Publié le 21 novembre 2025 à 23h56. Les autorités philippines ont lancé une vaste opération d’arrestation visant 18 personnes soupçonnées de corruption dans le cadre de projets de lutte contre les inondations, une affaire qui a provoqué une vague de protestations et contraint plusieurs responsables à démissionner.
- La police et d’autres services d’application de la loi ont été déployés pour arrêter les suspects.
- Le président Ferdinand Marcos Jr. a promis que personne ne serait épargné par la justice.
- L’affaire concerne des projets de lutte contre les inondations d’une valeur totale de 4,8 millions de dollars (289 millions de pesos).
Le président Ferdinand Marcos Jr. a cherché à apaiser l’indignation publique face à ces allégations de corruption massive, qui portent sur des projets de contrôle des inondations de qualité inférieure, défectueux ou inexistants. Les Philippines, pays régulièrement frappé par des typhons dévastateurs et des conditions météorologiques extrêmes, sont particulièrement vulnérables aux inondations.
Les mandats d’arrêt ont été émis par le Sandiganbayan, un tribunal spécialisé dans la lutte contre la corruption, contre Zaldy Co, qui a démissionné de la Chambre des représentants et a fui vers un pays non précisé, ainsi que contre 17 autres personnes, dont des ingénieurs gouvernementaux et des dirigeants de Sunwest Corp., une entreprise de construction. Ils sont accusés d’irrégularités dans un projet de contrôle des inondations dans la province orientale de Mindoro.
Les procureurs ont demandé le maintien en détention des suspects, en raison de l’ampleur des irrégularités constatées dans le projet de digue fluviale, dont le coût s’élève à 289 millions de pesos (4,8 millions de dollars).
La semaine dernière, le président Marcos avait déjà annoncé que de nombreux sénateurs, députés et chefs d’entreprises impliqués dans ce scandale pourraient être incarcérés d’ici Noël. Le procureur Jesus Crispin Remulla a révélé que cinq sénateurs, actuels et anciens, faisaient l’objet d’une enquête pour avoir perçu d’importants pots-de-vin dans le cadre de projets de lutte contre les inondations défectueux. L’ancien président du Sénat, Chiz Escudero, a fermement nié toute implication.
L’affaire implique des législateurs de différents bords politiques, y compris Martin Romualdez, le cousin et allié clé du président, qui a nié toute implication mais a démissionné de son poste de président de la Chambre des représentants. Le sénateur Bong Go, un proche de l’ancien président Rodrigo Duterte, a également été soupçonné, mais a réfuté les accusations.
Le gouvernement a émis un ordre d’interdiction de sortie du territoire pour les suspects se trouvant aux Philippines. De plus, une demande d’avis de recherche rouge a été adressée à Interpol pour retrouver et arrêter Zaldy Co s’il se trouve toujours à l’étranger, selon le secrétaire de l’Intérieur Jonvic Remulla. Il a précisé que l’ancien député avait été aperçu au Japon il y a quelques jours.
Au moins 9 855 projets de lutte contre les inondations, d’une valeur totale de plus de 545 milliards de pesos (9 milliards de dollars), entrepris depuis l’arrivée au pouvoir de Marcos à la mi-2022, font l’objet d’une enquête. En septembre, le secrétaire aux Finances, Ralph Recto, avait estimé que jusqu’à 118,5 milliards de pesos (2 milliards de dollars) destinés à des projets de lutte contre les inondations pourraient avoir été détournés depuis 2023.
Rodrigo Duterte, l’ancien président philippin, a été arrêté en mars et détenu aux Pays-Bas par la Cour pénale internationale dans le cadre d’une enquête pour crimes contre l’humanité liés à sa guerre contre la drogue. Il a vivement critiqué Marcos et sa fille, Sara Duterte, vice-présidente sortante, qui a estimé que le président devait également être tenu responsable et incarcéré pour avoir approuvé le budget national 2025, qui prévoyait des crédits pour des projets d’infrastructure entachés d’irrégularités.
Les collaborateurs du président Marcos ont défendu ce dernier contre les accusations le liant à ces irrégularités, soulignant qu’il avait été le premier à alerter sur le problème lors de son discours annuel sur l’état de la nation devant le Congrès en juillet.
