Plus d’un million d’Américains sont décédés du Covid-19, mais cette tragédie n’a pas frappé toutes les communautés de la même manière. Un nouveau livre, « Jetable : le mépris de l’Amérique pour la sous-classe », explore comment les inégalités sociales préexistantes ont exacerbé les conséquences de la pandémie, rendant certains groupes particulièrement vulnérables.
À retenir
- La pandémie de Covid-19 a mis en lumière et amplifié les inégalités de classe, de race et d’âge aux États-Unis.
- Sarah Jones, journaliste et auteure de « Jetable », relate comment la mort de son grand-père atteint du Covid a été le point de départ de son enquête sur les vulnérabilités systémiques.
- L’ouvrage souligne que les réactions à la pandémie et les facteurs de vulnérabilité ne sont pas des phénomènes naturels, mais le résultat de choix politiques.
Contexte
Sarah Jones, journaliste senior au New York Magazine, a grandi en Appalachie, une région marquée par des difficultés économiques et sociales. Son livre, « Jetable », s’appuie sur son expérience personnelle et ses reportages pour analyser les disparités de classe aux États-Unis. L’auteure a initialement couvert l’impact du Covid-19 sur les travailleurs essentiels – employés d’Amazon, personnel des supermarchés – avant que la maladie ne frappe sa propre famille.
« En 2020, je travaillais sur de nombreuses histoires concernant le travail et les conditions de travail pour le magazine New York, essayant de comprendre comment le Covid affectait les personnes travaillant pour Amazon, celles qui travaillaient dans les épiceries… des personnes qui étaient vraiment en première ligne de la pandémie », explique Sarah Jones. « Puis, cela s’est produit : mon grand-père, qui vivait à Damas, en Virginie, a contracté le Covid alors qu’il était dans un centre de réadaptation et en est malheureusement décédé. »
La mort de son grand-père a conduit l’auteure à s’interroger sur les circonstances de sa vie et sur les raisons pour lesquelles il était particulièrement vulnérable au virus. Elle a réalisé que son cas n’était pas isolé et qu’il reflétait les failles d’un système qui marginalise certaines populations.
Ce qui change
« C’était la combinaison de ces deux événements – le Covid et les conversations avec des personnes qui essayaient de se protéger et de protéger leurs familles tout en joignant les deux bouts – qui m’a donné l’impulsion d’écrire ce livre », précise Sarah Jones. « Je voulais creuser les vulnérabilités que je voyais et les traiter non pas comme un phénomène naturel, mais comme le résultat de choix politiques que ce pays fait depuis très longtemps. »
L’auteure souligne que le lieu de travail américain a souvent été dangereux, en particulier pour les travailleurs manuels. La pandémie a exacerbé ces risques et a révélé l’absence de protection adéquate pour les populations les plus précaires. Elle met en évidence le manque de solidarité et la tendance à considérer certaines vies comme moins importantes que d’autres.
« Les gens que j’écris comme étant ‘jetables’ ne sont pas du tout des gens passifs. Ils ont toujours organisé, ils se sont toujours battus », affirme Sarah Jones. « Il est important de regarder ce que les gens ont fait dans le passé et de réfléchir à des moyens qui peuvent informer ce que nous faisons maintenant. »
En 2025, l’auteure constate une amnésie collective concernant la pandémie et ses conséquences. Elle s’inquiète du fait que cette absence de mémoire collective entrave la capacité du pays à tirer les leçons de cette crise et à mettre en place des politiques plus justes et plus équitables.
Prochaines étapes
Sarah Jones souligne que la réélection de Donald Trump en 2024 pourrait renforcer cette tendance à l’oubli et à l’inaction. Elle estime que le discours populiste de l’ancien président, promettant emplois et prospérité, a séduit des populations qui se sentent laissées pour compte. L’auteure appelle à une plus grande solidarité et à une remise en question des choix politiques qui perpétuent les inégalités.
Sarah Jones est journaliste au New York Magazine. Son livre, « Jetable : le mépris de l’Amérique pour la sous-classe », est disponible aux éditions Simon & Schuster.
