Publié le 26 février 2024 09:15:00. Après des années de politiques monétaires accommodantes, les grandes banques centrales mondiales signalent un tournant, ajustant leurs stratégies face à des pressions inflationnistes persistantes et des inquiétudes concernant la croissance économique.
- La Banque du Japon a relevé son taux d’intérêt directeur, atteignant son plus haut niveau depuis trois décennies.
- La Banque centrale européenne maintient ses taux inchangés, mais surveille de près l’évolution de l’inflation, notamment les prix alimentaires.
- La Réserve fédérale américaine a réduit ses taux, mais reste prudente en raison des incertitudes liées à la politique commerciale et à la situation économique globale.
Un changement de cap s’amorce au sein des grandes banques centrales. Après une période prolongée de taux d’intérêt bas et de mesures d’assouplissement quantitatif, plusieurs institutions monétaires majeures ajustent leur politique. La Banque du Japon (BdJ) a pris les devants en décembre dernier, en augmentant son taux d’intérêt directeur, une décision qui marque la fin de décennies de taux négatifs et de politiques ultra-accommodantes. Cette hausse, la première depuis 2007, porte le taux à 0,75 % (initialement 0,1 %).
La veille de cette annonce, la Banque centrale européenne (BCE) avait confirmé la fin de ses programmes d’assouplissement monétaire. Lors de sa dernière réunion de l’année, la BCE a maintenu ses taux directeurs inchangés à 2 %, malgré une légère augmentation de l’inflation dans la zone euro, qui est passée de 2,1 % à 2,2 % en novembre. L’institution dirigée par Christine Lagarde souligne qu’elle tolère des écarts temporaires par rapport à son objectif d’inflation de 2 %, mais reste vigilante face à une possible dégradation de la situation économique.
L’analyse de l’inflation révèle que les prix des produits alimentaires continuent d’augmenter à un rythme soutenu, impactant directement le pouvoir d’achat des ménages. Parallèlement, certains responsables de la BCE expriment des préoccupations quant au risque d’une inflation trop faible à moyen terme, notamment en raison de la réorientation des exportations chinoises vers le marché européen, dans un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis. Cette situation pourrait exercer une pression à la baisse sur les prix dans la zone euro.
De l’autre côté de l’Atlantique, la Réserve fédérale américaine (Fed) a également pris des mesures, en abaissant son taux directeur pour la troisième fois consécutive en décembre, le réduisant de 25 points de base, dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %. Cette décision est motivée par des signes de ralentissement du marché du travail américain. Cependant, la politique de la Fed reste plus complexe que celle de la BCE, en raison de l’imprévisibilité de la politique commerciale et douanière du président Donald Trump.
L’inflation américaine, qui se situe actuellement autour de 3 %, reste supérieure à l’objectif de 2 % de la Fed, créant une tension entre la stabilité des prix et le plein emploi. La fermeture prolongée des agences gouvernementales aux États-Unis complique également la situation, en rendant difficile la collecte et la publication de données économiques essentielles pour la prise de décision de la banque centrale.
L’avenir de la politique monétaire américaine est également incertain en raison du prochain changement de direction à la Fed. Le mandat de l’actuel président, Jerome Powell, expire en mai 2026. Donald Trump a publiquement critiqué Powell, l’accusant de mener une politique monétaire trop restrictive. Parmi les candidats potentiels à sa succession figure Kevin Hassett, président du Conseil économique national de la Maison Blanche. Certains analystes craignent qu’un tel changement puisse accroître la pression politique sur la banque centrale.
La politique monétaire des banques centrales a un impact direct sur les taux d’intérêt à court terme et les rendements obligataires à court terme. Pour les obligations à plus longue échéance, les anticipations inflationnistes et économiques à long terme jouent un rôle crucial. Aux États-Unis, la croissance rapide de la dette publique limite les marges de manœuvre pour une baisse des taux d’intérêt à long terme. Une tendance similaire est observée dans la zone euro, en raison de l’augmentation des dépenses militaires, des programmes d’investissement à grande échelle et des dépenses sociales croissantes, financées principalement par l’émission de nouvelles dettes publiques.
Situation des banques centrales dans dix économies avancées :
Suisse : La Banque nationale suisse a maintenu son taux directeur inchangé à zéro, le plus bas parmi les économies avancées. Un accord commercial récent avec les États-Unis a amélioré les perspectives économiques.
Canada : La Banque du Canada a maintenu son taux d’intérêt directeur à 2,25 %, après des réductions totales de 225 points de base. Le gouverneur Tiff Macklem estime que l’économie reste résiliente face aux mesures commerciales américaines.
Suède : Le principal taux d’intérêt en Suède est de 1,75 %, et les analystes s’attendent à une éventuelle nouvelle hausse vers la fin de 2026.
Nouvelle-Zélande : La Banque de réserve de Nouvelle-Zélande est confrontée à un chômage élevé. Les marchés monétaires s’attendent à une augmentation du taux directeur à environ 3 % d’ici la fin de 2026.
Zone euro : La BCE a maintenu son taux directeur à 2 % depuis juin et a relevé ses prévisions de croissance et d’inflation.
États-Unis : La Réserve fédérale a abaissé ses taux le 10 décembre et a signalé une possible pause.
Grande-Bretagne : La Banque d’Angleterre a abaissé son taux d’intérêt directeur à 3,75 %, mais son gouverneur, Andrew Bailey, a averti que de futures réductions seraient difficiles en raison de l’inflation élevée.
Norvège : Norges Bank est l’une des banques centrales les plus prudentes, n’ayant réduit ses taux que de 50 points de base. Elle a maintenu ses taux inchangés, malgré les attentes de nouveaux assouplissements en 2026.
Australie : La Banque de réserve d’Australie a laissé ses taux d’intérêt inchangés à 3,6 % et a émis des avertissements concernant l’inflation.
Japon : La Banque du Japon a relevé son taux d’intérêt directeur à 0,75 % et a révisé à la hausse ses prévisions de croissance et d’inflation, mais le yen s’est affaibli et les rendements obligataires ont augmenté.
(BTA)
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