Chaque année, le cancer du sein touche près de 60 000 femmes en France. À l’occasion d’Octobre rose, le Dr Baptiste Sauterey, gynécologue et sexologue à l’Institut de Cancérologie de l’Ouest (ICO) d’Angers, fait le point sur les avancées en matière de dépistage, de prévention et de traitements.
Si le cancer du sein reste le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez la femme, la mortalité liée à cette maladie tend à diminuer, grâce à une détection plus précoce et à des thérapies de plus en plus efficaces. L’âge moyen au moment du diagnostic est d’environ 64 ans, et on estime qu’une femme sur huit développera un cancer du sein au cours de sa vie.
Plusieurs facteurs de risque peuvent augmenter la probabilité de développer un cancer du sein. Le Dr Sauterey souligne l’importance de l’hygiène de vie : « Parmi les facteurs de risque, on retrouve souvent le surpoids, la sédentarité, la consommation d’alcool et de tabac, ainsi que certaines habitudes alimentaires. L’alcool, notamment, augmente le risque de plusieurs cancers, dont celui du sein. » Il rappelle que les recommandations de santé publique conseillent de ne pas dépasser deux verres par jour et de ne pas boire quotidiennement, tout en précisant qu’il n’existe pas de niveau de consommation d’alcool totalement sûr.
Les facteurs hormonaux jouent également un rôle. Une ménopause tardive, un traitement hormonal substitutif prolongé, ou l’absence de grossesse et d’allaitement peuvent augmenter le risque. L’allaitement, même modéré, contribue à une réduction de ce risque.
Bien que moins fréquent, le facteur génétique est à prendre en compte. Entre 5 et 10 % des cancers du sein sont d’origine héréditaire, liés à des mutations sur des gènes tels que BRCA1, BRCA2, PALB2, TP53 ou RAD51, qui interviennent dans la réparation de l’ADN. « Cependant, dans la grande majorité des cas, le cancer du sein est lié à des facteurs environnementaux et comportementaux, plutôt qu’à la génétique », précise le Dr Sauterey. Les femmes porteuses d’une mutation BRCA ont un risque significativement plus élevé, entre 40 et 80 %, mais cela ne signifie pas qu’elles développeront inévitablement la maladie.
Il est crucial de consulter un professionnel de santé dès l’apparition de tout signe suspect : masse palpable, changement de la peau ou de la forme du sein, rétraction ou écoulement du mamelon, rougeur persistante. « Il ne faut pas attendre le prochain dépistage organisé. En cas de doute, il faut consulter rapidement un médecin, une sage-femme ou un gynécologue », insiste le médecin.
Le programme de dépistage organisé, proposant une mammographie tous les deux ans aux femmes de 50 à 74 ans sans facteur de risque particulier, permet une détection précoce du cancer, améliorant ainsi le pronostic et souvent rendant les traitements moins lourds. Des études montrent une réduction de la mortalité spécifique grâce à ces programmes, bien que les bénéfices doivent être évalués en tenant compte des risques de surdiagnostic et de faux positifs.
Les technologies de dépistage évoluent constamment. La mammographie numérique est désormais la norme, et des logiciels d’amélioration d’image permettent de réduire l’exposition aux rayons. Des études, comme MyPeBS, explorent des stratégies de dépistage plus personnalisées, adaptées au profil de risque de chaque femme. La recherche d’ADN tumoral circulant dans le sang représente également une piste prometteuse, bien qu’encore expérimentale.
Les traitements sont de plus en plus personnalisés, grâce à l’analyse moléculaire et des biomarqueurs. Les thérapies ciblées, comme les anti-HER2 ou les inhibiteurs de CDK4/6, ont transformé la prise en charge de certains types de cancer. L’immunothérapie progresse également, offrant de nouvelles perspectives pour contrôler les formes avancées et réduire le risque de récidive.
« Non, pas totalement », répond le Dr Sauterey à la question de savoir si le cancer du sein peut être totalement évité. « L’âge et certains mécanismes biologiques sont inévitables. En revanche, une part importante des cancers peut être évitée grâce à la prévention : arrêter de fumer, limiter l’alcool, pratiquer une activité physique régulière, surveiller son poids, adopter une alimentation équilibrée, se faire vacciner contre le papillomavirus, ou encore limiter certaines expositions professionnelles. » Il estime qu’entre 30 et 50 % des cancers pourraient être évités grâce à ces actions.
Un diagnostic précoce permet souvent des traitements moins agressifs, voire d’éviter la chimiothérapie, et augmente les chances de guérison. À l’inverse, un diagnostic tardif peut entraîner des métastases et nécessiter des traitements plus longs, pouvant conduire à une maladie chronique nécessitant un suivi à long terme.
Le Dr Sauterey se montre optimiste quant aux perspectives de la recherche : « Nous allons vers une médecine de plus en plus personnalisée, qui croise les données génétiques, l’imagerie et les habitudes de vie pour adapter la prévention et le dépistage. »
Pour le Dr Sauterey, Octobre rose est un moment essentiel pour informer, sensibiliser et briser les tabous. « Cela permet de renforcer le dialogue entre les soignants, les patientes et le grand public, tout en rappelant l’importance de la prévention et du dépistage. »
