Publié le 4 novembre 2025. Des chercheurs de Northwestern Medicine ont identifié un mécanisme par lequel les cellules cancéreuses du pancréas échappent au système immunitaire en se dissimulant derrière un « masque de sucre ». Une nouvelle thérapie par anticorps pourrait lever ce camouflage et permettre aux défenses naturelles de l’organisme d’attaquer efficacement la tumeur.
- Le cancer du pancréas, l’un des plus mortels, utilise un sucre pour se cacher du système immunitaire.
- Une équipe de recherche a développé un anticorps capable de bloquer ce signal de dissimulation.
- Des tests précliniques sur des souris montrent que cet anticorps réactive les cellules immunitaires contre les cellules cancéreuses.
Le cancer du pancréas est particulièrement agressif et résiste souvent aux traitements, y compris les immunothérapies qui se révèlent efficaces contre d’autres types de cancer. Il est fréquemment diagnostiqué à un stade avancé, ce qui explique son faible taux de survie à cinq ans, qui n’atteint que 13 %. Les scientifiques se sont donc efforcés de comprendre pourquoi le système immunitaire ne parvient pas à reconnaître et à détruire ces cellules tumorales.
L’équipe de Northwestern Medicine a découvert que les tumeurs pancréatiques détournent un mécanisme de protection naturelle utilisé par les cellules saines. Ces dernières expriment à leur surface un sucre, l’acide sialique, qui envoie un signal au système immunitaire indiquant qu’elles ne doivent pas être attaquées. Les cellules cancéreuses du pancréas exploitent ce système en recouvrant une protéine de surface, l’intégrine α3β1, du même type de sucre. Cette couche de sucre se lie à un capteur présent sur les cellules immunitaires, appelé Siglec-10, et envoie un faux signal de « retrait », empêchant ainsi l’attaque immunitaire.
« En résumé, la tumeur s’enveloppe d’elle-même – un classique mouvement de camouflage – pour échapper à la surveillance immunitaire. »
Mohamed Abdel-Mohsen, professeur agrégé de médecine, division des maladies infectieuses, École de médecine Feinberg de l’Université Northwestern
Forts de cette découverte, les chercheurs ont conçu des anticorps monoclonaux capables de bloquer cette interaction entre le sucre et le capteur Siglec-10. Les tests en laboratoire et sur des modèles animaux ont démontré que ces anticorps réactivent les cellules immunitaires, qui commencent alors à détruire les cellules cancéreuses. Chez les souris traitées, la croissance tumorale a été significativement ralentie par rapport aux groupes témoins.
La production de ces anticorps a nécessité un travail de longue haleine. « Il a fallu environ six ans à notre équipe pour découvrir ce nouveau mécanisme, développer les bons anticorps et les tester », explique Mohamed Abdel-Mohsen. « Voir ces anticorps fonctionner a été une avancée majeure. »
La prochaine étape consiste à combiner cet anticorps avec les traitements de chimiothérapie et immunothérapie existants. « Il existe de solides arguments scientifiques pour penser qu’une thérapie combinée nous permettra d’atteindre notre objectif ultime : une rémission complète », affirme le professeur Abdel-Mohsen. « Nous ne visons pas seulement une réduction ou un ralentissement de 40 % de la tumeur, mais une élimination complète du cancer. »
L’équipe de Northwestern Medicine travaille actuellement à optimiser l’anticorps pour une utilisation chez l’homme et prépare les premières études de sécurité et de dosage. Parallèlement, elle développe un test diagnostique pour identifier les patients dont les tumeurs dépendent de ce mécanisme de dissimulation basé sur le sucre, afin de cibler au mieux les traitements.
Si les progrès se poursuivent comme prévu, une telle thérapie pourrait être disponible pour les patients dans environ cinq ans, estime le professeur Abdel-Mohsen. Au-delà du cancer du pancréas, les chercheurs envisagent d’étudier si ce même mécanisme de camouflage est impliqué dans d’autres cancers difficiles à traiter, comme le glioblastome, ou dans des maladies non cancéreuses où le système immunitaire est induit en erreur.
Les travaux du laboratoire du professeur Abdel-Mohsen s’inscrivent dans le domaine en plein essor de la glyco-immunologie, qui étudie le rôle des sucres dans la régulation du système immunitaire. « Nous ne faisons qu’effleurer la surface de ce domaine », conclut-il. « Ici, à Northwestern, nous sommes en mesure de transformer ces connaissances basées sur le sucre en véritables traitements contre le cancer, les maladies infectieuses et les affections liées au vieillissement. »
Le professeur Abdel-Mohsen est membre du Robert H. Lurie Comprehensive Cancer Center de l’Université Northwestern.
Source:
Référence du journal :
Saini, P., et al. (2025). Targeting Siglec-10–integrin α3β1 interactions enhances macrophage-mediated phagocytosis of pancreatic cancer. Cancer Research. doi.org/10.1158/0008-5472.can-25-0977
