Le secteur des soins à domicile est à la croisée des chemins : face à une demande croissante et à une pénurie de personnel, les entreprises devront innover pour maintenir des services abordables et de qualité, tout en s’adaptant à un paysage politique incertain et à l’essor de l’intelligence artificielle.
L’intelligence artificielle (IA) pourrait bien devenir un facteur déterminant pour attirer et retenir les soignants. Alors que le personnel représente le principal défi du secteur, les outils basés sur l’IA, capables d’alléger la charge administrative, sont de plus en plus perçus comme essentiels. En 2026, les soignants les plus recherchés pourraient même exiger l’accès à ces technologies pour accepter un poste.
« L’un des plus grands impacts de la technologie contribue simplement à la rétention et à l’amélioration de la qualité de vie », expliquait David Kerns, PDG du groupe LTM. « Nous avons mis en place une initiative appelée “l’heure du pyjama”, qui permet d’éliminer le temps consacré à la documentation après les heures de travail. »
Parallèlement, les prestataires de soins à domicile sont confrontés à un phénomène d’« érosion » de l’offre : les prix restent stables, mais la quantité ou la qualité des services diminue en raison de l’augmentation des coûts de main-d’œuvre et des matières premières. Les consommateurs, en particulier la « génération sandwich » – qui doit s’occuper à la fois de ses enfants et de ses parents vieillissants – sont de plus en plus exigeants en matière de continuité des soins et de qualité.
Pour maintenir leur compétitivité, les entreprises devront donc trouver des moyens de maîtriser leurs coûts sans compromettre la qualité des services. L’enjeu sera de ne pas réduire la « taille de la barre chocolatée », pour reprendre l’image, mais de proposer un service complet et abordable.
Le secteur observe également une évolution vers des soins plus complexes, avec une prise en charge croissante de patients atteints de maladies chroniques ou de cancers. Les prestataires qui sauront s’adapter rapidement à cette nouvelle donne pourront élargir leur clientèle et renforcer leur réputation.
Cependant, l’année 2025 a été marquée par un exemple négatif : le programme de soins à domicile axé sur les consommateurs de l’État de New York (CDPAP). La transition chaotique vers un intermédiaire fiscal unique a provoqué une vive contestation de la part des soignants et des consommateurs, et a conduit certaines entreprises à cesser leurs activités. Bryan O’Malley, directeur exécutif de la Consumer Directed Personal Assistance Association of New York State (CDPAANYS), a dénoncé une situation « extrêmement perturbatrice » et un « désastre ». Cette expérience souligne l’importance d’une mise en œuvre soignée de toute réforme des programmes de soins à domicile, en particulier dans un contexte de coupes budgétaires potentielles.
Les élections de mi-mandat de 2026 pourraient également avoir un impact significatif sur le secteur, notamment en ce qui concerne les politiques d’immigration. Les démocrates, généralement favorables à une approche plus souple, sont actuellement en position favorable selon un sondage NPR/PBS News/Marist. Une victoire démocrate pourrait conduire à des mesures visant à stabiliser et à augmenter la main-d’œuvre, notamment en créant un visa spécifique pour les soignants et en facilitant l’obtention de cartes vertes basées sur l’emploi. Cependant, le risque de blocage politique à Washington reste élevé.
Enfin, les modèles de soins à domicile évoluent, avec l’émergence de visites plus courtes et axées sur des tâches spécifiques. Cela nécessitera d’attirer et de retenir un nouveau type de soignant, plus mobile, plus autonome et plus entrepreneurial. Le « soignant holotype » – le profil type du soignant – est donc en train de se transformer, et les prestataires devront adapter leurs stratégies de recrutement et de fidélisation en conséquence.
