Publié le 17 octobre 2025 13h00. Une nouvelle étude révèle que la présence de Candida albicans, un champignon intestinal, pourrait influencer le système de récompense du cerveau et ainsi diminuer l’attrait pour l’alcool. Ces découvertes ouvrent des perspectives inédites dans la lutte contre les troubles liés à la consommation d’alcool.
- La prolifération de Candida albicans, favorisée par certains facteurs comme les antibiotiques ou une mauvaise alimentation, stimule la production d’une molécule, la PGE2.
- La PGE2 modifie le traitement de la dopamine dans le cerveau, réduisant l’envie d’alcool chez les souris étudiées.
- Cette recherche suggère un lien insoupçonné entre le microbiote intestinal et les comportements liés à la dépendance.
Des chercheurs ont mis en évidence un mécanisme surprenant : la présence accrue de Candida albicans dans l’intestin, et la molécule qu’elle produit, la prostaglandine E2 (PGE2), semblent jouer un rôle dans la régulation du désir d’alcool. L’étude, publiée dans la revue mBio, a été menée sur des souris et révèle un impact inattendu sur leur comportement.
Candida albicans est un champignon naturellement présent dans l’intestin humain. Sa prolifération peut être encouragée par divers facteurs, notamment la prise d’antibiotiques, une alimentation déséquilibrée ou la consommation excessive d’alcool. Lorsque le champignon se développe de manière significative, il produit de la PGE2, une molécule aux multiples fonctions. Elle agit notamment comme anti-inflammatoire, peut inhiber la production d’acide gastrique et est même impliquée dans la régulation de la fièvre.
L’équipe de recherche a observé que l’augmentation de la PGE2 était corrélée à des modifications dans la manière dont la dopamine, un neurotransmetteur clé dans le système de récompense, est traitée dans une zone spécifique du cerveau impliquée dans la formation des habitudes et des comportements addictifs. Les expériences menées sur des souris ont démontré un effet clair : les animaux exposés à des niveaux plus élevés de PGE2 ont spontanément évité l’alcool.
Ces résultats sont d’autant plus surprenants que les chercheurs s’attendaient initialement à l’inverse. « Nos premières hypothèses se sont avérées totalement erronées », explique Andrew Day, doctorant impliqué dans l’étude. L’équipe avance plusieurs pistes pour expliquer ce phénomène inattendu, évoquant des différences potentielles entre les souches de C. albicans chez les souris et les humains, ou la complexité des interactions biologiques qui pourraient masquer d’autres mécanismes en jeu.
Des tests complémentaires ont permis de confirmer le rôle central de la PGE2. En bloquant les récepteurs de cette molécule, les chercheurs ont constaté que les souris retrouvaient leur comportement initial et recommençaient à consommer de l’alcool. Cela suggère que la PGE2 pourrait être un maillon essentiel dans la communication entre l’intestin et le cerveau, et qu’elle régule un éventail de fonctions physiologiques plus large qu’on ne le pensait.
L’étude a également révélé que les souris présentant une prolifération excessive de C. albicans étaient plus sensibles aux effets perturbateurs de l’alcool sur leur coordination motrice. Cet effet disparaissait lorsque la PGE2 était inhibée, renforçant l’idée d’un lien direct entre le champignon, la molécule et les troubles neurologiques induits par l’alcool.
« Notre corps est programmé de telle manière que notre comportement dépend de ce qui vit dans nos intestins. Cette étude montre que les champignons jouent également un rôle important dans la relation entre l’intestin et le cerveau », souligne Carol Kumamoto, membre de l’équipe de recherche. « Nous pensons que le degré de colonisation par les champignons, en particulier chez les personnes souffrant de troubles liés à la consommation d’alcool, peut influencer l’attrait pour l’alcool, modifiant ainsi la “valeur de récompense” associée à la boisson. »
Les troubles liés à la consommation d’alcool touchent plus de 5 % des adultes dans le monde et se caractérisent par une incapacité à contrôler sa consommation malgré les conséquences négatives. Les traitements actuels, tels que la thérapie, les groupes de soutien et les médicaments, présentent des résultats limités, conduisant souvent les patients à rechuter. Si les champignons peuvent effectivement réduire le désir d’alcool via la PGE2, cela pourrait ouvrir la voie à de nouvelles approches thérapeutiques, comme la modulation contrôlée du microbiote intestinal ou la stimulation de la production de PGE2.
L’équipe de recherche reste toutefois prudente. Les résultats obtenus sur des souris ne peuvent pas être directement transposés à l’homme, et des études complémentaires sont nécessaires pour évaluer l’impact de C. albicans et de la PGE2 sur les comportements liés à l’alcool chez l’humain. Les différences significatives entre le microbiote intestinal des souris et celui des humains rendent cette traduction complexe et nécessitent une investigation approfondie.
