Publié le 17 janvier 2026 à 04h30. René Guarín, ancien guérillero du M-19 et proche collaborateur du président Petro, prend les rênes de la Direction nationale du renseignement (DNI) dans un contexte de tensions internes, d’accusations d’écoutes illégales et de relations complexes avec les États-Unis.
- René Guarín a été nommé directeur de la DNI, une entité clé de l’État colombien.
- Sa mission immédiate inclut un renforcement des liens avec les agences de renseignement internationales, notamment américaines et vénézuéliennes.
- Le président Petro lui a confié la préparation de sa prochaine rencontre avec Donald Trump, axée sur la paix totale, la lutte contre les économies illicites et un nouveau conseil sur le trafic de drogue.
Sept mois après la fin du gouvernement précédent, Gustavo Petro confie un poste stratégique à René Guarín, figure emblématique de son cercle proche. Ingénieur système et ancien combattant du M-19 aux côtés du chef de l’État, Guarín hérite d’une DNI secouée par des controverses liées à des interceptions illégales et des dissensions internes. Sa nomination intervient alors que Bogotá cherche à redéfinir ses relations avec Washington, notamment en matière de renseignement.
Guarín s’est fait connaître du grand public pour son combat acharné pour retrouver sa sœur Cristina, disparue lors de la prise et de la reconquête du Palais de Justice en novembre 1985. Il a fallu attendre 31 ans pour que ses restes soient identifiés. De son domicile à Bogotá, où il conserve un portrait de sa sœur, Guarín évoque la tâche principale que lui a assignée le président Petro : rassembler les informations nécessaires à la rencontre prévue le 3 février avec Donald Trump à la Maison Blanche.
Question : Quelles sont vos priorités à la DNI durant ces sept derniers mois du gouvernement ?
Réponse :
« J’ai programmé une série de réunions avec l’équipe dirigeante actuelle pour obtenir un rapport complet sur la situation financière, administrative, technique et opérationnelle de l’entité. Je prendrai mes fonctions après avoir reçu les démissions formelles des administrateurs en place, puis je définirai l’équipe qui accompagnera le gouvernement jusqu’à son terme. Un axe important sera le renforcement des relations avec les délégations internationales, notamment les ambassades, en particulier celles des États-Unis et du Venezuela. »
René Guarín, directeur de la DNI
Question : Quelles instructions précises le président Petro vous a-t-il données ?
Réponse :
« Il s’inquiète particulièrement de la lutte contre les économies illicites et de l’émergence d’un nouveau réseau de narcotrafiquants, différent de ceux que nous connaissions en Colombie. Il s’agit d’individus plus discrets, qui affichent un luxe moins ostentatoire, mais qui opèrent depuis d’autres pays, notamment une communauté privilégiée à Miami et une autre à Dubaï. Nous devons obtenir des conclusions sur ce sujet avant la fin du gouvernement. La question du logiciel Pegasus est également sensible pour le président. »
René Guarín, directeur de la DNI
Question : Vous arrivez à la DNI alors que le ministre de la Justice affirme avoir été illégalement intercepté par les services de renseignement à l’aide de ce même logiciel…
Réponse :
« En tant que directeur de la DNI, je suis très préoccupé par la plainte déposée par le ministre Andrés Idárraga. Nous collaborerons pleinement avec les instructions du président pour établir la vérité. Il serait grave de constater que ces interceptions provenaient du bureau du ministre de la Défense nationale, Pedro Sánchez. »
René Guarín, directeur de la DNI
Question : Le président n’exclut-il pas une éventuelle responsabilité de Pedro Sánchez dans ces écoutes ?
Réponse :
« Le président est un décideur indépendant. Il prendra une décision une fois qu’il disposera de preuves suffisantes. Ce que je peux vous assurer, c’est que la DNI, ainsi que les ministères de la Défense et de la Justice, sont prêts à collaborer avec le parquet pour faire toute la lumière sur cette affaire. Nous avons déjà été informés de deux plaintes concernant des intrusions par Pegasus visant des hauts fonctionnaires. »
René Guarín, directeur de la DNI
Question : La rencontre entre Petro et Trump le 3 février approche. Quel sera votre rôle ?
