Publié le 15 novembre 2025 à 09h04. Un différend diplomatique majeur oppose la Chine et les Pays-Bas après l’intervention du ministre néerlandais des Affaires économiques dans le fonctionnement de la filiale chinoise du fabricant de puces Nexperia, menaçant l’avenir de l’entreprise.
- Le ministère chinois du Commerce a exprimé son mécontentement face à l’intervention du ministre néerlandais, qualifiant sa démarche d’« imprudente » et de « profondément décevante ».
- La Chine a bloqué l’exportation de puces produites par l’usine chinoise de Nexperia en représailles.
- Une délégation néerlandaise se rendra en Chine la semaine prochaine pour tenter de désamorcer la crise, mais les perspectives de résolution semblent sombres.
La situation actuelle est le résultat d’une intervention du ministre néerlandais des Affaires économiques, Pieter Karremans, au sein de Nexperia Nederland. Son objectif était de garantir la sécurité de la production de puces aux Pays-Bas et en Europe. Cette intervention a toutefois été invalidée par un tribunal néerlandais. En réponse, la Chine a pris des mesures de rétorsion en bloquant les exportations de l’usine chinoise de Nexperia, située à Dongguan.
Les experts estiment que l’avenir de Nexperia est désormais incertain. Si une collaboration continue entre Nexperia Chine et les Pays-Bas reste le scénario le plus souhaitable, de nombreux obstacles subsistent. L’atmosphère est tendue au sein de l’entreprise, avec des accusations croisées entre les différentes branches.
Nexperia Chine accuse la direction néerlandaise d’avoir perturbé la production en suspendant la livraison de wafers (plaquettes de silicium, pièces essentielles à la fabrication des puces) à l’usine de Dongguan. Nexperia Pays-Bas, de son côté, affirme que la filiale chinoise incite ses clients à effectuer leurs paiements sur des comptes bancaires chinois plutôt que néerlandais.
Cette situation crée une grande incertitude parmi les employés. Arjan Baselmans, négociateur syndical pour le CNV, s’inquiète pour l’avenir de Nexperia aux Pays-Bas :
« On ne peut s’empêcher de s’inquiéter pour l’avenir de Nexperia aux Pays-Bas. »
Arjan Baselmans, négociateur CNV
Au-delà des conséquences économiques, ce conflit a gravement endommagé les relations diplomatiques entre les Pays-Bas et la Chine. Bo Zhengyuan, associé de l’agence de recherche Plenum, souligne que les deux pays avaient toujours réussi à gérer efficacement les différends géopolitiques ou technologiques, notamment concernant le fabricant de puces ASML.
« Ce vol, tel qu’il est décrit ici en Chine, a été une surprise. »
Bo Zhengyuan, associé de Plenum
Le gouvernement chinois, initialement silencieux, se montre désormais de plus en plus critique envers l’attitude des Pays-Bas, qu’il juge « non constructive ».
Selon Bo Zhengyuan, il serait préférable que les deux pays mettent en place un mécanisme de consultation pour éviter de futures crises. Dans le contexte géopolitique actuel, de tels problèmes sont susceptibles de se multiplier.
La délégation néerlandaise qui se rendra à Pékin la semaine prochaine ne devrait pas avoir une tâche facile. Shen Yi, professeur de politique internationale à l’Université de Fudan, se montre pessimiste quant aux chances de succès. Il critique l’absence du ministre Karremans, qu’il considère comme un manque de sérieux de la part des Pays-Bas.
« La Chine a été très claire sur ce qui est nécessaire pour résoudre ce problème. Les Pays-Bas doivent revenir sur leurs décisions. Ce n’est qu’à ce moment-là que nous pourrons parler. »
Shen Yi, professeur à l’Université de Fudan
Il s’attend à une visite courte et peu productive, et anticipe que la Chine profitera de cette occasion pour envoyer un message clair au reste du monde : aucun État souverain ne peut s’approprier illégalement les investissements d’entreprises chinoises à l’étranger.
