être apporté de la Terre pour faciliter la survie des astronautes est précieux. Et nous disposons d’une technologie bien plus évoluée que tout programme informatique : les organismes extrémophiles. Ces êtres vivants prospèrent dans des environnements extrêmes – températures variables, absence d’oxygène, forte radioactivité – et produisent des substances utiles pour pallier les carences de Mars en matière de maintien de la vie.
Deux bactéries pour bâtir un abri
Une étude publiée dans la revue Frontiers in Microbiology révèle que deux bactéries pourraient constituer une solution pour créer un refuge sur Mars. En travaillant de concert, elles transforment le régolithe martien (un mélange de poussière et de roches recouvrant la surface de la planète) en minéraux utilisables dans la construction, tout en produisant de l’oxygène et de l’ammoniac.
La première, Sporosarcina pasteurii, est déjà bien connue pour sa capacité à produire du carbonate de calcium, un minéral stabilisant les sols sableux et permettant de fabriquer des briques biosourcées résistantes. Des tests en conditions simulant le sol martien ont confirmé son efficacité, offrant aux futurs astronautes la possibilité de l’utiliser à la même fin. Cependant, cette bactérie nécessite de l’oxygène et est sensible à l’atmosphère martienne.
C’est là qu’intervient Chroococcidiopsis, une cyanobactérie aux propriétés remarquables. Ces micro-organismes sont considérés comme les premiers producteurs d’oxygène sur Terre, il y a entre 3 et 3,5 milliards d’années, rendant possible l’émergence de la vie complexe.
Une bactérie protège l’autre
Chroococcidiopsis est exceptionnellement résistante. En 2014, des échantillons de cette bactérie ont été exposés aux rayonnements spatiaux et aux températures extrêmes de l’espace depuis la Station spatiale internationale. Les résultats, publiés en 2022, ont démontré sa capacité à réparer son ADN et à continuer à produire de l’oxygène malgré ces conditions extrêmes.
Sur Terre, on la trouve notamment dans les déserts, où elle survit et produit de l’oxygène malgré l’absence d’eau, des températures élevées et des conditions mortelles pour l’homme. Les chercheurs souhaitent donc exploiter les capacités de cette cyanobactérie pour protéger Sporosarcina pasteurii. Ainsi, Sporosarcina pourrait transformer progressivement le régolithe martien en un ciment utilisable pour construire les futures habitations sur Mars.
De plus, cette combinaison bactérienne produit de l’oxygène supplémentaire pour la respiration et de l’ammoniac, une source d’azote essentielle à la croissance des plantes martiennes. En exploitant ces « astuces » biologiques, l’avenir des colonies martiennes pourrait commencer à se concrétiser. Le processus sera lent au début, mais une fois les premiers obstacles surmontés, il pourrait ouvrir la voie non seulement à la colonisation de la planète rouge, mais aussi à l’exploration des étoiles.


