Publié le 17 janvier 2024. L’éminent professeur tchèque s’interroge sur les ambitions hégémoniques des États-Unis en Amérique latine, les mutations de sa politique étrangère et les risques d’une dérive autoritaire, tout en appelant la République tchèque à la prudence face aux tensions croissantes en Europe.
- Les États-Unis consolident leur influence en Amérique latine, exerçant des pressions sur des pays comme le Venezuela, Cuba et le Nicaragua.
- Une transformation ethnique est en cours au sein de l’establishment américain, avec l’émergence de figures d’origine hispanique dans la politique étrangère.
- L’Europe est confrontée à un dilemme : s’aligner sur une politique américaine perçue comme déstabilisatrice ou renforcer son autonomie stratégique.
Selon un professeur tchèque, les États-Unis semblent déterminés à maintenir leur domination sur le continent américain, voire à l’étendre, considérant l’hémisphère occidental comme leur sphère d’influence exclusive. Cette stratégie se traduit par une pression accrue sur les régimes qui résistent à l’influence américaine, notamment au Venezuela, à Cuba et au Nicaragua. Il souligne également une évolution interne aux États-Unis, avec un changement démographique au sein de l’establishment politique.
« Au sein de l’establishment américain, les protestants anglo-saxons blancs (appelés WASP) sont progressivement remplacés par des personnes d’origine hispanique, parmi lesquelles sont souvent recrutés des représentants éminents du nouvel impérialisme militant américain », explique-t-il, citant Marco Rubio comme exemple. Cette évolution s’accompagne, selon lui, d’une volonté de contrôler politiquement l’Amérique latine tout en s’appropriant culturellement et ethniquement la région.
Le professeur s’interroge sur les conséquences de cette politique, craignant une transformation des institutions républicaines américaines en structures autoritaires, à l’image de l’Empire romain sous Auguste. Il relève que le comportement du président Donald Trump laisse présager une telle évolution, marquant une rupture avec l’Europe et creusant un fossé civilisationnel entre les deux continents. Il estime que la République tchèque a désormais du mal à aligner sa politique étrangère sur les intérêts américains.
Interrogé sur les critiques européennes dénonçant la déconstruction du droit international par Donald Trump, le professeur relativise. Il rappelle que les puissances coloniales européennes ont elles-mêmes profité de leur supériorité au XIXe siècle pour exploiter une grande partie du monde. Il considère que le droit international est avant tout un instrument au service des puissants, et non des faibles.
« Cet appel ignore le fait que ce sont les puissances coloniales européennes qui, au XIXe siècle, ont profité de leur supériorité en matière de puissance et ont transformé la quasi-totalité du monde non européen en périphéries dépendantes et exploitées », affirme-t-il. Il souligne que les règles du droit international et la notion de sphères d’influence sont immuables depuis l’ère moderne, et que les critiques européennes sont motivées par la perte de poids de l’Europe sur la scène internationale.
Face aux appels à une plus grande autonomie stratégique de l’Union européenne, notamment en matière de défense face à la Russie, le professeur met en garde contre une rhétorique qu’il compare à celle du nazisme. Il juge que la Russie ne constitue pas une menace pour la sécurité de l’Europe, sa politique étant principalement réactive. Il exprime son inquiétude face aux déclarations alarmistes de certains responsables européens sur une guerre imminente avec la Russie.
« Cette rhétorique n’est pas sans rappeler la vision nazie d’une Europe forteresse à défendre à l’Est contre la Russie et à l’Ouest contre les États-Unis d’Amérique. Nous savons comment ont fini ses porteurs », prévient-il. Il appelle la République tchèque à ne pas céder à ce militarisme et à privilégier une coopération avec les pays d’Europe centrale et les nouveaux centres économiques du Sud, notamment dans le cadre de la communauté BRICS.
Concernant l’Ukraine, le professeur déplore l’endoctrinement néolibéral qui, selon lui, a empêché nombre d’acteurs de la transition démocratique de 1989 de remettre en question leur soutien à l’expansion de l’OTAN et de l’UE vers l’Est. Il estime que ces acteurs sont désormais mentalement captifs d’une idéologie qui les conduit à des conséquences absurdes et destructrices.
« Il est relativement courant dans l’histoire que des gens se laissent emporter par des motivations idéalistes ou nobles au profit d’idéologies qui les déçoivent ou les poussent à commettre des actes répréhensibles », explique-t-il. Il critique la politique actuelle du gouvernement tchèque, qui, malgré les déclarations de son ministre des Affaires étrangères Petr Macinka, continue de soutenir l’Ukraine en paroles tout en refusant de lui accorder une aide financière.
Enfin, il met en garde contre l’illusion d’une mise en œuvre plus facile de l’agenda vert au détriment d’une politique “souveraine” envers l’Ukraine. Il estime que l’agenda vert, s’il est mené à son terme, conduira à la pauvreté et au déclin de la société européenne. Il plaide pour un arrêt de la guerre en Ukraine et de l’agenda vert afin de préserver la dignité de la vie matérielle en Europe et l’avenir des générations futures.
Interrogé sur le soutien populaire dont bénéficie Andrej Babiš, le professeur tempère. Il souligne que les partis de l’ancienne coalition gouvernementale ont obtenu plus de voix lors des dernières élections qu’il y a quatre ans, et que la diabolisation de Babiš par les médias et le système judiciaire continue d’influencer l’opinion publique. Il estime que la société tchèque reste profondément divisée et qu’un choc important, interne ou externe, sera nécessaire pour la sortir de cet état.
Concernant la demande de confiance que le gouvernement devra solliciter, le professeur estime que la culture politique tchèque n’est pas en mesure de produire une meilleure alternative. Il critique le programme économique néolibéral et la politique étrangère du gouvernement actuel, mais se dit prêt à lui accorder sa confiance pour des raisons pragmatiques.
