Publié le 29 octobre 2025 18h05. Des chercheurs ont identifié des centaines de gènes susceptibles d’accroître le risque de développer la maladie d’Alzheimer et ont commencé à décrypter leur rôle précis dans le cerveau, ouvrant la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques potentielles.
- Une étude récente révèle que près de la moitié des gènes de risque d’Alzheimer affectent la structure et le fonctionnement du cerveau chez la mouche du fruit, un modèle animal précieux pour la recherche.
- L’analyse a mis en évidence une “hétérogénéité causale” dans la maladie, suggérant que différents individus pourraient développer Alzheimer par des mécanismes biologiques distincts.
- Les chercheurs ont créé une base de données publique, ALICE, pour faciliter l’étude de ces gènes et accélérer la recherche sur la maladie.
La maladie d’Alzheimer, une affection neurodégénérative progressive, touche des millions de personnes dans le monde. Si des facteurs génétiques sont connus pour augmenter le risque de développer la maladie, la compréhension des mécanismes précis par lesquels ces gènes agissent reste limitée. Une équipe de chercheurs du Baylor College of Medicine et du Jan and Dan Duncan Neurological Research Institute (Duncan NRI) au Texas Children’s Hospital a entrepris de lever le voile sur ces mystères.
Pour mener à bien leur étude, les scientifiques ont utilisé la mouche du fruit (Drosophila melanogaster) comme modèle. Cette petite insecte, largement utilisé en génétique, possède en effet de nombreux gènes homologues à ceux des humains, permettant d’étudier leur fonction dans un organisme vivant. De plus, sa courte durée de vie (environ 10 semaines) en fait un outil idéal pour observer les effets liés au vieillissement, comme ceux observés dans la maladie d’Alzheimer.
L’équipe a étudié les versions de mouches de 100 gènes humains associés à un risque accru de développer la maladie d’Alzheimer. Ils ont créé des mouches présentant des mutations qui “désactivent” chaque gène, puis ont analysé l’impact de ces mutations sur la structure cérébrale, la fonction cognitive et la résistance au stress des insectes au fil du temps. “Nous avons constaté que la plupart des gènes sont exprimés dans le cerveau de la mouche adulte, dont 24 spécifiquement dans les neurones et 13 dans la glie, un autre type de cellule cérébrale”, explique le professeur Joshua Shulman, de Baylor et co-directeur du Duncan NRI.
Les résultats ont révélé que 50 gènes étaient impliqués dans la structure et le fonctionnement du cerveau, et que 18 d’entre eux pouvaient provoquer une neurodégénérescence lorsqu’ils étaient désactivés. Un exemple frappant est le gène Snx6, l’équivalent de l’humain SNX32. Lorsque ce gène a été désactivé chez la mouche, des trous sont apparus dans son tissu cérébral, un signe clair de neurodégénérescence.
« Nous étions très enthousiasmés par les résultats. Nous avons constaté que la plupart des gènes sont exprimés dans le cerveau de la mouche adulte… »
Dr Joshua Shulman, professeur de neurologie, de neurosciences et de génétique moléculaire et humaine à Baylor
L’étude a également montré que 35 gènes étaient essentiels à l’activité électrique normale des neurones et que 8 étaient impliqués dans la capacité de la mouche à se remettre du stress. Lorsque ces gènes étaient désactivés, les mouches présentaient des signes de convulsions ou de paralysie après avoir été exposées à la chaleur ou à un choc mécanique.
Enfin, les chercheurs ont examiné l’influence de ces gènes sur les effets toxiques de deux protéines clés impliquées dans la maladie d’Alzheimer : la bêta-amyloïde et la protéine tau. Ils ont découvert que 28 des gènes modifiaient la réaction des mouches à ces protéines, soit en aggravant les dommages, soit en offrant une certaine protection.
L’analyse des données a révélé une “hétérogénéité causale” dans la maladie. “Différentes personnes semblent porter des gènes à risque provenant de différents groupes. Certaines présentent des changements génétiques liés à des problèmes de structure cérébrale, tandis que d’autres présentent des variations génétiques liées à la résilience au stress”, précise Shulman. Cette découverte suggère que la maladie d’Alzheimer pourrait se développer par des voies biologiques différentes selon les individus, ce qui pourrait expliquer pourquoi certains traitements fonctionnent pour certains patients mais pas pour d’autres.
Pour faciliter la recherche dans ce domaine, l’équipe a créé une plateforme en ligne appelée ALICE (Alzheimer’s Locus Integrative Cross-species Explorer), accessible à l’adresse https://alice.nrihub.org/. Cette base de données permet aux chercheurs d’accéder aux données fonctionnelles générées par l’étude et de les utiliser pour leurs propres investigations.
Ce travail a été financé par des subventions des National Institutes of Health (T32GM136611, F31NS129062, R01AG074009, R01AG073260, R24OD031447, U01AG072439, T32NS043124, P50HD103555 et U54HD083092) ainsi que par des fonds de Baylor Research Advocates for Student Scientists, de la Fondation Robert et Janice McNair, de la Southern Star Medical Foundation et de la BrightFocus Foundation (Programme de bourses postdoctorales dans la recherche sur la maladie d’Alzheimer, A2021008F).
Source:
Référence du journal :
Deger, JM, et al. (2025). Révéler les exigences du système nerveux des gènes de risque de la maladie d’Alzheimer chez la drosophile. The American Journal of Human Genetics. doi.org/10.1016/j.ajhg.2025.10.003
