Publié le 16 janvier 2024. La littérature jeunesse est-elle un genre à part entière, ou une simple déclinaison de la littérature adulte ? Des chercheurs remettent en question les préjugés qui persistent sur ce domaine, en soulignant sa complexité et son rôle essentiel dans le développement de l’enfant et la transmission de la culture.
- La littérature jeunesse ne doit pas être considérée comme une forme littéraire simplifiée ou inférieure, mais comme un domaine à part entière, doté de ses propres codes et de sa propre richesse.
- Les contes de fées, par exemple, transcendent les frontières culturelles et temporelles, constituant un patrimoine spirituel commun à l’humanité.
- Les auteurs de littérature jeunesse doivent trouver un équilibre délicat entre légèreté et profondeur, en adaptant leur langage à leur jeune public sans pour autant sacrifier la complexité des idées.
Longtemps perçue comme une littérature mineure, voire comme une simple préparation à la lecture des œuvres « sérieuses », la littérature jeunesse est aujourd’hui l’objet d’une réévaluation par les chercheurs. Wu Xiangyu, professeur au Centre de recherche en littérature jeunesse de l’Université normale du Zhejiang, plaide pour une redéfinition de ce champ littéraire, en insistant sur la nécessité de dépasser les idées reçues et de reconnaître sa spécificité.
Selon lui, l’un des principaux malentendus concernant la littérature jeunesse réside dans la tendance à la considérer comme une version allégée de la littérature adulte. Or, cette approche ignore la complexité du processus de création et de réception de ces œuvres, ainsi que leur rôle essentiel dans le développement cognitif et émotionnel de l’enfant. Les contes de fées, par exemple, sont souvent cités comme un exemple de littérature qui parvient à toucher les lecteurs de tous âges, grâce à leur universalité et à leur profondeur symbolique. Ils éliminent les frontières de lecture entre adultes et enfants, et leur noyau littéraire transcende le temps, l’espace et les frontières nationales.
Ce qui distingue la littérature jeunesse, c’est sa capacité à éveiller la curiosité des jeunes lecteurs, à leur transmettre des connaissances et à les aider à construire leur identité. Elle ne se contente pas de divertir, mais contribue activement à leur éducation et à leur socialisation. Pour autant, il ne s’agit pas d’une littérature dogmatique ou moralisatrice. Les auteurs doivent trouver un équilibre subtil entre la légèreté et la profondeur, en adaptant leur langage à leur jeune public sans pour autant sacrifier la complexité des idées.
Cette recherche d’équilibre est d’autant plus délicate que la littérature jeunesse est souvent influencée par des considérations idéologiques. Dans le passé, certains chercheurs ont reproché à ce genre littéraire d’être trop conservateur ou trop superficiel. D’autres ont même estimé qu’il était inapproprié d’analyser les idées littéraires des enfants, considérant que leur jugement était trop immature. Ces critiques témoignent d’une méconnaissance de la spécificité de la littérature jeunesse et de son rôle dans la construction du savoir.
En réalité, toute littérature est porteuse d’idées, et la littérature jeunesse ne fait pas exception. L’enjeu pour les auteurs est de trouver un langage et des formes narratives qui permettent de transmettre ces idées de manière accessible et pertinente pour leur jeune public. Comme le souligne Cao Wenxuan, cet « abaissement » apparent est en réalité un art difficile, qui exige une grande maîtrise de la langue et une profonde compréhension de la psychologie de l’enfant.
La littérature jeunesse est donc une littérature de haut niveau, qui exige des auteurs une grande créativité et une grande sensibilité. Elle n’est pas une simple copie ou une version miniature de la littérature adulte, mais un genre à part entière, doté de ses propres règles et de ses propres ambitions. En reconnaissant sa valeur et en la soutenant, nous contribuons à l’épanouissement des jeunes lecteurs et à la transmission de la culture.
(Auteur : Wu Xiangyu, professeur au Centre de recherche en littérature jeunesse de l’Université normale du Zhejiang)
(Éditeurs : Li Fang, Hao Mengjia)
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