Publié le 5 novembre 2025 à 03h28. La victoire du gouvernement aux élections législatives se traduit par une baisse spectaculaire des taux d’intérêt en Argentine, ouvrant des perspectives de financement pour les PME et relançant les espoirs d’une reprise économique.
- La chute rapide des taux d’intérêt, conséquence directe du résultat électoral, ramène les rendements à des niveaux observés avant la volatilité récente du marché.
- Les taux d’intérêt sur les chèques garantis, un outil de financement essentiel pour les PME, ont chuté de 75 % à environ 40-45 % par an.
- Le gouvernement a mis en œuvre des mesures pour libérer des liquidités sur le marché et favoriser la remonétisation de l’économie.
La baisse des taux d’intérêt sur le marché local est l’une des conséquences les plus marquantes de la récente victoire électorale du gouvernement. Cette diminution a été d’une rapidité surprenante, ramenant les rendements à des niveaux comparables à ceux du deuxième trimestre, avant les tensions liées à la LEFI (Letras de Efectividad Financiera), et dans certains cas, les surpassant même.
Les obligations d’État à court terme, qui fonctionnent comme des prêts d’un jour, se négocient désormais entre 20 % et 23 %. Les LECAP (Letras del Tesoro) à plus court terme, émises par le Trésor et affichant des rendements proches de 60 % par an avant les élections de Buenos Aires, ont vu leur taux descendre à 27 % par an, s’alignant presque sur les prévisions d’inflation pour 2025.
Cette baisse des taux en pesos commence à se faire sentir auprès des petites et moyennes entreprises (PME). Gonzalo Musri, directeur commercial de Global Valores, explique :
« Les chèques garantis affichent désormais des taux d’environ 40 à 45 % par an. La semaine précédant les élections, ils atteignaient 75 %, et la semaine dernière, avec le résultat favorable au gouvernement, ils étaient déjà partiellement descendus à 60 %. »
Gonzalo Musri, directeur commercial de Global Valores
Il ajoute : « La réactivation ne sera pas immédiate, car les taux plus bas s’accompagnent d’une augmentation des impayés, ce qui incite à la prudence. Cependant, l’ambiance s’est clairement améliorée au sein des PME. »
Fernando Luciani, président de la Bourse argentine (MAV), souligne que « même en période de taux élevés, le volume des transactions est resté soutenu. La réduction du coût du financement du fonds de roulement des PME grâce à la négociation de chèques est un signe très positif pour la prochaine étape. Un financement accru sera essentiel au développement des entreprises. »
Le gouvernement a déjà mis en œuvre des mesures pour encourager la baisse des taux la semaine dernière. Il a renouvelé partiellement les appels d’offres, libérant ainsi 5 milliards de pesos sur le marché. De plus, il a modifié les réserves obligatoires, offrant aux banques une plus grande flexibilité dans la gestion des dépôts en pesos.
Parallèlement, on observe depuis la semaine dernière une réduction brutale des achats de dollars, malgré le retour du taux de change à 1 500 dollars. Ce mouvement est principalement lié à la pénurie d’offre due à la liquidation anticipée des devises par les entreprises agricoles suite à la suppression temporaire des droits de retenue. Actuellement, la liquidation agricole ne représente que 30 millions de dollars par jour, soit la moitié du niveau normal.
Avec un marché plus calme et une baisse significative de la demande de dollars, l’équipe économique mise sur une remontée progressive de la monétisation de l’économie. Cette remontée serait une étape cruciale pour relancer la reprise, avec une demande accrue de pesos, une baisse des taux d’intérêt et le retour du crédit.
Le cercle vertueux pour sortir l’économie de la stagnation est enclenché, et l’objectif principal est de faire de 2026 une année de croissance et de reprise de la demande intérieure. Selon les estimations de JP Morgan, l’économie pourrait croître de 4,5 % au quatrième trimestre de l’année prochaine, un scénario très favorable pour le gouvernement de Javier Milei.
Le risque, bien entendu, est que cette politique monétaire, devenant progressivement plus souple, ne soit pas maîtrisée. Le principal danger réside dans un éventuel excédent de pesos et des taux négatifs qui pourraient encourager de nouveaux achats de devises. Cette demande pourrait augmenter vers la fin de l’année en raison des dépenses liées aux voyages à l’étranger pendant les vacances.
L’appel d’offres du Trésor qui aura lieu aujourd’hui vise à prolonger significativement les échéances d’émission des différentes obligations en pesos. La forte baisse des rendements des tranches courtes vise précisément à dissuader les investisseurs d’investir dans ces obligations spécifiques et à les inciter à opter pour des obligations plus longues offrant une prime de taux plus élevée. Cela permettrait au gouvernement de prolonger les échéances de la dette en monnaie locale et de réduire la forte concentration observée ces derniers mois.
