Publié le 8 janvier 2024 19h30. L’Inde pourrait bientôt rouvrir le marché pétrolier vénézuélien, une décision conditionnée à l’approbation de Washington et motivée par la recherche de diversification de ses sources d’approvisionnement énergétique.
- Reliance Industries, le plus grand raffineur indien, envisage de reprendre l’achat de pétrole vénézuélien.
- Cette possible reprise est liée à l’assouplissement potentiel des sanctions américaines envers le Venezuela.
- L’Inde privilégie le prix, la disponibilité et la compatibilité avec ses raffineries, plutôt que des considérations purement géopolitiques.
Reliance Industries, qui exploite le plus grand complexe de raffinage au monde, a cessé d’importer du pétrole vénézuélien début 2024, alors que la dérogation américaine aux sanctions était sur le point d’expirer. Sa dernière livraison remonte à mai dernier. Les raffineries de l’entreprise, situées dans le Gujarat, sont particulièrement adaptées au traitement des bruts lourds comme ceux produits au Venezuela, ce qui les rend attractifs lorsque les prix sont suffisamment bas.
D’autres raffineurs publics indiens, tels qu’Indian Oil Corp et Hindustan Petroleum, pourraient également être intéressés par le pétrole vénézuélien si les restrictions venaient à s’assouplir. Pour l’instant, aucune décision n’a été prise, mais l’Inde se montrerait réceptive si le pétrole vénézuélien était proposé à un prix compétitif et avec des garanties politiques.
Cette attitude s’inscrit dans une stratégie d’approvisionnement énergétique que l’Inde suit depuis longtemps. En tant que grand importateur net de pétrole, New Delhi a rarement fait preuve d’une approche idéologique stricte dans ses achats. Le prix, la disponibilité et la compatibilité avec ses infrastructures de raffinage sont généralement prioritaires, dans le respect des sanctions internationales.
L’exemple des achats de pétrole russe illustre parfaitement cette approche. Depuis l’invasion de l’Ukraine par Moscou, l’Inde est devenue l’un des principaux acheteurs de pétrole russe à prix réduit, une démarche justifiée par la nécessité de maîtriser sa facture énergétique. Reliance Industries avait d’ailleurs fortement augmenté ses achats de pétrole russe pendant la période de fortes remises, malgré les pressions occidentales. Récemment, l’entreprise a toutefois signalé un ralentissement de ces achats, invoquant un risque accru de non-conformité.
Le Venezuela représente une alternative que les responsables indiens évoquent discrètement depuis plusieurs mois. New Delhi a fait part à ses homologues américains de sa volonté de réduire sa dépendance au pétrole russe si elle était autorisée à acheter du pétrole au Venezuela et en Iran, avertissant qu’une interruption brutale de tous les fournisseurs sanctionnés pourrait entraîner une hausse des prix mondiaux. Un scénario que Washington cherche à éviter.
Pour l’Inde, l’accès à du pétrole lourd permet d’améliorer la rentabilité de ses raffineries et de diversifier ses sources d’approvisionnement. Une opportunité bienvenue dans un contexte de multiplication des risques commerciaux. Pour Washington, autoriser les achats de pétrole vénézuélien pourrait alléger la pression sur ses alliés tout en détournant la demande des barils russes.
Si le pétrole vénézuélien est disponible légalement et à un prix attractif, il ne constituera qu’un outil supplémentaire dans une stratégie d’approvisionnement basée sur la flexibilité. Les habitudes d’achat de l’Inde restent ancrées dans la nécessité, et il est peu probable qu’elles évoluent radicalement.
Par Julianne Geiger pour Oilprice.com
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