Publié le 4 janvier 2026 14:19:00. Face à une urgence de devises pour honorer sa dette, l’Argentine a mis en place un nouveau système de change, ajustant les limites de fluctuation du peso en fonction de l’inflation, mais sans pour l’instant l’intervention de la Banque centrale sur le marché.
- Le gouvernement de Javier Milei a lancé un nouveau régime de change, alignant les bandes de fluctuation du peso sur le taux d’inflation.
- La Banque centrale argentine (BCRA) n’a pas procédé à des achats de devises étrangères pour renforcer ses réserves, malgré les besoins pressants.
- L’Argentine doit faire face à des échéances de dette de plus de 4,2 milliards de dollars (environ 3,8 milliards d’euros) dans les prochains jours.
Dans un contexte économique tendu, marqué par la nécessité de disposer de devises pour rembourser sa dette souveraine, l’Argentine a inauguré ce vendredi un nouveau système de taux de change. Si le régime de flottement encadré du peso par rapport au dollar est maintenu, les limites de fluctuation ont été revues à la hausse pour tenir compte de l’inflation galopante. Lors de sa première journée d’application, le dollar américain a enregistré une hausse de 1,4 % face au peso, la plus forte progression quotidienne depuis plus d’un mois. Le dollar de gros a clôturé à 1 475 pesos, contre 1 455 pesos la veille.
Malgré les annonces officielles, la Banque centrale argentine n’a pas intervenu sur le marché pour acheter des devises et reconstituer ses maigres réserves internationales. Cette absence d’intervention contraste avec les recommandations du Fonds monétaire international (FMI) et du gouvernement américain, qui avaient apporté leur soutien au plan économique de Javier Milei en avril et septembre derniers, mais en exigeant en contrepartie un renforcement des réserves.
Jusqu’à présent, les limites minimales et maximales de fluctuation du peso étaient ajustées mensuellement de 1 %. Or, l’inflation a dépassé ce rythme tout au long de l’année 2025, atteignant 31,4 % sur un an en novembre dernier, ce qui impliquait une appréciation forcée du peso. Afin d’éviter une forte demande de dollars et de maintenir une certaine stabilité des taux de change – un objectif clé du programme de Milei – le gouvernement a choisi de ne pas acheter de devises étrangères au cours de l’année écoulée.
Selon les chiffres officiels, les réserves brutes de la BCRA s’élevaient à 43 milliards de dollars (environ 39 milliards d’euros) au début de l’année 2026. Cependant, les estimations du secteur privé tablent sur des réserves nettes négatives, dépassant les 15 milliards de dollars (environ 14 milliards d’euros). Après avoir levé les restrictions de change il y a huit mois, le gouvernement avait tenté d’attirer des devises grâce aux exportations (agricoles, minières, pétrolières) et aux investissements étrangers, mais sans succès notable.
Le gouvernement a annoncé le mois dernier que les bandes de fluctuation seraient désormais ajustées en fonction du taux d’inflation du mois précédent – qui était de 2,5 % en novembre. Il a également affirmé qu’il s’efforcerait de concilier le contrôle de l’inflation avec l’accumulation de réserves monétaires.
Ce vendredi, le nouveau système de flottement a entraîné une hausse des prix du dollar, tant au détail qu’en gros. Le taux de change au détail a augmenté de 15 pesos pour atteindre 1 495 pesos par dollar, tandis que le taux de change de gros a progressé de 20 pesos pour clôturer à 1 475 pesos. L’offre de devises étrangères est restée faible, comme ces dernières semaines, et la demande soutenue, probablement en raison du départ des touristes pendant la saison estivale.
La BCRA s’était engagée à acheter en net l’équivalent de 5 % des opérations quotidiennes sur le marché des changes. Cependant, elle a indiqué ne pas être intervenue. Selon des consultants privés, bien qu’elle n’ait pas acheté de devises étrangères, elle a vendu des devises pour le compte et sur ordre du Trésor national, comme par le passé, afin d’éviter une nouvelle dévaluation du peso et ses conséquences potentielles sur l’inflation.
L’urgence de disposer de devises est d’autant plus forte que l’Argentine doit faire face à des échéances de dette souveraine de plus de 4,2 milliards de dollars (environ 3,8 milliards d’euros) d’ici le 9 janvier. Le gouvernement Milei a assuré que le paiement était garanti, mais n’a pas encore précisé comment il compte se procurer les fonds nécessaires. Les options envisagées incluent la vente de titres sur le marché local, un prêt repo (accord de rachat) auprès des banques et des institutions financières, ou l’utilisation du swap (échange) de devises conclu avec les États-Unis, mais activé seulement partiellement.
Le risque pays, qui mesure la prime exigée par les investisseurs pour détenir de la dette argentine par rapport aux obligations américaines, a diminué ce vendredi pour atteindre 553 points, son niveau le plus bas depuis 2018. Il reste toutefois élevé et constitue un obstacle au retour de l’Argentine sur les marchés internationaux de la dette.
L’échéance du 9 janvier sera un test crucial pour Milei, qui a récemment obtenu l’approbation de son premier budget par le Congrès. Ce ne sera cependant pas le seul défi. Selon le dernier rapport du Bureau du budget du Congrès (CPO), l’Argentine devra honorer plus de 19 milliards de dollars (environ 17,5 milliards d’euros) de dette en devises au cours de l’année 2026, auxquels s’ajoutent des échéances supplémentaires de 194 milliards de pesos en monnaie locale.
