Publié le 13 décembre 2025. Le ministre de l’Économie, Luis Caputo, a franchi une nouvelle étape vers la normalisation des marchés argentins avec l’émission d’une obligation souveraine en dollars, une première depuis près de huit ans. Cette opération, bien que saluée comme un signal positif, est perçue comme un prélude à des réformes plus profondes, notamment la levée progressive des contrôles des changes.
- L’émission du Bonar 2029 a permis de lever environ 1 milliard de dollars américains, un chiffre conforme aux attentes du gouvernement.
- Cette opération est considérée comme un test réussi avant un retour plus large sur les marchés internationaux de la dette, avec des émissions de titres de législation étrangère prévues dès le premier semestre 2026.
- Le gouvernement prévoit de lever progressivement les restrictions sur les mouvements de capitaux, en commençant par autoriser les multinationales à transférer leurs bénéfices à l’étranger sans restriction à partir du 1er janvier 2026.
L’émission du Bonar 2029, malgré un taux de 9,26 % légèrement supérieur aux anticipations, est accueillie favorablement par les acteurs de la City, qui y voient un signe encourageant de la reprise de l’Argentine sur les marchés financiers. Au-delà du montant levé, c’est la capacité du gouvernement à rouler la dette en devises étrangères qui est saluée, une pratique courante dans les pays stabilisés.
Cette première émission n’est qu’un échauffement, selon Leonardo Chialva, associé chez Delphos Investment.
« C’est comme au football, ce n’était qu’un échauffement pour commencer à jouer. Le match, qui se jouera avec des titres de législation étrangère, aura lieu au cours des deux premiers mois de l’année prochaine. »
Leonardo Chialva, associé chez Delphos Investment
Pour que ce retour sur les marchés internationaux soit couronné de succès, le gouvernement doit d’abord obtenir l’approbation du budget au Congrès et une autorisation législative pour émettre de la dette étrangère. Il devra également effectuer des présentations à New York pour garantir le refinancement de la dette en dollars.
L’objectif ultime est de démanteler les restrictions sur les changes et les mouvements de capitaux, mais le gouvernement entend procéder avec prudence pour éviter les erreurs du passé. Selon Chialva, il est crucial de ne pas inverser l’ordre des opérations, afin d’éviter une fuite massive des capitaux comme celle observée en 2018.
Gabriel Caamaño, directeur d’Outlier, souligne que l’Argentine a souvent inversé cette logique, en levant d’abord les contrôles des changes avant de chercher à se financer sur les marchés internationaux.
« On tente quelque chose de différent : avancer avec le refinancement de la dette avant de finir de lever les restrictions de marché. »
Gabriel Caamaño, directeur d’Outlier
Il estime que l’émission de titres mondiaux pourrait avoir lieu au cours du premier semestre 2026, mais cela dépendra des décisions de Caputo et de l’évolution de la situation économique.
Un premier pas concret a été franchi avec la suppression des restrictions sur le transfert des bénéfices des multinationales à l’étranger à partir du 1er janvier 2026. Cette mesure, annoncée en avril dernier lors de la présentation du système de bandes de change et de l’accord avec le FMI, permettra aux entreprises de rapatrier leurs profits sans avoir à passer par des procédures complexes. Il est important de noter qu’il n’y aura pas de nouvelle réglementation de la Banque Centrale, mais simplement l’expiration de l’interdiction actuelle.
L’impact de cette mesure sur les réserves de change fait l’objet de débats. Certains consultants estiment que le montant transféré ne sera pas significatif par rapport à la demande de dollars des épargnants, qui a ralenti en novembre après la levée des restrictions pour les particuliers. Cependant, la restriction sur l’achat de devises étrangères à des fins de thésaurisation par les entreprises restera en vigueur, sa suppression étant conditionnée à la capacité du gouvernement à lever davantage de dollars.
Les experts s’accordent à dire que l’appel d’offres a été un succès, principalement grâce à la participation des investisseurs locaux. Chialva estime qu’il existe une “lutte” avec les fonds étrangers, qui souhaitent financer l’Argentine mais à un taux plus élevé que celui accepté par l’équipe de Caputo. Il pense que l’amélioration de la situation macroéconomique du pays et le soutien de Donald Trump à Javier Milei pourraient les inciter à accepter des taux plus bas.
Pedro Siaba Serrate, responsable de la recherche chez PPI, souligne que les investisseurs locaux, qui ont mené l’appel d’offres, sont peu susceptibles de procéder à une rotation de leurs investissements. Il prévoit donc qu’ils conserveront probablement le nouveau Bonar 2029 dans leur portefeuille à court terme. Il exclut également une convergence rapide du rendement vers la courbe des Bonares, qui se situe au-dessus de 10 % en moyenne.
Caamaño considère que le résultat de l’appel d’offres est positif, même avec un taux légèrement supérieur à celui espéré par le ministre. Il y voit un signal fort envoyé aux investisseurs, indiquant une progression vers la “normalisation” de l’Argentine sur les marchés financiers.
« C’est une tentative de retour au marché international volontaire de la dette, mais sans démanteler au préalable les couches qui subsistent encore du taux de change. »
Gabriel Caamaño, directeur d’Outlier
Javier Timerman, associé chez Adcap, estime que le marché “s’ouvre petit à petit et se ferme d’un coup”. Il souligne l’importance d’établir la confiance des investisseurs, un processus qui prend du temps. Il a critiqué sur les réseaux sociaux les critiques concernant le taux de l’appel d’offres, soulignant qu’il était inférieur à celui auquel les entreprises locales et provinciales ont émis de la dette ces dernières semaines.