Réponse :
« Le président m’a demandé de l’accompagner à cette réunion afin qu’il puisse présenter à Donald Trump trois sujets clés : la paix totale, la lutte contre les économies illicites et le nouveau conseil sur le trafic de drogue. L’objectif est de trouver un allié aux États-Unis. Je m’efforce de fournir au président les informations nécessaires pour qu’il puisse présenter ces dossiers à son homologue. »
René Guarín, directeur de la DNI
Question : Il y a quelques mois, Petro avait ordonné la suspension des relations avec les agences de renseignement américaines…
Réponse :
« Ces relations ne sont pas rompues. Je n’ai pas encore prévu de réunions avec mes homologues, mais j’ai eu une rencontre informelle avec l’ambassadeur américain à Washington, Daniel García-Peña, pour discuter de ces questions. Nous avons déjà eu des contacts similaires dans le passé, lorsque j’étais directeur adjoint de l’Unité de renseignement et d’analyse financières (UIAF) et que nous avons collaboré avec le FBI pour lutter contre les activités illicites. Le Département du Trésor américain a également été un allié précieux, notamment en matière de technologies informatiques et de renseignement pour suivre les transactions en crypto-monnaies et sur la chaîne de blocs (blockchain), souvent liées au trafic d’êtres humains, à l’achat d’enfants et au trafic de drogue. »
René Guarín, directeur de la DNI
Question : L’inscription du président sur la liste Clinton était une source de préoccupation diplomatique. Le président vous a-t-il confié quelque chose à ce sujet ?
Réponse :
« Bien sûr. Il a engagé une défense juridique pour comprendre les raisons de cette inscription, mais il existe également des procédures techniques et politiques pour demander son retrait. C’est une tâche complexe. L’objectif est que le président se rende aux États-Unis sans figurer sur la liste Clinton. Si les 15 jours restants ne suffisent pas, il se rendra à la réunion avec toute sa détermination, sa confiance et une relation rétablie. »
René Guarín, directeur de la DNI
Question : Le retrait de la liste Clinton était-il une demande formulée par Petro à Trump lors de leur appel téléphonique ?
Réponse :
« Je ne connais pas les détails de cette conversation. Je ne pense pas qu’ils aient abordé cette question directement, mais une procédure est en cours depuis plusieurs mois. »
René Guarín, directeur de la DNI
Question : Petro a reconnu avoir demandé à Trump de l’aider à combattre l’ELN en Colombie. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?
Réponse :
« La Colombie est engagée dans la lutte contre les groupes armés illégaux, et l’ELN en fait partie. Tout en maintenant l’objectif de la paix totale, il est clair pour ce gouvernement que le principal moteur du conflit colombien actuel n’est pas idéologique, mais économique. Le président a souligné qu’il est plus important de frapper financièrement ces groupes pour les affaiblir et les ramener à la table des négociations que de les bombarder physiquement. C’est un autre point qui sera abordé lors de la rencontre avec Trump. »
René Guarín, directeur de la DNI
Question : Quel sera le sort des groupes plus fragmentés, comme les dissidents ?
Réponse :
« Nous continuerons à mener des dialogues exploratoires avec tous les groupes armés qui ont eu ou ont des contacts avec le gouvernement, y compris les bandes criminelles de Barranquilla qui ont demandé le transfert de leurs membres vers d’autres prisons, ou des criminels comme Pipe Tuluá. »
René Guarín, directeur de la DNI
Question : Que va-t-il arriver à Wilmar Mejía, directeur technique adjoint de la DNI, accusé de transmettre des informations aux dissidents de Calarcá ?
Réponse :
« Il est actuellement suspendu par le parquet général, si je comprends bien, jusqu’au 27 février. Je ne le connais pas personnellement. Mon rôle est d’accepter les décisions du parquet. Il est possible de lever cette sanction, auquel cas il sera réintégré, mais la décision finale revient au président de la République. »
René Guarín, directeur de la DNI
