Publié le 14 novembre 2025 à 06h00. Le médicament contre l’obésité Mounjaro, du laboratoire Eli Lilly, a connu une ascension fulgurante sur le marché indien, propulsant par la même occasion les exportations irlandaises à des niveaux record, mais cette dépendance suscite des inquiétudes quant à la vulnérabilité de l’économie face aux potentielles décisions politiques américaines.
- Le médicament amaigrissant Mounjaro d’Eli Lilly est devenu le produit pharmaceutique le plus vendu en Inde, dépassant l’antibiotique Augmentin de GSK.
- L’Irlande a enregistré une augmentation spectaculaire de ses exportations, en grande partie due à la fabrication des ingrédients actifs de Mounjaro et de Zepbound par Eli Lilly à Kinsale, dans le comté de Cork.
- Le Conseil consultatif budgétaire irlandais (Ifac) souligne les risques liés à la concentration des exportations autour de quelques produits et entreprises.
En seulement quelques mois depuis son lancement en mars dernier, Mounjaro a conquis le marché indien, témoignant d’une demande explosive pour les traitements de l’obésité. Le succès du médicament est tel qu’il a dépassé les ventes de son concurrent direct, Wegovy de Novo Nordisk, avec un ratio de 10 à 1, selon les données récentes. L’Inde, avec sa population de plus de 1,4 milliard d’habitants, est devenue un enjeu majeur dans la guerre mondiale contre l’obésité, un marché estimé à 130 milliards d’euros par an d’ici la fin de la décennie.
Ce boom de Mounjaro a des répercussions bien au-delà des frontières indiennes. L’Irlande, où Eli Lilly fabrique les ingrédients clés de Mounjaro et de son autre médicament, Zepbound, a vu ses exportations exploser. Entre janvier et mai, les exportations vers les États-Unis ont augmenté de 153 %, atteignant 71 milliards d’euros. Selon le Conseil consultatif budgétaire irlandais (Ifac), cette hausse est presque entièrement attribuable aux expéditions de ces ingrédients actifs.
L’Ifac a identifié environ 36,4 milliards d’euros de cette augmentation des exportations vers Indianapolis, siège d’Eli Lilly et site de ses principales installations de production, en se basant sur les données des douanes américaines. Le conseil estime que cette croissance reflète non seulement la forte demande américaine pour ces médicaments, mais aussi la constitution de stocks aux États-Unis en prévision d’éventuelles modifications tarifaires.
Cette dynamique positive devrait permettre à l’économie irlandaise de croître de près de 11 % en termes de produit intérieur brut (PIB) cette année, ce qui en ferait l’économie avancée affichant la croissance la plus rapide au monde en 2025. Cependant, cette prospérité repose sur un équilibre fragile, soulignent les experts.
L’Ifac met en garde contre les risques liés à la concentration de l’économie irlandaise autour de quelques entreprises multinationales et de quelques produits spécifiques. Cette situation rend le pays vulnérable aux changements de politique commerciale et aux décisions stratégiques des entreprises pharmaceutiques.
Eli Lilly a récemment annoncé des résultats exceptionnels au troisième trimestre, avec un chiffre d’affaires prévisionnel de 54,2 milliards d’euros pour l’ensemble de l’année, grâce à la forte demande pour Mounjaro et Zepbound. L’entreprise a également conclu un partenariat avec Walmart pour proposer des flacons unidose de Zepbound à moins de 430 euros dans ses pharmacies.
Pour l’instant, le secteur pharmaceutique irlandais a échappé aux tarifs américains, Washington ayant conclu des accords avec des géants de l’industrie tels que Pfizer et AstraZeneca. Cela suggère une approche pragmatique de la Maison Blanche, malgré les menaces protectionnistes de Donald Trump.
Cependant, la menace de nouvelles mesures américaines visant à réduire les prix des médicaments ou à relocaliser la production reste bien présente. Des entreprises comme Johnson & Johnson, AstraZeneca et Roche se sont engagées à investir massivement aux États-Unis, tandis qu’Eli Lilly, ainsi que d’autres grands laboratoires, ont promis des investissements significatifs entre 10 et 40 milliards de dollars.
La Chine représente également une concurrence croissante pour la domination américaine dans le secteur pharmaceutique. L’Ifac note que la Chine ne se contente plus de produire des génériques, mais qu’elle développe rapidement des produits biopharmaceutiques de haute qualité à moindre coût. Son empreinte pharmaceutique en Irlande reste cependant plus faible qu’aux États-Unis.
L’histoire de l’industrie pharmaceutique irlandaise est marquée par sa capacité d’adaptation. En 2011, le secteur était confronté à la “falais des brevets”, avec la perte de protection de nombreux médicaments à succès. Les craintes d’un exode massif d’entreprises se sont cependant avérées infondées. Le secteur s’est repositionné vers la fabrication de médicaments à grosses molécules, attirant aujourd’hui 24 des 25 plus grandes sociétés pharmaceutiques mondiales.
Eli Lilly pourrait théoriquement relocaliser la production des ingrédients actifs de ses médicaments aux États-Unis, mais cela impliquerait des investissements considérables et une augmentation des coûts, ce qui pourrait ne pas être bien accueilli par les actionnaires. Le taux d’imposition américain est de 21 %, contre 12,5 % en Irlande (qui passera à 15 % pour les grandes multinationales).
