Publié le 24 décembre 2025 17:32:00. Des chercheurs ont mis au point une approche thérapeutique innovante qui, chez des modèles animaux, a non seulement prévenu, mais aussi inversé les effets de la maladie d’Alzheimer, remettant en question des décennies de convictions sur l’irréversibilité de cette pathologie.
- Une étude révèle que la restauration des niveaux de NAD+, une molécule clé de l’énergie cellulaire, peut inverser les dommages pathologiques et restaurer les fonctions cognitives chez des souris atteintes d’Alzheimer.
- Le traitement, basé sur un agent pharmacologique appelé P7C3-A20, a permis une récupération complète des capacités cognitives dans deux modèles animaux distincts.
- Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles recherches et à d’éventuels essais cliniques chez l’homme, offrant un nouvel espoir dans la lutte contre cette maladie neurodégénérative.
Depuis plus d’un siècle, la maladie d’Alzheimer était considérée comme une affection incurable. Cette certitude a longtemps guidé les efforts de la recherche, qui se sont concentrés principalement sur la prévention de son apparition ou, au mieux, sur le ralentissement de sa progression. Une nouvelle étude, menée par des chercheurs des hôpitaux universitaires, de la Case Western Reserve University et du Louis Stokes Cleveland VA Medical Center, bouleverse cette vision établie.
L’étude, publiée dans la revue Cellular Reports Medicine, s’est attachée à répondre à une question jusqu’alors considérée comme hors de portée : un cerveau déjà sévèrement atteint par la maladie d’Alzheimer pourrait-il se rétablir ? Pour ce faire, l’équipe a analysé différents modèles précliniques chez la souris, ainsi que des cerveaux humains post-mortem de patients atteints de la maladie.
Les résultats de ces analyses ont révélé un dysfonctionnement majeur : une incapacité à maintenir des niveaux normaux de NAD+ (nicotinamide adénine dinucléotide), une molécule essentielle à la production d’énergie cellulaire. Selon les chercheurs, ce déséquilibre est un facteur déterminant dans le développement de la maladie d’Alzheimer. Le NAD+ diminue naturellement avec l’âge, mais cette baisse s’avère « beaucoup plus prononcée dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie », un schéma confirmé par les modèles animaux.
Pour comprendre les conséquences de cette carence, les chercheurs ont travaillé avec deux lignées de souris génétiquement modifiées : l’une présentant des mutations humaines liées au traitement de la protéine amyloïde, et l’autre une mutation de la protéine tau. Ces deux modèles reproduisent des caractéristiques clés de la maladie d’Alzheimer, notamment l’inflammation cérébrale, la dégénérescence neuronale, la détérioration de la barrière hémato-encéphalique et des troubles cognitifs importants.
Les résultats ont été frappants : maintenir un niveau adéquat de NAD+ avant l’apparition de la maladie a permis de bloquer son développement. Plus surprenant encore, rétablir cet équilibre à un stade avancé de la maladie a permis d’inverser les principaux dommages pathologiques et de récupérer les fonctions cognitives. Dans les deux modèles, les souris ont retrouvé l’intégralité de leurs capacités cognitives, accompagnée d’une normalisation d’un biomarqueur sanguin associé à la maladie d’Alzheimer.
Il reste à déterminer si l’efficacité observée chez les animaux se traduira chez les patients. Photo:iStock.
Le traitement repose sur un agent pharmacologique appelé P7C3-A20, développé dans le laboratoire du chercheur Andrew A. Pieper, auteur principal de l’étude.
« Nous sommes très enthousiastes et encouragés par nos résultats. La restauration de l’équilibre énergétique du cerveau a permis une récupération pathologique et fonctionnelle chez les deux lignées de souris atteintes d’un stade avancé de la maladie d’Alzheimer. »
Andrew A. Pieper, chercheur principal de l’étude
L’observation de cet effet dans des modèles génétiques différents renforce l’hypothèse centrale de l’étude.
« Le fait de constater ce résultat dans deux modèles animaux très différents renforce l’idée que la restauration de l’équilibre du NAD+ dans le cerveau pourrait aider les patients à se remettre de la maladie d’Alzheimer. »
Chercheur
Selon le chercheur Pieper, cette découverte représente un changement de paradigme dans la façon d’envisager le traitement de la maladie.
« Le message clé est un message d’espoir : les effets de la maladie d’Alzheimer ne sont peut-être pas inéluctablement permanents. Le cerveau endommagé peut, dans certaines conditions, se réparer et retrouver sa fonction. »
Andrew A. Pieper, chercheur principal de l’étude
La chercheuse Kalyani Chaubey précise que l’étude a non seulement identifié une voie pharmacologique pour obtenir cette inversion dans des modèles animaux, mais également identifié des protéines candidates dans le cerveau humain qui pourraient être liées à cette capacité de récupération.
Les auteurs soulignent toutefois qu’il ne faut pas confondre cette approche avec l’utilisation de précurseurs de NAD+ disponibles en vente libre, dont il a été démontré qu’ils augmentent dangereusement leurs niveaux dans les modèles animaux. Le médicament étudié permet, au contraire, de maintenir un équilibre adéquat sans provoquer de surdosage.
Ces travaux ouvrent la voie à de nouvelles recherches et à la réalisation éventuelle d’essais cliniques chez l’homme.
« Cette nouvelle approche thérapeutique doit évoluer vers des études cliniques soigneusement conçues pour déterminer si l’efficacité observée chez les animaux se traduira chez les patients »
Andrew A. Pieper, chercheur principal de l’étude
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