Publié le 24 octobre 2025 à 00h59. Une étude récente suggère que les vaccins contre la COVID-19 pourraient renforcer l’efficacité des traitements contre le cancer du poumon et de la peau en stimulant le système immunitaire et en rendant les tumeurs plus vulnérables à l’immunothérapie.
- La vaccination contre la COVID-19 dans les 100 jours suivant le début d’une immunothérapie a été associée à une amélioration de la survie des patients atteints de mélanome et de cancer du poumon non à petites cellules.
- Les vaccins à ARNm déclenchent une forte réponse immunitaire, notamment une production importante d’interféron de type I, qui active les lymphocytes T pour attaquer les cellules cancéreuses.
- Cette découverte ouvre la voie à une stratégie potentiellement accessible et économique pour améliorer l’efficacité de l’immunothérapie, en attendant des validations cliniques plus approfondies.
Des chercheurs ont mis en évidence un effet inattendu des vaccins à ARNm contre le SARS-CoV-2 : leur capacité à amplifier l’efficacité des thérapies par points de contrôle immunitaire, une approche prometteuse mais limitée dans le traitement de certains cancers, notamment le cancer du poumon et le mélanome. L’étude, publiée dans la revue Nature, révèle que la vaccination contre la COVID-19 peut transformer des tumeurs résistantes en cibles plus réceptives à l’immunothérapie.
L’analyse des données de patients atteints de cancer du poumon non à petites cellules (CPNPC) et de mélanome métastatique, suivis au MD Anderson Cancer Center de l’Université du Texas, a montré des résultats significatifs. Les patients ayant reçu un vaccin à ARNm contre la COVID-19 dans les 100 jours suivant le début de leur immunothérapie ont présenté un taux de survie globale à trois ans de 55,7 %, contre 30,8 % pour ceux qui n’avaient pas été vaccinés. Cela représente une réduction de 49 % du risque de mortalité lié au cancer (rapport de risque ajusté = 0,51, p < 0,0001).
Les bénéfices de la vaccination ont également été observés chez les patients atteints de mélanome métastatique, avec une survie globale à trois ans de 67,6 % dans le groupe vacciné, contre 44,1 % dans le groupe non vacciné (rapport de risque = 0,37, p = 0,0048). Une amélioration significative de la survie sans progression a également été constatée dans ce groupe (rapport de risque = 0,63, p = 0,0383).
Les chercheurs ont également mené des expériences sur des modèles animaux pour comprendre les mécanismes en jeu. Ils ont découvert que les vaccins contre la COVID-19 déclenchent une puissante poussée d’interféron de type I, une protéine qui stimule le système immunitaire. Cette réponse immunitaire favorise l’activation des lymphocytes T, qui sont capables de reconnaître et d’attaquer les cellules cancéreuses. De plus, l’interféron induit une augmentation de l’expression de la protéine PD-L1 sur les cellules tumorales, les rendant plus sensibles aux inhibiteurs de points de contrôle immunitaire (ICI).
Des analyses complémentaires réalisées sur des volontaires sains ont confirmé que les vaccins à ARNm induisent une réponse immunitaire dépendante de la dose, avec une production plus importante d’interféron alpha (IFN-α) après l’administration du vaccin Moderna, comparativement au vaccin Pfizer.
Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire (ICI) représentent une avancée majeure dans le traitement du cancer, en permettant au système immunitaire de combattre les tumeurs. Cependant, ces traitements ne sont efficaces que pour une fraction des patients, car certaines tumeurs sont dites « froides », c’est-à-dire qu’elles ne sont pas reconnues par le système immunitaire. Les vaccins anticancéreux personnalisés à ARNm sont en développement pour « réchauffer » ces tumeurs, mais leur fabrication est complexe et coûteuse.
Cette étude suggère que les vaccins à ARNm largement disponibles, initialement conçus pour lutter contre la COVID-19, pourraient offrir une alternative accessible et économique pour améliorer l’efficacité de l’immunothérapie. Les auteurs soulignent toutefois que ces résultats sont préliminaires et nécessitent une validation clinique plus approfondie avant de pouvoir être appliqués en pratique.
Référence du journal :
- Grippin, AJ, Marconi, C., Copling, S., Li, N., Braun, C., Woody, C., Young, E., Gupta, P., Wang, M., Wu, A., Jeong, SD., Soni, D., Weidert, F., Xie, C., Goldenberg, E., Kim, A., Zhao, C., DeVries, A., Castillo, P., … Lin, SH (2025). Les vaccins à ARNm du SRAS-CoV-2 sensibilisent les tumeurs au blocage des points de contrôle immunitaire. Nature. DOI : 10.1038/s41586-025-09655-y. https://www.nature.com/articles/s41586-025-09655-y
