Vingt ans après sa sortie, le premier God of War reste un titre ambivalent : un chef-d’œuvre technique pour son époque, mais aussi une expérience parfois frustrante, témoignant d’un âge révolu du jeu vidéo.
Sorti en 2005 sur PlayStation 2, God of War avait immédiatement captivé un joueur, séduit par les thèmes épiques évoquant Jason et les Argonautes. Le jeu, développé par Santa Monica Studio, s’imposait alors comme un incontournable.
L’aventure débute dans la mer Égée, avec un affrontement spectaculaire contre une hydre géante. Dès les premières minutes, le soin apporté aux détails et la richesse artistique du jeu frappent. Les environnements inspirés de la Grèce antique, qu’il s’agisse d’extérieurs grandioses ou d’intérieurs minutieusement reconstitués, créent une atmosphère immersive. Au cœur du gameplay, on retrouve un système de combat basé sur l’action et le hack and slash, qui se révèle étonnamment satisfaisant.
Le jeu encourage l’engagement dans les combats, offrant une variété de mouvements et d’attaques. Kratos manie les emblématiques Lames du Chaos, mais aussi la Lame d’Artémis, plus discrète. Au fil de son périple, il débloque également diverses compétences magiques. L’une des plus marquantes est sans doute l’Armée d’Hadès, obtenue après avoir vaincu un boss particulièrement coriace. En l’activant, Kratos est entouré d’une nuée démoniaque qui se projette sur les ennemis, tel un barrage de projectiles guidés.
Le personnage de Kratos évolue en collectant des orbes rouges, disséminés dans les coffres, obtenus en terrassant des ennemis ou en détruisant des objets. Ces orbes servent à améliorer ses capacités. Des orbes verts permettent de reconstituer sa barre de santé, tandis que des orbes bleues rechargent sa jauge de magie. Des yeux de Gorgone et des plumes de phénix permettent d’étendre ces jauges.
L’épopée de Kratos le mène à travers des lieux emblématiques : Athènes, le Temple de l’Oracle, le désert des Âmes perdues, et enfin le Temple de Pandore. Son objectif ultime est de mettre fin aux cauchemars qui le hantent. Ironiquement, c’est au Temple de Pandore que le jeu prend une tournure plus sombre et angoissante.
Si le jeu a été achevé il y a vingt ans, le refaire aujourd’hui révèle certaines difficultés. Les joueurs évoquent souvent en ligne des passages particulièrement ardus : le saut périlleux au-dessus du deuxième trou de lave, le timing impitoyable de la salle aux pics, la course effrénée pour échapper aux scies rotatives menant au tombeau de l’Architecte, ou encore l’épreuve d’Hadès, où il faut progresser sur des planches suspendues tout en évitant des lames rotatives.
L’ascension des tours de pics rotatifs dans le Chemin d’Hadès est souvent citée comme un test de patience extrême, mais le combat contre la Gardienne de Pandore s’est avéré encore plus frustrant. La difficulté résidait dans l’exécution des quick time events (QTE), où le temps de réaction était insuffisant. Une astuce trouvée en ligne a révélé qu’il fallait pincer le stick analogique gauche avec le pouce et l’index pour réussir à suivre le rythme effréné des QTE.
Le combat final contre Arès est également truffé de QTE, qui apparaissent et disparaissent en un clin d’œil. Pour y parvenir, il a fallu maintenir enfoncés tous les boutons de la manette DualShock 2, une solution peu élégante. Était-ce intentionnel ?
D’autres aspects du jeu suscitent des interrogations. Le personnage de Méduse, par exemple, est sous-exploité. La Gorgone à la chevelure de serpents se contente d’un rôle de boss de milieu de niveau, et d’une attaque magique intéressante, mais sans plus. Le combat entre Persée et Méduse dans le film Le Choc des Titans (1981) offrait un potentiel narratif bien plus riche, invitant à une adaptation vidéoludique basée sur l’ingéniosité et l’utilisation du reflet.
L’arrivée au Temple de Pandore est également décevante. Au lieu d’escalader le titan qui porte le temple sur son dos, à la manière de Shadow of the Colossus, cette séquence épique est résumée par une simple cinématique.
Malgré ces défauts, God of War offre de nombreux moments de plaisir. La mise en scène d’une ville antique assiégée, la galerie de monstres inspirés de la mythologie grecque, les explorations sous-marines à la fois étranges et paisibles, et l’utilisation d’une échelle dramatique saisissante, notamment dans une séquence où Kratos est réduit à la taille d’une fourmi, témoignent du talent des développeurs. La bande originale épique accompagne parfaitement l’action, et le son des points de sauvegarde devient rapidement familier.
Il est difficile de recommander God of War (2005) sans réserve. Certaines séquences sont véritablement frustrantes. Cependant, si vous appréciez les monstres classiques, les combats à l’épée et les aventures épiques, il vaut la peine de découvrir le premier opus de cette saga emblématique, car il reste, pour la plupart, un classique brillamment réalisé.
