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Soudan du Sud : +89 % de morts civiles en 2026 malgré baisse des violences

by Clara Dubois
Soudan du Sud : +89 % de morts civiles en 2026 malgré baisse des violences

Entre janvier et mars 2026, le nombre de victimes civiles au Soudan du Sud a bondi de 67 %, malgré une légère baisse des incidents signalés, selon la MINUSSA. Les tueries ont augmenté de manière significative, tandis que l’instabilité politique et le manque de financement électoral menacent gravement la stabilité du pays.

L’escalade de la mortalité civile au premier trimestre 2026

Le dernier rapport trimestriel de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSSA) révèle une dynamique alarmante : si le nombre total d’incidents de violence a légèrement reculé de 4 % par rapport au trimestre précédent, la létalité de ces affrontements a explosé. Entre janvier et mars 2026, la Division des droits de l’homme a documenté 206 incidents de violence liés aux conflits, touchant 1 388 civils.

Cette hausse de la mortalité est particulièrement frappante pour les hommes, les femmes et les enfants. Le nombre de civils tués a augmenté de manière significative, tandis que le nombre de blessés a augmenté de 73 %. Cette divergence entre la baisse des incidents et la hausse massive des victimes suggère une intensification de la violence lors de chaque confrontation.

Type de préjudiceNombre de civils (Janvier – Mars 2026)
Décès767
Blessures457
Enlèvements93
Violences sexuelles liées au conflit71

Le profil démographique des victimes montre une vulnérabilité généralisée : parmi les 1 388 personnes affectées, on dénombre 1 049 hommes, 215 femmes, 82 garçons et 42 filles.

L’usage systématique de la violence sexuelle comme arme

Le rapport met en lumière une tendance sinistre concernant les violences sexuelles et sexistes. Le nombre de survivantes de violences sexuelles liées au conflit (CRSV) a augmenté de 31 % par rapport au trimestre précédent, et de 78 % par rapport à la même période en 2025. Pour les observateurs, cette progression témoigne de l’utilisation délibérée de la violence sexuelle comme arme de guerre.

Anita Kiki Gbeho, représentante spéciale du Secrétaire général et chef de la MINUSSA, a insisté sur la gravité de ces chiffres.

Anita Kiki Gbeho, représentante spéciale du Secrétaire général et chef de la MINUSSA

Face à l’impunité, la mission onusienne appelle à une coopération accrue pour permettre l’enquête sur ces crimes.

Anita Kiki Gbeho, représentante spéciale du Secrétaire général et chef de la MINUSSA

L’érosion de l’accord de paix et l’incertitude électorale

Au-delà de la violence directe, le cadre politique du pays subit une dégradation structurelle. Selon les analyses présentées devant le Conseil de sécurité, l’accord de paix de 2018 (R-ARCSS) semble s’effriter. Le président Salva Kiir Mayardit est critiqué pour ses actions unilatérales, notamment le limogeage de responsables sans consultation préalable, ce qui contrevient aux engagements pris.

La fragmentation politique est accentuée par plusieurs facteurs clés :

Le procès en cours du premier vice-président Riek Machar, qui approfondit les divisions au sein de l’élite politique.
La fragmentation de l’opposition, marquée par la nomination par le président de membres d’une faction dissidente de l’SPLA-IO.
L’incertitude entourant les élections prévues pour décembre 2026, dont la tenue est de plus en plus compromise.

Le processus électoral est également paralysé par une crise de financement majeure. Le rapport du Secrétaire général indique qu’au 11 mars 2026, la Commission nationale des élections n’avait reçu que 4 % du budget qui lui avait été demandé. Ce manque de ressources, couplé à l’absence de volonté politique pour unifier les forces armées, favorise une concentration du pouvoir au sein du mouvement SPLM.

La dégradation de la sécurité dans les régions de Jonglei et de l’Équatoria

La situation sécuritaire s’est détériorée de manière hétérogène mais brutale à travers le pays. La région du Grand Upper Nile est particulièrement touchée, l’État de Jonglei enregistrant la plus forte augmentation des combats et des victimes civiles.

Dans les régions du Grand Équatoria et du Grand Bahr el Ghazal, la volatilité persiste sous plusieurs formes :

Des affrontements directs entre les forces de la SSPDF et les éléments de l’SPLA-IO.
Une recrudescence de la violence intercommunautaire.
Des raids de bétail transfrontaliers entraînant d’importants dommages aux populations civiles.

Les rapports font état de l’utilisation d’armements lourds et de bombardements aériens, des méthodes qui soulèvent des inquiétudes croissantes quant au caractère ethniquement motivé de ces violences. Cette escalade militaire, alimentée par une rhétorique de plus en plus hostile, place le Soudan du Sud dans une impasse où la transition politique semble s’effacer devant la survie des populations.

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