Publié le 10 novembre 2025 à 08h10. Malgré la réputation du régime méditerranéen, une étude révèle une consommation croissante d’aliments ultra-transformés chez les jeunes de la région, liée à un mode de vie de plus en plus sédentaire et à l’influence de la publicité.
- Près de 95 % des enfants et adolescents de la région méditerranéenne consomment quotidiennement au moins un aliment ultra-transformé.
- Cette consommation est fortement associée à l’obésité, à un temps d’écran excessif et à des repas pris à l’extérieur.
- L’étude souligne la nécessité d’une approche globale pour promouvoir des habitudes alimentaires plus saines chez les jeunes.
Une nouvelle étude publiée dans la Revue internationale de santé publique alerte sur une tendance inquiétante : l’augmentation de la consommation d’aliments ultra-transformés (FPU) chez les enfants et les adolescents vivant dans la région méditerranéenne. Cette région, traditionnellement associée à un régime alimentaire sain et équilibré, voit ses jeunes générations adopter des habitudes alimentaires de plus en plus éloignées de ce modèle.
Les chercheurs ont analysé les données de plus de 2 000 familles issues de cinq pays méditerranéens – Italie, Espagne, Portugal, Égypte et Liban – et ont constaté que près de 95 % des enfants et adolescents interrogés consommaient au moins un aliment ultra-transformé chaque jour. La consommation médiane s’élève à environ 1,8 portion par jour.
L’étude révèle des liens forts entre cette consommation élevée et plusieurs facteurs de risque. Les adolescents de 15 à 17 ans sont particulièrement concernés, avec une probabilité 2,74 fois plus élevée de consommer des aliments ultra-transformés par rapport aux enfants de 6 à 8 ans. L’obésité est également un facteur déterminant : les enfants obèses sont près de deux fois plus susceptibles d’avoir une consommation élevée d’aliments ultra-transformés que leurs pairs de poids normal.
Le mode de vie joue un rôle crucial. Les jeunes qui passent plus de deux heures par jour devant un écran ont une probabilité significativement plus élevée d’être des consommateurs quotidiens d’aliments ultra-transformés. De même, les repas pris à l’extérieur, notamment au restaurant, sont fortement associés à une consommation accrue. La consommation d’aliments faisant l’objet de publicité est également un facteur de risque important.
Paradoxalement, un niveau d’éducation élevé des parents est associé à une consommation plus importante d’aliments ultra-transformés, bien que cela ne se traduise pas nécessairement par une consommation quotidienne. Un âge parental plus jeune semble également être un facteur de risque.
Ce phénomène s’inscrit dans un contexte plus large de « transition nutritionnelle » observée dans de nombreuses régions du monde, où les habitudes alimentaires traditionnelles sont progressivement remplacées par des produits « occidentalisés », riches en énergie mais pauvres en nutriments essentiels. Les aliments ultra-transformés, caractérisés par leur forte teneur en sucre, en sel et en graisses saturées, ainsi que par la présence d’additifs, sont pointés du doigt comme étant particulièrement nocifs pour la santé.
De nombreuses études ont établi un lien entre la consommation d’aliments ultra-transformés et divers problèmes de santé, tels que les troubles métaboliques, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires et même les troubles de l’humeur. Des recherches spécifiques menées auprès des enfants et des adolescents suggèrent également un lien avec la dépendance alimentaire et une prise de poids plus rapide.
L’étude DELICIOUS (UnDErstanding consumer food picks & promotion of healthy and Sustainable Mediterranean diet and LIfestyle in Children and adolescents through behavioral change actionsS), dont les données ont été utilisées pour cette analyse, vise à mieux comprendre les choix alimentaires des jeunes et à promouvoir un mode de vie méditerranéen sain. Les résultats soulignent l’urgence d’adopter une approche globale impliquant les parents, les éducateurs et les professionnels de la santé pour encourager des habitudes alimentaires plus saines et un mode de vie plus actif, même dans les régions où le régime méditerranéen est traditionnellement ancré.
Les chercheurs soulignent que, bien que l’étude révèle des associations significatives, elle ne permet pas d’établir de lien de causalité direct. Ils notent également que la collecte de données par le biais d’enquêtes auprès des parents peut être sujette à des biais. Néanmoins, les résultats de cette étude constituent un signal d’alarme important et appellent à une action concertée pour protéger la santé des jeunes générations.
