Publié le 23 novembre 2023 14h39. Dans la bande de Gaza assiégée, une crise de liquidités sans précédent a vu émerger un métier inattendu : la réparation de billets de banque déchirés, devenu une source de revenus vitale pour de nombreux habitants confrontés à la pénurie et aux conséquences de la guerre.
- Depuis le 7 octobre 2023, Israël a empêché l’entrée d’espèces dans la bande de Gaza, exacerbant une crise économique déjà précaire.
- La destruction des distributeurs automatiques et la fermeture des banques ont laissé la population sans accès à ses fonds.
- Des habitants comme Manal, une femme de 45 ans, tirent désormais leurs revenus de la réparation minutieuse de billets endommagés.
Au marché de Nuseirat, dans le centre de Gaza, Manal passe des heures assise, réparant des billets de banque déchirés. Elle a marché depuis le camp de réfugiés de Bureij pour exercer ce travail simple, mais essentiel, qui représente aujourd’hui sa seule source de revenus. Son histoire illustre la situation désespérée dans laquelle se trouve une partie de la population gazaouie.
La réparation de billets est un phénomène nouveau, né dans la foulée des violences liées aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023 et à la réponse israélienne. L’impossibilité de renouveler la circulation fiduciaire, en raison du blocus empêchant l’introduction de nouveaux billets, a rapidement rendu les billets existants usés et inutilisables. Selon l’Observatoire euro-méditerranéen des droits de l’homme, Israël a interdit l’introduction d’espèces de tout montant ou type dans le territoire palestinien assiégé depuis le 7 octobre. Parallèlement, les banques et les distributeurs automatiques ont été la cible d’attaques et de destructions, forçant la majorité à fermer leurs portes.
Cette situation a engendré une crise humanitaire et économique sévère, qui ne cesse de s’aggraver. Selon l’Autorité monétaire palestinienne, cette situation a provoqué une crise de liquidités majeure dans la bande de Gaza, et les tentatives d’injection de nouveaux fonds se sont jusqu’à présent avérées infructueuses. Les commerçants refusent de plus en plus d’accepter les billets endommagés pour les transactions.
Le métier de réparateur de billets usés est devenu une source de revenus pour de nombreux jeunes de Gaza. On trouve au moins cinq jeunes hommes installés derrière des stands dans chaque marché, proposant leurs services. Manal, qui a perdu son fils de 17 ans et sa fille Rinad lors d’une frappe aérienne israélienne, fait partie de ceux qui ont trouvé un moyen de survivre grâce à cette activité.
En réparant des billets, Manal essaie de subvenir aux besoins de ses sept filles et de son mari âgé et malade, incapable de travailler.
« J’ai une fille de sept ans qui se couche souvent le ventre vide. C’est la seule façon pour moi de lui acheter quelque chose à manger. »
Manal, réparatrice de billets
Elle ajoute : « Je veux que nous puissions vivre une vie digne. »
Manal utilise des outils simples pour effectuer son travail, qui exige une grande précision : du ruban adhésif transparent, des ciseaux fins et de la colle. Chaque billet a un prix : un billet de 20 shekels (environ 5 euros) peut être réparé pour 1 shekel (environ 0,25 euro), les billets de plus grande valeur coûtant jusqu’à 4 shekels (environ 1 euro), certains étant irréparables.
Après près de deux ans de guerre, de vastes portions de Gaza ont été détruites. Les images témoignent de l’ampleur des dégâts causés par les bombardements israéliens.
