Publié le 16 janvier 2024. Une étude majeure publiée dans Le BMJ révèle que les oxymètres de pouls, outils de mesure de l’oxygène sanguin de plus en plus utilisés à domicile, peuvent fournir des lectures inexactes chez les personnes à la peau plus foncée, potentiellement retardant les soins ou entraînant des traitements inutiles.
- Les oxymètres de pouls peuvent surestimer le taux d’oxygène dans le sang des patients à la peau foncée.
- Cette imprécision peut conduire à des diagnostics manqués d’hypoxémie (faible taux d’oxygène) ou à des traitements inappropriés.
- Les chercheurs recommandent d’interpréter les résultats des oxymètres de pouls avec prudence, en tenant compte du teint de la peau et d’autres données cliniques.
Les oxymètres de pouls, ces petits appareils placés sur le bout des doigts, sont devenus courants pour surveiller les niveaux d’oxygène dans le sang, notamment à domicile. Ils fonctionnent en utilisant la lumière pour évaluer la saturation en oxygène (SpO2), un indicateur vital de la santé respiratoire. Une lecture normale se situe généralement entre 95 % et 100 %, avec des valeurs inférieures à 90-92 % signalant un possible problème nécessitant une attention médicale. Cependant, une nouvelle étude met en lumière un biais potentiel dans ces mesures, lié au teint de la peau.
Les chercheurs ont mené une analyse approfondie de la précision de cinq modèles d’oxymètres de pouls du bout des doigts, ceux fournis par le Service national de santé britannique (NHS) dans le cadre du programme d’oxymétrie à domicile mis en place pendant la pandémie de COVID-19. Ils ont analysé les données de 903 adultes gravement malades, hospitalisés dans 24 unités de soins intensifs en Angleterre entre juin 2022 et août 2024. L’unité de soins intensifs a été privilégiée comme environnement de test car les patients présentent des niveaux d’oxygène plus bas et sont régulièrement surveillés avec des appareils hospitaliers de référence.
Pour chaque patient, le teint de la peau a été mesuré objectivement à l’aide d’un spectrophotomètre, un appareil permettant de quantifier la couleur. Les résultats de l’oxymétrie de pouls ont ensuite été comparés aux mesures de gazométrie artérielle (SaO2), considérées comme la référence en matière de mesure de l’oxygène dans le sang. L’étude a analysé un total de 11 018 paires de mesures SpO2-SaO2.
Les résultats ont révélé que les oxymètres de pouls tendaient à afficher des valeurs de SpO2 plus élevées chez les patients à la peau plus foncée que chez ceux à la peau plus claire, et ce, quel que soit le niveau réel d’oxygène dans le sang (SaO2). En moyenne, les lectures de SpO2 étaient supérieures de 0,6 à 1,5 point de pourcentage pour les patients ayant un teint plus foncé. Cette différence, bien que faible en apparence, peut avoir des conséquences significatives sur le diagnostic et la prise en charge des patients.
L’étude a démontré que le risque de faux négatifs – c’est-à-dire de ne pas détecter une hypoxémie réelle – augmentait avec le teint plus foncé, tandis que le risque de faux positifs – signaler une hypoxémie alors qu’elle n’existe pas – diminuait. Les chercheurs soulignent que ces biais peuvent entraîner des retards dans l’administration des soins appropriés ou, au contraire, des traitements inutiles.
« Les lectures de SpO2 doivent être interprétées dans le contexte d’autres informations cliniques et les tendances des valeurs de SpO2 étant plus importantes que les lectures uniques, en particulier chez les patients ayant des tons de peau plus foncés. »
Auteurs de l’étude
Il s’agit d’une étude observationnelle, ce qui signifie qu’elle ne peut pas établir de lien de causalité direct. Les auteurs reconnaissent également que l’étude a été menée sur des patients gravement malades, ce qui pourrait limiter la généralisation des résultats à l’ensemble de la population. Néanmoins, ils insistent sur la robustesse de leur méthodologie et l’importance de leurs conclusions.
Dans un éditorial accompagnant la publication de l’étude, d’autres chercheurs insistent sur la nécessité d’une plus grande vigilance de la part des cliniciens et d’une adaptation des réglementations. Ils estiment qu’il ne s’agit pas d’abandonner l’oxymétrie de pouls, mais de reconnaître ses limites et de veiller à ce que cette technologie ne contribue pas à creuser les inégalités en matière de santé. Diagnostic vs. Prognostic.
« L’objectif n’est pas d’abandonner l’oxymétrie de pouls mais de comprendre ses limites et de la rendre équitable, en veillant à ce que la technologie conçue pour mesurer l’oxygène ne perpétue pas elle-même les inégalités chez ceux qui la reçoivent. »
Chercheurs de l’éditorial
Les systèmes de santé sont appelés à élaborer des recommandations claires pour guider les professionnels de santé, les patients et le grand public, en particulier dans les situations où d’autres méthodes de mesure de l’oxygène ne sont pas disponibles.
