Publié le 7 janvier 2026 à 05h02. Une étude néerlandaise révèle que l’efficacité de la photothérapie, traitement courant de l’ictère néonatal, pourrait varier considérablement en fonction de la couleur de peau du nourrisson, soulignant la nécessité d’une approche plus personnalisée.
- La photothérapie à la lumière bleue, traitement de référence pour l’ictère néonatal, pourrait être jusqu’à 5,7 fois moins efficace chez les bébés à la peau foncée que chez les bébés à la peau claire, selon une nouvelle modélisation informatique.
- Les chercheurs de l’Université de Twente, de l’hôpital Isala et du centre médical universitaire de Groningen ont identifié la pigmentation de la peau comme le principal facteur influençant la pénétration de la lumière thérapeutique.
- L’étude suggère que la longueur d’onde optimale pour la photothérapie pourrait également varier en fonction du teint, avec un léger décalage vers des longueurs d’onde plus élevées pour les peaux plus foncées.
La photothérapie, introduite dans les années 1950, demeure l’une des méthodes les plus répandues et les plus sûres pour traiter l’ictère néonatal, une affection causée par une accumulation de bilirubine dans le sang. Chaque année, des millions de nouveau-nés à travers le monde sont exposés à cette lumière bleue caractéristique en milieu hospitalier. Bien que généralement bénigne et transitoire, une concentration excessive de bilirubine peut entraîner des complications neurologiques graves, telles que l’encéphalopathie bilirubinique.
Depuis son introduction, la photothérapie a évolué, passant des lampes fluorescentes aux systèmes LED modernes. Cependant, les protocoles cliniques actuels appliquent généralement un dosage standardisé, sans tenir compte des variations individuelles, notamment la couleur de peau et l’épaisseur de l’épiderme. Une équipe de chercheurs néerlandais a cherché à combler cette lacune grâce à une étude théorique récemment publiée dans la revue Biophotonics Discovery.
En utilisant une modélisation optique informatique avancée, les chercheurs ont analysé comment les propriétés optiques de la peau – pigmentation, taux d’hémoglobine, concentration de bilirubine, épaisseur des tissus et longueur d’onde du traitement – affectent la quantité de lumière qui atteint les couches cutanées où la photothérapie agit. Leurs résultats, bien que préliminaires, mettent en évidence une observation importante : l’efficacité du traitement peut varier considérablement en fonction de la couleur de peau du nouveau-né.
Les simulations ont révélé que, dans des conditions d’exposition identiques, les bébés à la peau foncée peuvent recevoir une dose de lumière thérapeutique jusqu’à 5,7 fois moins efficace que les bébés à la peau claire. Cette différence se traduit par une réduction de la bilirubine estimée à 40,8 % pour les nouveau-nés à peau claire, contre seulement 25,6 % pour les nouveau-nés à peau foncée après 24 heures de traitement continu.
L’étude, dirigée par Alida J. Dam-Vervloet, s’appuie sur des techniques de simulation de transfert radiatif largement utilisées en génie biomédical et en photonique. Ces simulations permettent de modéliser la propagation des photons dans des milieux complexes comme la peau humaine. Les chercheurs ont mis en œuvre un modèle multicouche représentant les tissus cutanés néonatals, intégrant des données optiques issues de la littérature scientifique concernant l’absorption et la dispersion de la mélanine (le principal pigment responsable de la couleur de la peau), de l’hémoglobine et de la bilirubine.
Les auteurs soulignent que, bien que les valeurs absolues obtenues soient des approximations théoriques, les résultats ont des implications cliniques importantes. Un traitement standardisé pourrait être moins efficace pour certains groupes ethniques, nécessitant potentiellement une exposition prolongée ou une adaptation du protocole thérapeutique. Ils ont également constaté que l’épaisseur de l’épiderme et la concentration initiale de bilirubine influencent, dans une moindre mesure, l’efficacité du traitement.
L’étude a également exploré la longueur d’onde optimale pour maximiser la photodégradation de la bilirubine. Traditionnellement, la lumière bleue autour de 460 nanomètres (nm) est considérée comme idéale. Cependant, les simulations suggèrent que cette valeur pourrait ne pas être universelle. Pour les nouveau-nés à peau claire, l’efficacité maximale reste proche de 460 nm, mais pour les peaux plus foncées, les chercheurs ont observé un décalage optimal vers des longueurs d’onde légèrement plus élevées, autour de 470 nm, où l’absorption par la mélanine est plus faible.
« Notre modélisation suggère que la couleur de peau influence de manière significative la quantité de lumière absorbée par la bilirubine pendant le traitement. Il s’agit cependant de prédictions théoriques qui nécessitent une validation clinique », conclut Alida J. Dam-Vervloet. « Des études réelles mesurant la réduction réelle de la bilirubine dans différentes carnations sont essentielles pour déterminer si des approches de photothérapie plus personnalisées sont justifiées chez de vrais nouveau-nés recevant une photothérapie. »
Vous pouvez accéder au document de recherche via le lien suivant : https://www.spiedigitallibrary.org/journals/biophotonics-discovery/volume-2/issue-03/032508/Effect-of-skin-color-and-other-skin-properties-on-the/10.1117/1.BIOS.2.3.032508.full
|
Source des images : Freepik. *Images à l’appui issues de banques de ressources graphiques n’appartenant pas à la recherche. |


