Publié le 20 octobre 2025 à 02h31. Une nouvelle revue d’études scientifiques remet en question l’idée reçue selon laquelle la consommation de yaourt renforcerait significativement les os chez l’adulte, soulignant la nécessité de recherches plus rigoureuses.
- Une analyse de 14 études montre que les preuves d’un effet bénéfique du yaourt sur la densité osseuse et la prévention des fractures sont limitées.
- Les chercheurs insistent sur le manque de standardisation des produits à base de yaourt étudiés, ce qui rend difficile l’interprétation des résultats.
- Des essais cliniques de haute qualité sont nécessaires pour déterminer si le yaourt peut réellement contribuer à la santé osseuse, en particulier chez les personnes à risque d’ostéoporose.
Longtemps vanté pour ses bienfaits nutritionnels, le yaourt est souvent présenté comme un allié pour la santé des os. Cependant, une récente revue systématique et méta-analyse, publiée dans la revue Frontiers in Nutrition, nuance cette affirmation. Les chercheurs ont examiné les données de 14 études portant sur la consommation de yaourt et sa relation avec la santé osseuse chez les adultes, avec ou sans ostéoporose.
Le yaourt, produit laitier obtenu par la fermentation du lait grâce à l’action combinée de Lactobacillus delbrueckii bulgaricus et de Streptococcus thermophilus, possède une composition biochimique similaire à celle du lait. Néanmoins, le processus de fermentation lui confère des avantages nutritionnels uniques, notamment grâce à la production de vitamines et d’autres composés biologiquement actifs par les bactéries.
Avec l’âge, la formation osseuse tend à ralentir tandis que la résorption osseuse s’accélère, ce qui peut entraîner une perte de masse osseuse et augmenter le risque de fractures. Le calcium, la vitamine D et le phosphore sont des éléments essentiels à la santé et à la physiologie des os. Le yaourt est une source intéressante de protéines, de potassium, de calcium, de vitamines, de zinc et de sélénium, des nutriments reconnus pour leur rôle dans la santé osseuse.
Les niveaux plus élevés de vitamines K et B, ainsi qu’une meilleure absorption des minéraux dans le yaourt par rapport au lait, ont suggéré que ce produit pourrait contribuer à améliorer et à maintenir la santé des os. Cependant, les études existantes présentent des résultats contradictoires, certaines ne montrant aucune association, d’autres des effets positifs. De plus, peu de revues systématiques avaient jusqu’à présent analysé en profondeur le lien entre la consommation de yaourt et la santé des os.
Pour cette étude, les chercheurs ont analysé les données issues de la Cochrane Library, de PubMed et de Scopus, couvrant les publications entre 1970 et 2023, avec une mise à jour de la recherche PubMed jusqu’au 31 décembre 2024. Les études incluses portaient sur des adultes, avec ou sans ostéoporose, et comparaient la consommation de yaourt à un placebo, à des produits laitiers non fermentés, à l’absence de consommation de yaourt ou à des traitements standards contre l’ostéoporose. Les études observationnelles, les essais contrôlés randomisés (ECR) et les interventions non randomisées ont été prises en compte.
L’évaluation du risque de biais a été réalisée à l’aide de l’échelle de Newcastle-Ottawa. L’équipe a également utilisé la méthode GRADE (Grading of Recommendations Assessment, Development and Evaluation) pour évaluer la fiabilité des preuves. Des méta-analyses à effets aléatoires ont été menées lorsque les données étaient suffisamment homogènes. Deux méta-analyses distinctes ont été réalisées : l’une portant sur les rapports de risque, l’autre sur la densité minérale osseuse fémorale continue (DMO), en raison de l’absence d’essais interventionnels pertinents.
La recherche a permis d’identifier 1 302 publications, dont seulement 12 répondaient aux critères d’inclusion, représentant 14 études. Ces études, de conception observationnelle, ont inclus diverses populations adultes, notamment des femmes ménopausées, et ont évalué des critères tels que le risque de fracture, la DMO et les marqueurs du remodelage osseux. Une seule étude s’est spécifiquement concentrée sur la consommation de yaourt, tandis que les autres ont évalué la consommation de yaourt dans le cadre d’une catégorie plus large de produits laitiers.
La majorité des études ont été menées aux États-Unis, suivies de l’Europe et de l’Asie. Les études américaines se sont principalement basées sur deux cohortes : la Nurses’ Health Study et la Framingham Original Cohort. Deux études ont rapporté une association significative entre la consommation de yaourt et une amélioration de la DMO et des biomarqueurs osseux. Plus précisément, une étude a mis en évidence un effet protecteur sur le risque d’ostéoporose du radius chez les consommateurs fréquents de yaourt, tandis qu’une autre a révélé une DMO plus élevée au niveau du col fémoral et de la hanche totale chez les femmes ayant les apports les plus élevés en yaourt.
Cependant, les méta-analyses n’ont pas révélé d’association significative entre la consommation de yaourt et le risque de fracture de la hanche. La consommation de yaourt a eu un effet positif, bien que faible, sur la DMO fémorale (CMS ≈ 0,009), suggérant un impact limité sur la santé du squelette. La qualité méthodologique des preuves a été jugée satisfaisante pour étayer les conclusions de la méta-analyse, mais la certitude des preuves concernant la DMO et le risque de fracture de la hanche était faible, en raison de la nature observationnelle des données, de rapports de risque proches de l’unité et de l’absence de relations dose-réponse.
Il est important de noter qu’aucune des études incluses n’a caractérisé les produits à base de yaourt en termes de teneur en matières grasses, d’enrichissement ou de cultures bactériennes viables, ce qui limite l’interprétation des résultats.
En conclusion, bien que la plupart des études aient suggéré une tendance positive de la consommation de yaourt sur la santé des os, les preuves actuelles ne sont pas suffisantes pour affirmer que le yaourt améliore significativement la DMO ou prévient les fractures chez l’adulte. Des ECR de haute qualité sont nécessaires pour clarifier les effets de la consommation de yaourt, en particulier chez les personnes souffrant ou présentant un risque d’ostéopénie ou d’ostéoporose. Les recherches futures devraient se concentrer sur des produits à base de yaourt standardisés et bien caractérisés afin de déterminer si les cultures vivantes ou les différences de formulation contribuent à des bénéfices potentiels. L’efficacité du yaourt en tant que stratégie pour améliorer la santé des os n’est donc pas pleinement démontrée à l’heure actuelle.
