Publié le 16 mai 2024 14:30:00. Un groupe d’anciens militaires britanniques tente un exploit inédit : gravir l’Everest (8 849 mètres) en seulement sept jours, grâce à une nouvelle méthode d’acclimatation basée sur l’inhalation de xénon, un gaz rare.
- Quatre aventuriers, dont un député, espèrent atteindre le sommet de l’Everest en une semaine.
- Ils misent sur l’inhalation de xénon pour accélérer l’acclimatation à l’altitude, une méthode controversée.
- Des experts mettent en garde contre les risques potentiels liés à l’utilisation du xénon en haute montagne.
L’idée audacieuse est née lors d’une conversation entre amis dans un pub, a révélé Al Kearns, député britannique, à CNN. Initialement sceptique, il a été convaincu par l’argument d’une acclimatation accélérée grâce à une nouvelle technique.
En mai dernier, ce groupe composé d’un pilote, d’un homme politique, d’un homme d’affaires et d’un entrepreneur, a lancé ce défi ambitieux. Leur plan prévoit un voyage du Royaume-Uni à Katmandou, suivi d’un transfert en hélicoptère vers le camp de base. L’expédition est organisée par l’agence Furtenbach Adventures, qui espère prouver l’efficacité de l’inhalation de xénon dix jours avant l’ascension.
Traditionnellement, l’acclimatation à l’altitude nécessite plusieurs semaines passées à monter et descendre entre les camps, permettant au corps de produire suffisamment de globules rouges pour compenser le manque d’oxygène. Lukas Furtenbach, PDG de l’agence, explique avoir consulté un médecin spécialiste des gaz précieux et estime que le xénon peut stimuler la production d’érythropoïétine (EPO), une hormone clé dans la fabrication des globules rouges. Il a lui-même testé cette méthode sur l’Aconcagua (6 961 mètres) en Argentine et sur l’Everest, l’ayant utilisée à cinq reprises jusqu’à présent.
Cependant, cette approche suscite des inquiétudes dans la communauté alpine. La Fédération internationale alpine (UIAA) souligne l’absence de preuves scientifiques confirmant l’amélioration des performances grâce au xénon et met en garde contre les dangers d’une utilisation inappropriée. Dans un communiqué, l’UIAA précise que le xénon, étant un anesthésique, doit être considéré comme un médicament et que son utilisation non surveillée pourrait entraîner un dysfonctionnement cérébral, des difficultés respiratoires, voire la mort.
Les risques liés à l’ascension de l’Everest sont déjà considérables. Au-delà de 8 000 mètres, les grimpeurs entrent dans la « zone de la mort », où le manque d’oxygène affecte gravement le cerveau et les poumons. Andrew Peacock, professeur émérite de médecine à l’Université de Glasgow, rappelle que l’épuisement, la déshydratation, les avalanches, l’hypothermie et les chutes constituent des menaces constantes.
Le professeur Peacock exprime également son scepticisme quant à la rapidité avec laquelle les effets stimulants de l’EPO induits par le xénon pourraient se manifester, soulignant qu’il faut généralement plusieurs semaines pour observer une augmentation significative du nombre de globules rouges. Il s’inquiète également des effets résiduels de l’inhalation d’un gaz anesthésique à une altitude extrême.
Malgré ces réserves, Al Kearns rappelle que l’utilisation de l’oxygène supplémentaire en alpinisme a également été initialement controversée. « Lorsque l’oxygène est apparu pour la première fois dans l’escalade alpine, respirer de l’oxygène était considéré comme tabou et les gens ne devraient pas l’utiliser », a-t-il déclaré à CNN.
