Publié le 16 novembre 2025 à 13h12. Une étude américaine révèle une augmentation inquiétante de la mortalité précoce chez les adultes âgés de 18 à 64 ans au cours de la dernière décennie, un phénomène qui dépasse les effets de la pandémie de Covid-19 et met en lumière de profondes inégalités sociales.
- Le taux de mortalité précoce aux États-Unis a augmenté de 27 %, passant de 243 à 309 décès pour 100 000 habitants entre 2012 et 2022.
- Les Afro-Américains sont particulièrement touchés, avec un taux de décès précoce atteignant 427 pour 100 000 habitants en 2022, contre 316 pour les Blancs.
- L’étude souligne que cette hausse de la mortalité affecte des individus qui n’ont pas encore accès à Medicare, malgré des années de cotisations.
Une étude récente, publiée dans la revue Jama Health Forum, attire l’attention sur une tendance alarmante aux États-Unis : une augmentation significative du nombre de décès survenant chez les personnes âgées de 18 à 64 ans. L’analyse, menée par Irene Papanicolas de l’Université Brown, s’appuie sur les données de Medicare et des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) pour l’ensemble du pays et de Washington D.C.
Les chiffres révèlent une progression constante de la mortalité précoce au cours de la dernière décennie. Entre 2012 et 2022, le taux est passé de 243 à 309 décès pour 100 000 habitants, soit une augmentation de 27 %. Cette hausse est d’autant plus préoccupante qu’elle concerne des individus qui, bien qu’ayant travaillé et cotisé pendant de nombreuses années, n’ont pas encore atteint l’âge d’éligibilité à Medicare, le programme fédéral d’assurance maladie pour les personnes de plus de 65 ans.
L’étude met également en évidence des disparités raciales frappantes. En 2022, le taux de mortalité précoce chez les Afro-Américains s’élevait à 427 décès pour 100 000 habitants, un chiffre considérablement plus élevé que celui observé chez les Blancs (316 pour 100 000).
Si la pandémie de Covid-19 a indéniablement contribué à cette augmentation, elle n’en est pas la seule explication. Irene Papanicolas souligne que cette tendance s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par une augmentation des décès évitables et traitables entre 2009 et 2019, notamment en ce qui concerne les maladies cardiaques et respiratoires chroniques. Un contraste saisissant avec la réduction de ces décès observée dans 34 pays à revenu élevé.
L’étude révèle également des variations géographiques importantes. La Virginie-Occidentale, le Nouveau-Mexique et le Mississippi enregistrent les taux de décès précoces les plus élevés, tandis que le Massachusetts et le Minnesota affichent les taux les plus bas. Ces différences suggèrent l’influence de facteurs régionaux, tels que l’accès aux soins de santé, les conditions de vie et les politiques publiques.
Un autre rapport, publié en avril dans le New England Journal of Medicine, met en lumière les inégalités socio-économiques en matière de longévité. Il révèle que les Américains les plus riches ont un risque de décès inférieur de 40 % à celui des Américains les plus pauvres, et ce, même en comparaison avec les Européens disposant de revenus équivalents. Irene Papanicolas insiste sur le rôle déterminant des facteurs sociaux, tels que les politiques publiques, les conditions de vie et l’accès inégal aux services essentiels.
Selon Thomas LaVeist, doyen de l’École de santé publique et de médecine tropicale de l’Université de Tulane, cité dans l’étude, la longévité est influencée par une combinaison de facteurs génétiques, de comportements individuels et de déterminants sociaux, notamment l’exposition à la pollution et le stress chronique.
L’absence d’un filet de sécurité sociale solide aux États-Unis, combinée à des coupes budgétaires dans les programmes visant à réduire les inégalités et à une augmentation du coût de la vie, aggrave cette situation. Les maladies chroniques liées au stress constant demeurent la principale cause de décès chez les personnes âgées de 35 à 64 ans, dépassant largement les surdoses, les homicides, les suicides et les accidents de la route réunis. Ce scénario entraîne une augmentation des consultations médicales, une demande accrue de traitements et une diminution de la participation au marché du travail, affectant ainsi l’activité économique et sociale du pays.

