Publié le 26 novembre 2025 23:45:00. Des chercheurs lituaniens explorent une solution innovante pour réduire l’empreinte carbone de l’industrie du ciment : l’utilisation des cendres issues de la valorisation des déchets textiles. Cette approche promet de transformer un défi environnemental majeur en une ressource précieuse pour la construction.
- Des tests préliminaires indiquent que les cendres textiles peuvent remplacer jusqu’à 7,5 % du ciment traditionnel, améliorant la résistance à la compression jusqu’à 16 %.
- L’étude s’inscrit dans une démarche plus large de l’Union européenne visant à promouvoir une économie circulaire et à réduire la quantité de déchets envoyés en décharge ou incinérés.
- Les déchets textiles, après transformation en granulés riches en carbone, peuvent également servir de source d’énergie, les cendres résultantes étant réutilisées dans la production de ciment.
L’Union européenne génère chaque année des milliards de tonnes de déchets, et les autorités s’efforcent de s’éloigner des modèles d’élimination pure et simple. Parmi les flux de matières les plus problématiques, les déchets textiles représentent un défi particulier. La grande majorité des vêtements mis au rebut finissent dans des décharges ou sont incinérés, avec seulement une infime partie recyclée en de nouveaux produits textiles. La complexité des mélanges de fibres, la présence d’additifs synthétiques et les rejets de microplastiques compliquent considérablement le tri et le recyclage.
L’équipe de l’Université de technologie de Kaunas (KTU) s’intéresse à la possibilité de valoriser ces déchets textiles, en les considérant comme une ressource plutôt qu’un simple fardeau. Les chercheurs estiment que le secteur du béton et du ciment, en raison de ses volumes de consommation importants et de son besoin urgent de réduire ses émissions, pourrait offrir une voie de développement prometteuse.
Les travaux de laboratoire menés par le KTU ont révélé que l’ajout de 1,5 % de fibres de polyester récupérées à partir de vêtements usagés augmentait la résistance du béton de 15 à 20 %. De plus, les échantillons ainsi modifiés ont démontré une meilleure résistance aux cycles de gel et de dégel, un facteur crucial pour la durabilité des infrastructures.
Parallèlement, les chercheurs étudient le potentiel énergétique des déchets textiles. En les chauffant à environ 300 degrés Celsius en l’absence d’oxygène, ils obtiennent des granulés riches en carbone, dotés d’un pouvoir calorifique élevé. La combustion de ces granulés produit des cendres, qui sont ensuite utilisées dans le processus de recherche sur l’utilisation du ciment.
Réduire l’utilisation du clinker, un composant essentiel du ciment, est une priorité pour diminuer les émissions du secteur de la construction. Selon le Dr Raimonda Kubiliūtė, de la Faculté de technologie chimique du KTU :
« L’industrie du ciment, et en particulier les processus de cuisson du clinker dans les fours rotatifs, contribue de manière significative à la pollution de l’environnement. C’est pourquoi les chercheurs explorent activement des moyens de réduire la quantité de ciment conventionnel dans les mélanges à base de ciment en le remplaçant par des liants ou des charges alternatifs. »
Dr Raimonda Kubiliūtė, Faculté de technologie chimique du KTU
Les cendres textiles pourraient donc jouer un rôle important dans cette transition. La Dr Kubiliūtė ajoute :
« Cette solution technologique réduit non seulement les émissions de CO₂ pendant la production du ciment, mais propose également une approche innovante et respectueuse de l’environnement en matière de gestion des déchets textiles. »
Dr Raimonda Kubiliūtė, Faculté de technologie chimique du KTU
Bien que ces recherches soient encore à un stade préliminaire, elles s’inscrivent dans une tendance mondiale plus large. Une publication de 2025 dans Springer a révélé que les déchets d’argile smectitique calcinés pouvaient également remplacer partiellement le ciment Portland dans les liants LC3, tout en maintenant leur compétitivité. Cette convergence des découvertes souligne une reconnaissance croissante du potentiel des déchets industriels comme source de matériaux de construction viables.
Les chercheurs continuent d’explorer les possibilités offertes par les déchets textiles, dans l’espoir de contribuer à une industrie de la construction plus durable et respectueuse de l’environnement. Des recherches sur le béton romain pourraient également inspirer des solutions innovantes pour l’avenir.
