Publié le 10 décembre 2025 à 00:09:00. Une molécule produite par les bactéries intestinales, traditionnellement associée aux risques cardiovasculaires, pourrait s’avérer un allié inattendu dans la lutte contre l’inflammation métabolique et le diabète, selon une nouvelle étude.
- La triméthylamine (TMA), un métabolite microbien, atténue l’inflammation et améliore le contrôle glycémique chez les souris obèses.
- Cette action se produit en inhibant une kinase clé, IRAK4, impliquée dans la signalisation immunitaire innée.
- L’étude suggère que la modulation du microbiote intestinal par l’alimentation pourrait ouvrir de nouvelles voies thérapeutiques contre le diabète et l’obésité.
Le diabète, une maladie métabolique chronique caractérisée par une hyperglycémie, représente un défi majeur de santé publique à l’échelle mondiale. Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), environ 529 millions de personnes y sont atteintes, entraînant 1,6 million de décès chaque année. Les facteurs de risque principaux sont liés à un mode de vie sédentaire et à une alimentation déséquilibrée.
Le microbiote intestinal, l’ensemble des micro-organismes résidant dans le tube digestif, joue un rôle crucial dans le développement de maladies chroniques, notamment par le biais de l’inflammation et de la résistance à l’insuline. L’interaction entre les lipopolysaccharides bactériens (LPS) et les graisses alimentaires active le récepteur Toll-like 4 (TLR4), une protéine essentielle du système immunitaire inné, déclenchant ainsi une inflammation chronique de bas grade.
Si les mécanismes de communication entre les bactéries intestinales et l’organisme hôte sont de mieux en mieux compris, les métabolites microbiens capables de contrôler ces processus restent largement méconnus. Une nouvelle étude, publiée dans la revue Nature Metabolism, met en lumière le rôle potentiel de la triméthylamine (TMA) dans l’amélioration du contrôle glycémique et la modulation des réponses inflammatoires.
Les chercheurs ont mené des expériences sur des souris obèses, nourries avec un régime riche en graisses et avec des niveaux variables de choline. Ils ont observé que la TMA, produite par le métabolisme de la choline et de la carnitine par le microbiote intestinal, atténuait l’inflammation et la résistance à l’insuline en inhibant la kinase 4 associée au récepteur de l’interleukine-1 (IRAK4). Cette kinase est une composante clé de la voie de signalisation des récepteurs Toll-like (TLR), qui détecte les signaux de danger provenant d’agents pathogènes.
En confirmant ces résultats par l’inhibition génétique et chimique de IRAK4, l’étude a démontré des améliorations similaires des fonctions métaboliques et immunitaires. De plus, une simple administration de TMA a amélioré la survie des souris atteintes d’un choc septique induit par le LPS.
L’étude a également révélé que l’augmentation de l’apport en choline favorisait la production de TMA, avec une multiplication par 20 des taux circulants chez les souris nourries avec un régime riche en choline. Ces résultats suggèrent que la TMA pourrait être un médiateur des bénéfices métaboliques et immunitaires liés à la supplémentation en choline, agissant comme une molécule de signalisation qui module la voie TLR.
Il est important de noter que, dans le foie, la TMA est transformée en N-oxyde de triméthylamine (TMAO), un facteur de risque reconnu des maladies cardiovasculaires. Cependant, des études récentes suggèrent que le TMAO pourrait également avoir des effets bénéfiques, notamment en réduisant la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique. En revanche, la TMA semble perturber cette même barrière. Ces observations suggèrent que les rôles de la TMA et de la TMAO pourraient être contextuels et dépendre de la pathologie sous-jacente.
Les chercheurs ont également démontré que l’inactivation de la mono-oxygénase 3 contenant des flavines (FMO3), l’enzyme responsable de la conversion de la TMA en TMAO, était associée à des avantages métaboliques. L’étude actuelle révèle que la TMA se lie et inhibe directement IRAK4, contrairement à la TMAO, ce qui confirme un mécanisme d’action indépendant.
Ces découvertes ouvrent la voie à de futures recherches cliniques visant à évaluer l’impact d’interventions diététiques visant à augmenter la biodisponibilité de la TMA sur le diabète et le dysfonctionnement métabolique associé à l’obésité. Il est toutefois important de souligner que les preuves actuelles chez l’homme sont encore limitées et proviennent principalement d’études in vitro.
