Publié le 29 décembre 2023 21:43:00. Une étude révèle que plus d’une vidéo sur cinq proposée aux nouveaux utilisateurs de YouTube est désormais générée par intelligence artificielle et considérée comme du contenu de faible qualité, soulevant des questions sur l’avenir de la plateforme et la qualité de l’information en ligne.
- Plus de 20 % des vidéos recommandées aux nouveaux inscrits sur YouTube sont créées par IA et qualifiées de « contenu de mauvaise qualité ».
- 278 chaînes YouTube produisent exclusivement ce type de contenu, accumulant plus de 63 milliards de vues et 221 millions d’abonnés.
- Le phénomène, alimenté par des communautés en ligne, est en pleine expansion et touche plusieurs plateformes sociales, dont YouTube, X et Meta.
Une analyse approfondie menée par la société de montage vidéo Kapwing a mis en lumière une prolifération inquiétante de contenu généré par intelligence artificielle (IA) sur YouTube. L’étude, portant sur 15 000 des chaînes les plus populaires au monde, révèle que plus d’une vidéo sur cinq recommandée aux nouveaux utilisateurs est constituée de contenu de faible qualité produit par des algorithmes.
Kapwing a identifié 278 chaînes qui se consacrent exclusivement à ce type de contenu, un phénomène qui génère des revenus considérables. Ces chaînes cumulent plus de 63 milliards de vues et comptent 221 millions d’abonnés, avec des revenus annuels estimés à environ 117 millions de dollars (environ 106 millions d’euros).
Pour illustrer l’ampleur du problème, Kapwing a créé un nouveau compte YouTube et a constaté que 104 des 500 premières vidéos proposées relevaient de la catégorie qualifiée de « AI slop » (contenu IA de mauvaise qualité). Environ un tiers des recommandations ont été classées comme du « brainrot », un terme plus large englobant les clips générés par l’IA ainsi que d’autres contenus peu élaborés, conçus pour capter l’attention et maximiser les revenus publicitaires.
Ce phénomène n’est pas limité à YouTube. L’étude souligne une croissance rapide de ce type de contenu sur les principales plateformes sociales, notamment X (anciennement Twitter) et Meta (Facebook et Instagram), inondant ces réseaux de contenus addictifs et souvent décontextualisés.
La distribution géographique de ces chaînes est mondiale. En Espagne, les chaînes d’IA les plus populaires sont suivies par environ 20 millions d’utilisateurs. L’Égypte, les États-Unis et le Brésil représentent collectivement des dizaines de millions d’autres spectateurs. Parmi les exemples les plus marquants, on peut citer la chaîne indienne Bandar Apna Dost, qui a accumulé 2,4 milliards de vues avec des intrigues surréalistes mettant en scène des singes animés et des personnages de super-héros, et qui générerait plusieurs millions de dollars par an.
D’autres chaînes notables incluent Pouty Frenchie, basée à Singapour, qui semble cibler un public enfantin avec des histoires animées et compte environ 2 milliards de vues, ainsi que The AI World, basée au Pakistan, qui publie des scènes de catastrophe générées par l’IA et a enregistré environ 1,3 milliard de vues.
Selon les observateurs du secteur, ce phénomène est alimenté par des communautés en ligne qui partagent des tactiques pour produire et monétiser ce type de contenu, souvent via des plateformes comme Telegram et Discord. De nombreux créateurs opèrent dans des pays à revenu intermédiaire où les revenus potentiels de YouTube dépassent les salaires locaux. Cependant, l’écosystème est également infesté d’escrocs vendant des formations sur la manière de créer du contenu viral.
Contactée, YouTube a déclaré que l’IA générative est simplement un outil qui peut être utilisé pour créer du contenu de haute ou de basse qualité. La plateforme a ajouté que toutes les vidéos mises en ligne doivent respecter ses règles communautaires et que le contenu qui les enfreint est supprimé.
