Publié le 26 octobre 2025 12:06:00. Des chercheurs écossais ont annoncé une avancée majeure dans la lutte contre la peste porcine classique (PPC) : ils ont réussi à créer des porcs génétiquement immunisés contre cette maladie dévastatrice, ouvrant la voie à une nouvelle ère dans la prévention des épidémies animales.
- Des scientifiques de l’Institut Roslin ont modifié génétiquement des porcs pour les rendre totalement résistants à la PPC.
- Cette immunité est obtenue en bloquant la capacité du virus à se répliquer dans les cellules animales.
- La technique pourrait être étendue à d’autres espèces animales sensibles aux pestivirus, comme les bovins et les ovins.
L’Institut Roslin d’Édimbourg, célèbre pour avoir cloné Dolly l’ovins en 1996, a annoncé une percée scientifique prometteuse dans la lutte contre la peste porcine classique (PPC). Une équipe de chercheurs a réussi à obtenir des porcs totalement immunisés contre cette maladie virale, grâce à une édition génétique de précision, comme le révèle une étude publiée dans la revue Cellule.
La PPC est une maladie virale hautement contagieuse qui cause des pertes économiques considérables dans le secteur porcin à travers le monde. Des millions de porcs sont abattus chaque année pour contrôler les épidémies, et les restrictions commerciales liées à la maladie pèsent lourdement sur l’économie. Malgré les efforts de vaccination, la PPC reste une menace persistante dans de nombreux pays, compromettant la sécurité alimentaire et le commerce international.
L’équipe de l’Institut Roslin a ciblé le gène DNAJC14, essentiel à la réplication du virus de la PPC dans les cellules du porc. En introduisant une modification minime dans ce gène, les chercheurs ont empêché le virus d’utiliser le mécanisme cellulaire nécessaire à sa multiplication. Les porcs ainsi modifiés ont ensuite été exposés au virus dans des installations de biosécurité de l’APHA (Animal and Plant Health Agency). Les résultats ont été sans appel : les animaux sont restés en parfaite santé, sans présenter de symptômes ni d’effets secondaires sur leur santé ou leur fertilité. À l’inverse, les porcs non modifiés ont développé les signes cliniques typiques de l’infection.
Cette approche diffère fondamentalement des vaccins traditionnels, qui visent à stimuler le système immunitaire de l’animal pour qu’il reconnaisse et combatte le virus. L’édition génétique, quant à elle, élimine directement la capacité du virus à se reproduire. Cela signifie que les porcs modifiés ne sont pas seulement résistants à la PPC, mais qu’ils ne peuvent pas non plus la transmettre, ce qui pourrait stopper les foyers épidémiques à leur source et éviter les abattages préventifs.
Cette découverte représente un nouveau paradigme dans la prévention des maladies infectieuses chez les animaux d’élevage. Si elle était largement adoptée, elle pourrait réduire considérablement la dépendance aux vaccins et aux antibiotiques, limiter les pertes économiques et favoriser un élevage plus durable, éthique et résilient. Le gène DNAJC14 étant également impliqué dans la réplication des pestivirus affectant les bovins et les ovins, comme le virus de la diarrhée virale bovine (BVD), cette stratégie pourrait à terme être étendue à d’autres espèces animales.
Cette avancée intervient alors que plusieurs pays – dont le Royaume-Uni, les États-Unis, le Japon et le Brésil – réévaluent ou adoptent de nouvelles réglementations concernant la « sélection de précision » par édition génétique. Les chercheurs insistent sur la nécessité d’un débat éthique et scientifique approfondi, mais soulignent également qu’il existe un « impératif moral » d’utiliser cette technologie pour améliorer le bien-être animal et la sécurité alimentaire mondiale.
« Il est de notre responsabilité d’explorer toutes les options possibles pour protéger nos animaux d’élevage et assurer un approvisionnement alimentaire sûr et durable. »
Chercheur de l’Institut Roslin (non nommé dans la source)
