La nouvelle adaptation de Hedda Gabler, intitulée simplement Hedda et disponible sur Prime Video, offre une plongée fascinante dans l’esprit complexe de son personnage principal, interprété par Tessa Thompson. La réalisatrice Nia DaCosta explore les motivations insondables de Hedda, en utilisant des techniques visuelles innovantes pour immerger le spectateur dans sa perspective volatile et passionnée.
Au cœur de cette approche se trouve une volonté de montrer le processus de décision de Hedda lorsqu’elle s’immisce dans la vie de son entourage – les invités d’une réception organisée pour favoriser la carrière de son mari, George (Tom Bateman). DaCosta s’est attachée à rester fidèle à sa propre interprétation du personnage : Hedda agit souvent sans pleinement comprendre ses raisons, ni même anticiper ses propres actions, jusqu’à l’instant où elle ouvre le coffre-fort contenant le pistolet de son père.
L’interprétation de Tessa Thompson est bien sûr essentielle à la complexité de Hedda, mais DaCosta et le directeur de la photographie Sean Bobbitt ont également joué un rôle clé en utilisant des procédés visuels pour révéler les désirs du personnage. Ils ont notamment recours à une technologie appelée Cinefade, qui permet de contrôler la quantité de lumière entrant dans la caméra.
« Le Cinefade est en constante évolution, mais il permet de modifier la profondeur de champ tout en conservant l’image principale nette », explique DaCosta dans une interview accordée à IndieWire. « C’est un peu comme un contrazoom, mais plus subtil. »
Le contrazoom, effet visuel connu des amateurs de cinéma – notamment grâce à la série Severance ou à la scène emblématique des Dents de la mer – crée une sensation de vertige en déplaçant la caméra dans une direction opposée au zoom de l’objectif. Le Cinefade, quant à lui, modifie la profondeur de champ sans déformer le visage du sujet, en jouant sur la lumière. Dans Hedda, cet effet se manifeste comme une étincelle de malice dans le regard de l’héroïne.
Une scène particulièrement marquante illustre cette technique : lorsque Hedda aperçoit Eileen (Nina Hoss) de l’autre côté de la piste de danse. DaCosta et Bobbitt ont choisi de cadrer la scène de manière à ce que les deux femmes soient au centre de l’attention, comme si elles étaient soudainement connectées par un regard. Hedda semble alors flotter vers Eileen, tandis que la fête semble se déformer autour d’elle, grâce à un double dolly – une technique consistant à placer à la fois la caméra et l’actrice sur des rails.
« J’ai pensé au double dolly, popularisé par Spike Lee, et je me suis dit que c’était le moyen idéal pour montrer Hedda se dirigeant vers Eileen », explique DaCosta. « Je ne voulais pas qu’elle marche simplement. Je voulais qu’elle soit attirée par son cœur, qu’il y ait des moments dans le film qui dépassent la réalité. »
Malgré ces effets visuels, DaCosta insiste sur le fait que l’émotion reste au cœur de ses choix. Chaque élément, de la direction de la caméra aux costumes, est pensé pour exprimer une compréhension des personnages que ceux-ci ne peuvent pas forcément exprimer eux-mêmes.
« Sean est un collaborateur curieux et passionné, très attentif à l’émotion et à l’histoire », souligne DaCosta. « Nous essayons de filtrer tout à travers le prisme des personnages, de nous inspirer d’autres formes d’art – la peinture, la photographie – et d’éviter de nous référer à d’autres films. »
Le travail de DaCosta et Bobbitt s’est concrétisé lors des répétitions dans le manoir anglais servant de décor au film. « J’avais des idées, beaucoup de ‘et si…’. Et si on utilisait un contrazoom, mais en jouant sur la lumière et l’ouverture du diaphragme ? Nous avons même construit un nouvel équipement pour explorer cette possibilité », raconte DaCosta.
Hedda Gabler elle-même n’aurait probablement pas souhaité moins qu’un film visuellement saisissant et capable de surprendre le spectateur. Les choix de Bobbitt et DaCosta lui offrent exactement cela.
