Publié le 9 décembre 2025 à 17h45. L’augmentation inquiétante des infections résistantes aux antibiotiques chez les nouveau-nés, particulièrement préoccupante en Asie occidentale et dans le Pacifique, met en lumière une crise sanitaire mondiale exacerbée par des pratiques thérapeutiques inadaptées et un manque criant de nouveaux médicaments.
- Une étude récente révèle que la majorité des infections chez les nouveau-nés sont causées par des bactéries peu sensibles aux traitements antibiotiques recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
- Les directives thérapeutiques actuelles, basées sur des données issues de pays à revenu élevé, ne reflètent pas la diversité des souches bactériennes locales.
- L’Italie, comme d’autres pays européens, est confrontée à une hausse alarmante des infections résistantes, avec un taux d’incidence supérieur à la moyenne européenne.
Une étude menée par l’Université de Sydney, analysant près de 15 000 échantillons de sang de nouveau-nés malades dans dix hôpitaux de cinq pays (dont l’Indonésie et les Philippines) entre 2019 et 2020, tire la sonnette d’alarme. Les résultats indiquent que les infections résistantes aux antibiotiques sont en augmentation, menaçant les progrès réalisés dans la réduction de la mortalité infantile.
Selon les chercheurs, le problème réside en partie dans l’application de protocoles thérapeutiques standardisés, élaborés à partir de données provenant principalement de pays développés. Ces protocoles ne tiennent pas suffisamment compte des spécificités des souches bactériennes locales, qui présentent souvent une résistance différente aux antibiotiques. « Nous avons besoin d’une surveillance plus spécifique par région pour orienter les décisions thérapeutiques. Sinon, nous risquons d’anéantir des décennies de progrès dans la réduction des taux de mortalité infantile », commente Phoebe Williams, maître de conférences et membre du NHMRC à l’École de santé publique de Sydney.
L’étude souligne également une prévalence plus élevée des infections fongiques chez les nouveau-nés dans les pays étudiés, touchant près d’un nourrisson sur dix, un taux significativement plus élevé que dans les pays à revenu élevé. De plus, environ 80 % des infections sont causées par des bactéries Gram négatif, telles que E. coli, Klebsiella et Acinetobacter, connues pour leur capacité à développer rapidement une résistance aux antibiotiques. « On a longtemps pensé que ces bactéries ne provoquaient des infections que chez les enfants plus âgés, mais elles infectent désormais également les nouveau-nés dès leurs premiers jours de vie », précise Phoebe Williams.
La situation est d’autant plus préoccupante qu’il existe un manque criant de nouveaux médicaments antimicrobiens en développement pour les nourrissons et les enfants. « Il faut environ 10 ans avant qu’un nouvel antibiotique soit testé et approuvé pour les nouveau-nés », ajoute Michelle Harrison, co-auteure de l’étude et coordinatrice du projet NeoSEAP à la Sydney School of Public Health, appelant à de nouveaux investissements dans la recherche et le développement.
En Europe, et plus particulièrement en Italie, la résistance aux antibiotiques est en forte progression. Selon le rapport de l’AIFA publié fin 2024, l’Union européenne enregistre 670 000 infections par an dues à des bactéries résistantes aux traitements, entraînant 35 000 décès, dont près d’un tiers (12 000) en Italie. Au cours des deux années 2022-2023, 430 000 patients hospitalisés en Italie ont contracté une infection, soit 8,2 % contre une moyenne européenne de 6,5 %. Cette augmentation est en partie due à l’administration excessive d’antibiotiques, qui favorise la prolifération de bactéries résistantes. Si la tendance actuelle se maintient, la résistance aux antibiotiques (RAM) deviendra, d’ici 2050, la première cause de décès dans le pays, dépassant les maladies cardiovasculaires et les tumeurs.
Pour inverser cette tendance, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a fixé des objectifs ambitieux pour l’Italie d’ici 2030, notamment une réduction d’au moins 18 % de la consommation d’antibiotiques.
