Donald Trump a gracié 77 personnes impliquées dans les événements du 6 janvier 2021 et dans les tentatives de contestation des résultats de l’élection présidentielle de 2020, une décision symbolique qui ravive les tensions politiques aux États-Unis et relance le débat sur l’usage du pouvoir de grâce.
Parmi les bénéficiaires de cette grâce « totale, complète et inconditionnelle », figurent des personnalités proches de l’ancien président, comme son ancien avocat personnel, Rudolph Giuliani, et son ancien chef de cabinet, Mark Meadows. John Eastman, un avocat ayant élaboré des stratégies pour contester la certification des résultats électoraux, et Boris Epshteyn, un conseiller historique de Trump, ont également été graciés.
Cette mesure, annoncée par l’avocat du ministère de la Justice, Ed Martin, sous le slogan « Aucun MAGA n’est laissé pour compte », ne concerne pas directement Donald Trump lui-même, malgré ses affirmations antérieures quant à sa capacité à s’auto-gracier. Dans la lettre accompagnant les grâces, Trump précise que celle-ci ne s’applique pas à sa propre personne.
Bien que d’une forte portée symbolique, cette grâce a un impact juridique limité. Elle ne s’applique qu’aux procédures fédérales, or la plupart des 77 personnes concernées n’ont pas été inculpées au niveau fédéral. Cependant, beaucoup d’entre elles sont poursuivies au niveau local, notamment en Géorgie, en Arizona, au Michigan, au Wisconsin et au Nevada, pour avoir tenté de soumettre des listes de faux électeurs.
Rudolph Giuliani, dont la réputation a été ternie par ses efforts pour invalider l’élection de 2020 – il a même été radié du barreau de New York – sera jugé en Arizona en janvier prochain, aux côtés de Mark Meadows. En 2023, Giuliani avait été condamné à verser 148 millions de dollars d’indemnisation à deux agents électoraux de Géorgie, qu’il avait accusés à tort de fraude.
La Maison Blanche a défendu cette décision, la porte-parole Karoline Leavitt affirmant que « ces grands Américains ont été persécutés et contestés par l’administration Biden pour avoir contesté une élection, qui est le fondement de la démocratie ». Ed Martin a quant à lui déclaré que cette grâce mettait fin à une « grave injustice nationale perpétrée contre le peuple américain ».
Cette initiative s’inscrit dans un contexte politique tendu, marqué par les événements du 6 janvier 2021, lorsque des partisans de Trump ont pris d’assaut le Capitole dans une tentative de bloquer la certification des résultats électoraux. Elle ravive également les interrogations sur l’éthique et la légalité du pouvoir de grâce présidentiel, un instrument constitutionnel qui a déjà suscité des controverses dans le passé, comme en témoignent les grâces accordées par Bill Clinton à son demi-frère en 2001 et par Joe Biden à son fils Hunter en 2023.
La mesure de grâce a rouvert le débat sur les conséquences à long terme pour la démocratie américaine, certains craignant qu’elle ne protège des individus impliqués dans des actions anticonstitutionnelles et complique d’éventuelles procédures judiciaires.
