Publié le 16 janvier 2024 à 19h21. L’Iran est confronté à une vague de critiques et de questions concernant la répression violente des récentes manifestations, avec des accusations pointant du doigt non seulement les forces de sécurité iraniennes, mais aussi des milices étrangères et l’utilisation potentielle de réseaux criminels.
- Les estimations du nombre de personnes arrêtées ou tuées lors des troubles varient considérablement, allant de 12 000 à 20 000 selon différentes sources.
- Téhéran accuse des infiltrés armés soutenus par Israël et les États-Unis d’être à l’origine des violences, une version contestée par de nombreux observateurs.
- Des rapports non confirmés évoquent le déploiement de combattants irakiens et l’implication possible de groupes liés à la Force Qods, la branche étrangère des Gardiens de la révolution islamique.
L’ampleur de la violence qui a secoué l’Iran ces dernières semaines a suscité l’inquiétude internationale. Malgré une quasi-coupure d’Internet rendant difficile la vérification indépendante des informations, des images et des témoignages continuent de faire surface, alimentant les interrogations sur les responsables de cette répression.
Téhéran maintient que les affrontements sont le fait d’éléments armés infiltrés, soutenus par Israël et les États-Unis, qui auraient attaqué des civils, des policiers et endommagé des biens publics. Selon les autorités iraniennes, leur réponse énergique était une conséquence directe de ces agressions. Le ministère iranien du Renseignement a annoncé vendredi l’arrestation de 3 000 personnes qu’il qualifie de membres de « groupes terroristes ».
Cependant, de nombreux observateurs remettent en question cette version des faits. Si aucune preuve tangible ne corrobore la présence d’autres forces que la police iranienne et les Gardiens de la révolution islamique (CGRI) à l’origine des violences, certains Iraniens, consternés par l’ampleur des pertes, évoquent la possibilité que des milices irakiennes, des étrangers ou même des criminels libérés aient été impliqués.
Les Gardiens de la révolution au cœur des accusations
Les témoignages recueillis suggèrent que le CGRI a joué un rôle central dans la répression. Une vidéo diffusée malgré la censure internet montre un véhicule équipé d’une mitrailleuse lourde DShK dans l’ouest de Téhéran, un type de véhicule utilisé par l’unité de sécurité Imam Ali du CGRI, chargée de la sécurité dans la capitale. Cette image, ainsi que d’autres témoignages recueillis par des journalistes et des organisations de défense des droits de l’homme, alimentent les soupçons selon lesquels le CGRI aurait directement commandé l’opération de répression.
Certains analystes pointent également du doigt la Force Qods, la branche étrangère du CGRI, en raison de son expérience dans la guerre urbaine, notamment lors du conflit syrien où elle a soutenu le gouvernement de Bachar al-Assad contre les manifestants et les groupes d’opposition armés.
Des combattants étrangers déployés ?
Peu après le début des manifestations, des internautes ont signalé la présence de milices irakiennes pro-iraniennes dans la province iranienne du Khouzistan. Des informations non confirmées ont ensuite circulé dans les médias irakiens et internationaux. Le 11 janvier, des vidéos montraient de grands groupes de combattants des Forces de mobilisation populaire (FMP) irakiennes se rassemblant dans la ville portuaire de Bassorah, dans le sud de l’Irak, et exprimant publiquement leur soutien à la République islamique.
La télévision iranienne Press TV a diffusé des images d’un rassemblement pro-gouvernemental près de l’ambassade iranienne en Irak, où les participants arboraient des drapeaux associés aux milices irakiennes telles que Hachd al-Shaabi et Kataib Hezbollah, ainsi qu’au Hezbollah libanais. D’autres sources, notamment la chaîne de télévision irakienne Al-Sumaria, ont rapporté qu’environ 3 000 combattants irakiens seraient entrés en Iran en convoi de bus, se faisant passer pour des pèlerins religieux, pour rejoindre les bases du CGRI dans des villes comme Ahvaz.
CNN a corroboré ces informations, citant une source militaire affirmant que des milliers de miliciens irakiens étaient entrés en Iran par deux points frontaliers, tandis qu’une source de sécurité irakienne a évoqué l’entrée de centaines d’autres sous couvert de pèlerinage. Une image diffusée en ligne montre un véhicule blindé, apparemment utilisé par les milices irakiennes, aux côtés de la police iranienne et des unités du CGRI à Téhéran. Un homme se tenant sur le véhicule porte un bandeau vert, symbole des Hachd al-Shaabi. L’authenticité de cette image n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante.
Des allégations non confirmées font également état de l’implication d’autres groupes liés à la Force Qods, tels que les brigades Fatemiyoun et Zeynabiyoun, composées de combattants chiites afghans et pakistanais ayant déjà été déployés en Syrie.
Recours à des réseaux criminels ?
Bien qu’aucune preuve concrète ne confirme l’utilisation de réseaux criminels professionnels lors de la répression actuelle, un précédent existe. Lors des manifestations de 2009, le CGRI aurait libéré ou recruté des criminels emprisonnés pour réprimer les protestations. Hossein Hamedani, alors commandant du CGRI et tué plus tard en Syrie, avait confirmé que 5 000 de ces individus avaient été organisés en trois bataillons.
« Ces trois bataillons ont montré que si nous voulons former des combattants, nous devons faire appel à ceux qui sont habitués aux couteaux et aux lames. »
Hossein Hamedani, commandant du CGRI (2009)
Des images ultérieures ont montré certains criminels iraniens notoires aux côtés des forces du CGRI en Syrie, renforçant les affirmations selon lesquelles des acteurs non étatiques auraient parfois été intégrés dans des opérations de sécurité.
Allégations concernant la consommation de drogues
Les autorités et les critiques ont avancé des explications contradictoires concernant certains décès, sans que ces affirmations soient étayées par des preuves vérifiables. Le ministre iranien de la Défense, Aziz Nasirzadeh, a affirmé jeudi que certains manifestants seraient morts d’overdoses de drogues industrielles, précisant qu’ils ne présentaient « aucune autre blessure ». À l’inverse, des militants dissidents ont évoqué la possibilité que le Captagon – un stimulant de type amphétamine – ait été utilisé pour accroître l’agressivité des forces de l’ordre. L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime a identifié la Syrie comme un important producteur de Captagon, avec de nombreuses saisies de pilules d’origine syrienne documentées en Irak.
