Le pape Léon XIV effectuera un voyage historique en Turquie et au Liban à la fin du mois de novembre, un déplacement axé sur la promotion de l’unité chrétienne et l’apport d’un message de paix au Moyen-Orient, alors que la guerre à Gaza entre dans sa deuxième année. Ce voyage, annoncé à l’occasion du triste anniversaire des attaques du Hamas contre Israël, s’inscrit dans la continuité de la politique de son prédécesseur.
Le pontife se rendra en Turquie du 27 au 30 novembre, puis au Liban du 30 novembre au 2 décembre. L’importance de cette tournée réside notamment dans la commémoration du Concile de Nicée de 325, un événement fondateur dans l’histoire du christianisme, reconnu à la fois par les Églises catholique et orthodoxe. Léon XIV a souligné que cet anniversaire représente « un moment d’unité authentique dans la foi » avec les chrétiens orthodoxes, une occasion de « regarder vers l’avenir » plutôt que de s’attarder sur les divisions passées.
Initialement prévu par son prédécesseur, le pape François, ce voyage en Turquie avait été envisagé en mai, à l’invitation du patriarche Bartholomée Ier, chef spirituel des chrétiens orthodoxes. Léon XIV a affirmé sa volonté de poursuivre les projets entamés par François depuis son accession au pontificat.
Au Liban, le pape aura l’opportunité d’aborder la situation délicate des chrétiens au Moyen-Orient et de plaider pour la paix dans la région. « Je vais au Liban pour embrasser son peuple et apporter un message d’espoir et de paix au Moyen-Orient, et à un pays qui a tant souffert », a-t-il déclaré. La visite de François au Liban avait été reportée à plusieurs reprises en raison de l’instabilité politique et économique du pays.
Le Liban, qui compte environ 6 millions d’habitants dont plus d’un million de réfugiés syriens et palestiniens, abrite le pourcentage le plus élevé de chrétiens au Moyen-Orient et est le seul pays arabe à avoir un chef d’État chrétien. Le Vatican s’inquiète de l’impact de l’instabilité sur la pérennité de la communauté chrétienne, considérée comme un rempart pour l’Église dans la région.
Le pays tente de se relever après des années de crise économique et d’une guerre dévastatrice entre Israël et le Hezbollah, qui s’est achevée en novembre grâce à une médiation américano-française. La formation d’un nouveau gouvernement réformiste a mis fin à deux ans de vide politique, suscitant un certain espoir, mais la situation demeure tendue. Israël continue d’occuper cinq points stratégiques du côté libanais de la frontière et effectue des frappes aériennes quasi-quotidiennes, justifiées par la nécessité d’empêcher le Hezbollah de se réarmer. Le Hezbollah, quant à lui, refuse de livrer son arsenal tant qu’Israël ne se retirera pas et n’arrêtera pas ses attaques. Des craintes de conflit civil persistent si les autorités libanaises tentaient de désarmer le groupe par la force.
Le patriarche Bechara Bourtos Raï, chef de l’Église maronite du Liban, a exprimé sa « grande joie et un espoir renouvelé » à l’égard de la visite papale. « Nous espérons que cette visite apostolique au Liban apportera la paix et la stabilité et sera un signe d’unité pour tous les Libanais, chrétiens et musulmans également, à cette étape critique de l’histoire de notre nation », a-t-il déclaré dans un communiqué.
Le dernier pape à s’être rendu au Liban fut Benoît XVI en septembre 2012, lors de son dernier voyage pontifical. On estime qu’un tiers de la population libanaise est chrétienne, bien qu’il n’y ait pas de chiffres officiels en raison de l’absence de recensement depuis 1932. La communauté maronite est la plus importante et, par tradition, le président du Liban est toujours un chrétien maronite.
L’annonce de ce voyage intervient alors qu’Israël commémore l’anniversaire des attaques du 7 octobre et a critiqué le Vatican pour des commentaires jugés problématiques. Le cardinal Pietro Parolin, principal diplomate du Vatican, avait condamné le « massacre inhumain » des innocents en Israël par le Hamas, tout en dénonçant la destruction de Gaza par Israël comme un « massacre disproportionné » et appelant à la cessation des livraisons d’armes à Israël. L’ambassade d’Israël auprès du Saint-Siège a critiqué cette « équivalence morale » dans un communiqué publié sur X.
Léon XIV a refusé de commenter ce différend, réaffirmant son appel constant à la paix et au dialogue, notamment face à l’offensive israélienne à Gaza. Il a condamné les attaques du 7 octobre comme du « terrorisme » et déploré les 67 000 Palestiniens tués dans la guerre, soulignant « la quantité de haine » qui existe dans le monde. « Nous devons réduire la haine, nous devons revenir à la capacité de dialoguer, à rechercher des solutions pacifiques », a-t-il conclu.
