Publié le 22 novembre 2025 à 10h47. Face à la prolifération de la désinformation, il est essentiel de rappeler l’impact concret et positif de la science, souvent éclipsé par les théories les plus extravagantes. Des avancées médicales en Espagne aux études sur l’activité physique, la recherche scientifique améliore concrètement la vie de millions de personnes.
- Une chimiste sévillane a développé un dispositif capable de détecter le cancer avec une simple goutte de sang.
- Un nouveau vaccin contre le virus respiratoire syncytial a permis d’éviter l’hospitalisation d’environ 10 000 bébés en Espagne.
- Des études démontrent que 150 minutes d’exercice hebdomadaire réduisent significativement les risques de maladies cardiovasculaires et de certains cancers.
L’époque où un discours marginal, tenu dans un bar, ne touchait qu’un public restreint est révolue. Aujourd’hui, une théorie, aussi improbable soit-elle – comme celle de la Terre plate – peut se propager à grande vitesse grâce aux réseaux sociaux et atteindre des millions de personnes. L’impact de cette désinformation peut même surpasser celui des arguments scientifiques rigoureux qui tentent de la démentir. Une conversation sur la menace potentielle de 3I/ATLAS pour la Terre, aussi angoissante soit-elle, peut sembler plus captivante qu’une explication de la NASA sur la distance qui nous sépare des objets célestes (273 millions de kilomètres, soit le point le plus proche de notre planète).
La science est souvent perçue comme un rabat-joie, un rempart contre l’imagination fertile qui a toujours animé l’humanité, de l’Égypte ancienne à l’œuvre de Miguel de Cervantes. Pourtant, sa véritable valeur réside ailleurs. Il incombe à ceux qui travaillent dans la diffusion du savoir de mettre en lumière les progrès concrets qui améliorent la vie des gens. La définition de l’Organisation des Nations unies (ONU) est claire :
« La science est l’outil que les êtres humains ont créé à la fois pour comprendre le monde qui les entoure, et pour appliquer ces connaissances à leur bénéfice. »
ONU
Il est donc plus pertinent de s’intéresser à ces avancées tangibles que de débattre avec les partisans de théories conspirationnistes, même si l’exercice s’avère parfois inévitable.
Récemment, j’ai eu le privilège d’interviewer Laura Lechuga, une chimiste sévillane spécialisée dans les biocapteurs. Lauréate du Prix national de la recherche en 2020, elle a mis au point un appareil révolutionnaire capable de détecter le cancer à partir d’une simple goutte de sang. Elle a illustré son invention avec une analogie simple : « Pensez au lecteur de glycémie utilisé par les diabétiques. »
Lorsqu’on l’a interrogée sur la date à laquelle cet outil serait accessible à tous, elle a répondu, avec la frustration de ceux qui doivent répéter sans cesse la même chose, mais toujours avec courtoisie :
« Le principal problème est que la société ne comprend pas toujours que ce que nous, les scientifiques, faisons en laboratoire n’est pas un produit commercial. »
Laura Lechuga, chimiste
La science consiste d’abord à poser les bases de ces recherches qui peuvent transformer la vie de millions de personnes. Mais ces processus prennent du temps.
Un exemple probant est celui du vaccin contre le virus respiratoire syncytial. Les estimations indiquent qu’il a permis d’éviter l’hospitalisation d’environ 10 000 bébés en Espagne. Il est difficile d’imaginer un progrès plus significatif. Cependant, le chemin a été long : des années de recherche, l’approbation de l’Union européenne pour la commercialisation de l’anticorps monoclonal nirsevimab en 2022, et enfin, la mise en œuvre à l’échelle nationale par l’Association espagnole de pédiatrie, l’une des pionnières mondiales. Les résultats sont désormais visibles.
Au-delà du laboratoire, la science peut également nous aider à mieux comprendre les bienfaits de certaines pratiques. Dans un contexte où nous sommes constamment bombardés de messages sur la manière de vivre mieux – souvent sans fondement –, il est pertinent de se tourner vers les experts. Le Dr. Alejandro Lucía, professeur à l’Université européenne et l’un des scientifiques les plus cités au monde, a publié environ 800 articles scientifiques au cours des 21 dernières années. Ses conclusions ? Avec au moins 150 minutes d’exercice hebdomadaire, les risques de contracter des maladies cardiovasculaires ou différents types de cancer sont considérablement réduits.
Lorsqu’on lui a demandé si l’activité physique pouvait détruire les tumeurs, sa réponse, typique d’un scientifique, a été la suivante : « Si c’était le cas, je deviendrais un influenceur et je créerais de fausses attentes. Le cancer peut nous frapper tous, mais les risques sont moindres. »
La réponse d’Alejandro Lucía, bien que pragmatique, illustre l’essence même de la science : une rigueur empirique au service d’une amélioration réelle de la vie des gens, y compris celle des plus sceptiques.
—–
Ce contenu a été initialement publié dans notre newsletter hebdomadaire. Avez-vous apprécié ? Inscrivez-vous à la newsletter qui vous intéresse le plus et recevez chaque semaine gratuitement les meilleurs rapports, photographies et actualités par courrier électronique.
