Une récente étude scientifique soulève des questions sur la prescription croissante de médicaments GLP-1, comme l’Ozempic, et une possible augmentation des diagnostics de cancer de la thyroïde. Si les chercheurs ne parlent pas d’un lien de causalité direct, ils notent une corrélation avec une plus grande fréquence des échographies thyroïdiennes chez les patients sous traitement.
Le Dr Rozalina McCoy, professeur à l’Université du Maryland et auteure de l’étude, nuance toutefois ces résultats : « L’Ozempic et les médicaments similaires peuvent légèrement augmenter le risque de diagnostic de cancer de la thyroïde, mais dans la majorité des cas, il s’agit de nodules bénins. »
Pour mieux comprendre cette relation potentielle entre ces médicaments, initialement conçus pour traiter le diabète et de plus en plus utilisés pour la perte de poids (parfois en automédication), nous avons interrogé le Dr José Manuel Cucalón, membre du groupe d’endocrinologie et de nutrition de la Société espagnole des médecins généralistes et de famille (SEMG).
Le Dr Cucalón commence par souligner la valeur de l’étude : « Nous accordons une grande crédibilité aux essais cliniques randomisés et aux méta-analyses, qui sont réalisés avec les plus hauts standards scientifiques. Cet article est informatif et doit être interprété avec prudence, car certaines études peuvent parfois exagérer ou minimiser des données scientifiques sérieuses. » Il rappelle que les médicaments GLP-1 sont prescrits depuis plus de 15 ans pour le traitement du diabète et qu’ils se sont avérés efficaces.
Concernant le lien avec la thyroïde, le Dr Cucalón explique que les GLP-1 « possèdent des récepteurs dans les organes qui produisent des hormones, ce qui pourrait entraîner des altérations à ce niveau. Ces altérations sont toutefois généralement considérées comme négligeables ou peu fréquentes dans les essais cliniques. » Les effets secondaires les plus courants de ces médicaments sont d’ordre digestif : nausées, gaz, ballonnements, dyspepsie, diarrhée ou constipation.
L’expert précise que ces médicaments agissent sur les récepteurs thyroïdiens, mais que le cancer médullaire de la thyroïde, auquel ils pourraient être liés, reste rare. « Il semble qu’il ait été rapporté que l’action de ce médicament sur ces récepteurs thyroïdiens pourrait, dans certains cas très rares, provoquer un cancer médullaire de la thyroïde. Il est important de rappeler que le cancer de la thyroïde le plus fréquent est le cancer papillaire. » Il insiste sur le fait qu’il s’agit d’un type spécifique et rare de cancer de la thyroïde, touchant certaines cellules sécrétant de la calcitonine, dont le taux peut servir de biomarqueur.
Le Dr Cucalón met en garde contre l’automédication avec l’Ozempic pour perdre du poids, dénonçant une « surutilisation dangereuse ». Il rappelle que l’Ozempic est indiqué pour le traitement du diabète, le Wegovy pour la perte de poids, et le Rybelsus (sous forme orale) a également des indications précises. Ces médicaments sont destinés aux patients diabétiques présentant un risque cardiovasculaire élevé, souffrant d’apnée du sommeil, de cardiopathies ischémiques, d’hypertension, de dyslipidémies, ou étant fumeurs ou atteints de BPCO.
« Ces médicaments ont démontré leur efficacité pour la perte de poids, l’amélioration de l’hémoglobine glyquée chez les diabétiques et la réduction du risque cardiovasculaire à long terme », souligne-t-il. « La crainte est qu’ils soient utilisés uniquement pour perdre du poids par des patients sans prescription médicale. Il faut être très prudent. » Il souligne que la perte de poids raisonnable (5 à 10 %) permise par ces médicaments est une avancée, mais aussi un risque.
« Tous les médicaments ont une indication positive, mais aussi des effets négatifs qui doivent être évalués par un médecin », conclut le Dr Cucalón. Il dénonce un « réel problème d’hyperprescription autonome » dans la société, rappelant que toute prise de médicaments en dehors d’un avis médical constitue un danger. Il prend l’exemple des intoxications infantiles au paracétamol. « L’automédication devrait être interdite, voire sanctionnée. Le risque que la population considère ce médicament comme banal et qu’il l’utilise simplement pour perdre du poids est très élevé. La meilleure solution reste de consulter un spécialiste, de modifier son alimentation et son mode de vie pour rester en bonne santé. »
