Publié le 28 décembre 2025 16:13:00. L’intervention d’un navire de guerre chinois pour porter secours à un pêcheur philippin en mer des Philippines occidentales n’enfreint pas la souveraineté philippine, selon une experte en droit international. Cet incident, qui a suscité des réactions contrastées, relance le débat sur la liberté de navigation et les obligations humanitaires en mer.
- Une experte en droit international estime que l’assistance apportée par la Chine ne constitue pas une violation de la souveraineté philippine.
- Le droit maritime impose une obligation de recherche et de sauvetage en mer, primant sur les revendications territoriales.
- Les garde-côtes philippins contestent la version chinoise des faits, dénonçant une opération de relations publiques.
L’assistance récente fournie par un navire de la marine chinoise à un pêcheur philippin en difficulté au large de Zambales ne saurait être interprétée comme une remise en question de la souveraineté des Philippines, affirme le Dr Melissa Loja, spécialiste du droit international. Dans une interview accordée dimanche au Manila Times, cette chercheuse postdoctorale à l’Université de Copenhague a souligné que l’obligation de mener des opérations de recherche et de sauvetage en mer est une norme fondamentale, antérieure à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) et enracinée dans une coutume maritime séculaire.
Selon le Dr Loja, la politisation de ces actions humanitaires est préjudiciable aux fondements mêmes du droit maritime.
« La recherche et le sauvetage sont un devoir que tous les États doivent respecter, quelles que soient leurs revendications territoriales ou leurs zones économiques exclusives »,
Dr Melissa Loja, chercheuse postdoctorale à l’Université de Copenhague
Elle insiste sur le fait que remettre en question le droit de navigation d’un navire étranger dans la zone économique exclusive (ZEE) des Philippines témoigne d’une méconnaissance du principe de liberté de navigation, tout aussi ancien et fondamental.
Cette liberté de navigation, explique-t-elle, prime sur les droits souverains ou économiques des États côtiers dans leur ZEE.
« N’importe quel navire chinois peut naviguer dans n’importe quelle partie de la ZEE philippine, tout comme n’importe quel navire philippin peut naviguer dans n’importe quelle partie de la ZEE chinoise »
Dr Melissa Loja, chercheuse postdoctorale à l’Université de Copenhague
La seule exception à cette règle serait une situation de guerre entre les deux pays ou une perte de neutralité de l’une des parties dans un conflit impliquant l’autre, un scénario qui ne se présente manifestement pas.
L’experte critique également les interprétations selon lesquelles le sauvetage effectué par la Chine pourrait être utilisé pour justifier une revendication de souveraineté sur les eaux philippines.
« Il s’agit d’une interprétation grotesque du droit international. Les recherches et les sauvetages entrepris dans le cadre du respect d’une obligation en vertu du droit international ne constituent pas un exercice de juridiction ou de souveraineté »
Dr Melissa Loja, chercheuse postdoctorale à l’Université de Copenhague
Elle déplore par ailleurs une tendance des médias à sensationaliser les incidents survenus en mer de Chine méridionale, ce qui risque de désinformer le public.
Le Dr Loja précise qu’il existe une distinction juridique claire entre les opérations humanitaires et les actions de maintien de l’ordre en mer. Seules ces dernières, telles que les enquêtes sur des menaces à la sécurité maritime ou sur des épaves, constituent un exercice de souveraineté, comme l’ont confirmé des affaires judiciaires antérieures.
Ces observations interviennent après que les garde-côtes philippins (PCG) ont dénoncé la présence du navire militaire chinois dans les eaux philippines comme « sans justification légitime ». Une position que le Dr Loja juge erronée, reflétant une méconnaissance des principes fondamentaux du droit maritime.
Le porte-parole des PCG, Jay Tarriela, a qualifié l’aide apportée au pêcheur philippin de simple « opération de relations publiques ». Il a critiqué la déclaration de l’ambassade de Chine, la jugeant truffée d’« erreurs » et d’« exagérations ».
« Si vous lisiez la déclaration, ils [l’ambassade chinoise] n’ont pas précisé le lieu [où l’aide a été apportée] parce qu’ils cachaient le fait qu’ils se trouvaient à l’intérieur de la zone économique exclusive des Philippines »
Jay Tarriela, porte-parole des garde-côtes philippins
L’incident s’est produit à 71 milles marins (environ 131,6 kilomètres) au large de Zambales, soit en plein cœur de la ZEE philippine, selon les PCG. Un destroyer lance-missiles de classe Luyang III de la marine de l’Armée populaire de libération (APL) est venu en aide à un pêcheur philippin en détresse le jour de Noël. L’ambassade de Chine a affirmé avoir fourni « de la nourriture et de l’eau essentielles » au pêcheur, bloqué depuis trois jours suite à une panne moteur, et avoir coordonné son assistance avec les garde-côtes philippins.
Jay Tarriela a cependant minimisé l’aide apportée, précisant qu’elle se limitait à une bouteille d’eau et trois paquets de biscuits. Il a également contesté l’affirmation selon laquelle le pêcheur aurait été bloqué pendant trois jours, indiquant qu’il n’était séparé de son groupe que depuis 24 heures. De plus, il nie toute coordination entre la marine chinoise et les PCG.
Le pêcheur, Larry Tumalis, aurait écrit « aidez-moi » sur un morceau de polystyrène, pris de panique lorsqu’un bateau pneumatique rigide (RHIB) a été lancé par le navire de guerre chinois. Il craignait d’être harcelé, étant seul en mer. Il a finalement rejoint son groupe.
