Home MondeLa monnaie iranienne tombe à un nouveau plus bas, le dollar à 1,47 million de rials

La monnaie iranienne tombe à un nouveau plus bas, le dollar à 1,47 million de rials

by Clara Dubois

Publié le 6 janvier 2026 à 08h59. Les manifestations persistantes en Iran, alimentées par la hausse du coût de la vie, mettent en lumière une répartition budgétaire controversée, privilégiant les dépenses sécuritaires et religieuses au détriment des besoins de la population, malgré d’importantes recettes pétrolières.

  • Le projet de budget iranien pour l’exercice débutant le 22 mars alloue au moins 16 % des ressources aux institutions militaires et de sécurité.
  • Les revenus pétroliers du gouvernement depuis 2012 dépassent le total des revenus pétroliers enregistrés sur l’ensemble du siècle précédent, mais le PIB iranien a fortement diminué sur la même période.
  • Les recettes fiscales projetées augmentent de 63 %, ce qui pèse davantage sur les ménages et les entreprises en période d’inflation.

La frustration face à la détérioration des conditions économiques se traduit par une vague de protestations à travers l’Iran. Au-delà des revendications immédiates, ces mouvements interrogent la gestion des ressources de l’État et la pertinence des priorités budgétaires.

Le projet de budget pour l’année débutant le 22 mars offre un aperçu révélateur de ces choix. Le gouvernement prévoit des revenus d’exportation de pétrole de 1 850 000 milliards de rials (environ 2 milliards de dollars US, au taux de change officiel). Un montant qui contraste fortement avec les allocations massives destinées au secteur de la sécurité.

Selon les estimations, les institutions militaires et de sécurité accaparent au moins 16 % du budget total. De plus, la part des revenus pétroliers revenant au Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) serait plusieurs fois supérieure à celle allouée à l’administration civile. Le financement des institutions religieuses est également conséquent, représentant près de la moitié des revenus pétroliers du gouvernement.

Parallèlement, le projet de budget prévoit une augmentation de 63 % des recettes fiscales. Cette hausse témoigne d’une pression accrue sur les ménages et les entreprises, déjà fragilisés par une inflation galopante et un pouvoir d’achat en berne. Cette situation alimente le mécontentement populaire et contribue à l’instabilité sociale.

Ces chiffres soulèvent des questions fondamentales sur l’efficacité de la politique économique iranienne. L’écart entre les revenus générés par les exportations et l’amélioration du niveau de vie est de plus en plus criant. L’espoir d’un redressement rapide grâce à un allègement des sanctions internationales apparaît de plus en plus illusoire.

Les données officielles mettent en évidence l’ampleur des ressources dont dispose l’Iran. Malgré les sanctions internationales, les revenus des exportations de pétrole brut ont atteint environ 193,5 milliards de dollars au cours des cinq dernières années, soit 25 % de plus que les revenus pétroliers des deux décennies précédant la révolution de 1979. En incluant les exportations de produits pétroliers et de gaz, les revenus pétroliers du gouvernement depuis 2012 dépassent le total des revenus pétroliers enregistrés sur l’ensemble du siècle précédent.

Cependant, sur la même période, le produit intérieur brut (PIB) iranien a connu une forte contraction, passant d’environ 600 milliards de dollars en 2010 à environ 356 milliards de dollars en 2025. Cette divergence entre les recettes d’exportation et la production économique globale constitue un véritable casse-tête pour les analystes.

Selon la Banque centrale iranienne (CBI), le pays a gagné 65,8 milliards de dollars grâce aux exportations de pétrole, de produits pétroliers et de gaz au cours du dernier exercice fiscal. Les recettes totales du gouvernement prévues dans le nouveau budget s’élèvent à environ 45 milliards de dollars.

En termes purement arithmétiques, les exportations actuelles d’énergie dépassent les recettes projetées de l’État, sans même tenir compte des impôts, des ventes de carburant national ou d’autres sources de revenus. Cette situation paradoxale souligne la complexité de l’économie iranienne.

La structure de l’économie iranienne la distingue de nombreux autres États confrontés à des sanctions ou à des conflits. Le secteur des services représente plus de la moitié du PIB, et les exportations non pétrolières restent substantielles, selon la CBI. Ce profil est nettement différent de celui de pays comme l’Irak, où les exportations non pétrolières représentent moins de 10 % du total.

Ces chiffres suggèrent que l’Iran dispose d’un potentiel économique important, d’une capacité de diversification et d’une base de revenus solides, même dans un contexte contraint. La question centrale n’est donc pas tant le manque de ressources que la manière dont elles sont absorbées, allouées et transformées en une croissance durable.

Alors que les protestations se poursuivent et que l’issue politique reste incertaine, la situation économique – plus que tout développement diplomatique ou sécuritaire – est susceptible de façonner l’avenir de l’Iran dans les années à venir.

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