Publié le 26 décembre 2025 à 03h31. Un juge américain a suspendu temporairement une décision de l’administration Trump visant à expulser un militant britannique engagé dans la lutte contre la haine et la désinformation en ligne, au cœur d’une controverse sur la liberté d’expression et la réglementation des géants de la technologie.
- Imran Ahmed, directeur général du Center for Countering Digital Hate, était l’un des cinq Européens visés par des interdictions de visa américaines.
- Un juge fédéral a ordonné aux autorités de ne pas arrêter, détenir ou expulser M. Ahmed en attendant une audience.
- Les interdictions de visa ont suscité de vives réactions en Europe, où l’on estime que les réglementations visent à rendre Internet plus sûr.
La justice américaine a donc mis un frein, au moins temporairement, à l’expulsion potentielle d’Imran Ahmed, un résident permanent aux États-Unis. Le militant, basé à New York, est accusé par Washington de porter atteinte à la liberté d’expression et de cibler injustement les entreprises technologiques américaines avec une réglementation jugée trop stricte. M. Ahmed est le seul des cinq Européens visés par ces sanctions à se trouver encore sur le territoire américain.
L’annonce de ces interdictions de visa a provoqué un tollé en Europe. Les gouvernements allemand, français, espagnol et l’Union européenne ont dénoncé une mesure perçue comme une tentative d’intimidation et de coercition. Ils soutiennent que les réglementations et le travail des organisations de surveillance comme celle dirigée par M. Ahmed contribuent à un internet plus sûr en luttant contre la désinformation et en incitant les plateformes à mieux contrôler les contenus illégaux, notamment les discours de haine et les abus sexuels sur mineurs.
Dans sa plainte déposée mercredi devant un tribunal de New York, M. Ahmed craint une expulsion imminente qui le séparerait de sa femme et de son enfant, tous deux citoyens américains. Il accuse également le secrétaire d’État Marco Rubio, la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem et d’autres responsables d’avoir violé ses droits à la liberté d’expression et à une procédure régulière.
Le juge Vernon Broderick a répondu en émettant jeudi une ordonnance d’interdiction temporaire, empêchant les autorités de procéder à l’arrestation, à la détention ou à l’expulsion de M. Ahmed avant qu’il n’ait pu présenter ses arguments devant le tribunal. Une conférence entre les parties est prévue le 29 décembre.
« Je ne me laisserai pas détourner du travail de ma vie visant à protéger les enfants des méfaits des médias sociaux et à mettre fin à l’antisémitisme en ligne »,
Imran Ahmed, directeur général du Center for Countering Digital Hate
Dans une déclaration, M. Ahmed a salué le rôle de contrôle et d’équilibre exercé par le système judiciaire américain et a affirmé son attachement aux États-Unis.
Interrogé sur cette affaire, un porte-parole du Département d’État a rappelé que « la Cour suprême et le Congrès ont déclaré clairement à plusieurs reprises : les États-Unis n’ont aucune obligation d’autoriser les étrangers à venir dans notre pays ou à y résider ». Le ministère de la Sécurité intérieure n’a pas souhaité commenter.
Il est important de noter que les résidents permanents légaux, détenteurs d’une carte verte, n’ont pas besoin de visa pour rester aux États-Unis. Cependant, l’administration Trump a déjà tenté d’expulser au moins une personne dans cette situation cette année. En mars, Mahmoud Khalil, arrêté après son implication dans des manifestations pro-palestiniennes à l’Université de Columbia, a été libéré par un juge qui a jugé inconstitutionnelle une sanction pour une affaire civile d’immigration. Bien que M. Khalil ait été condamné à l’expulsion en septembre pour avoir omis des informations dans sa demande de carte verte, des ordonnances distinctes bloquant son expulsion restent en vigueur.
Reuters
