Une interdiction fédérale du financement de Medicaid pour les cliniques de santé reproductive, dont Planned Parenthood, est désormais en vigueur, suscitant des réactions contrastées de la part des États américains. Cette mesure, issue de la loi de réconciliation budgétaire fédérale de 2025, pourrait limiter l’accès aux soins pour des millions d’Américains bénéficiant de l’aide sociale.
L’article 71113 de cette loi interdit, pendant un an à compter de sa promulgation, le versement de fonds Medicaid aux entités de soins de santé reproductive proposant des services d’avortement. Cette restriction s’applique à l’ensemble des prestations, y compris la contraception, les soins préventifs et autres services essentiels. Selon les critères définis par la loi, trois organisations – les affiliés de Planned Parenthood, les impératifs de planification familiale et de santé du Maine – se voient refuser le financement fédéral.
Plusieurs États ont toutefois annoncé qu’ils allaient compenser ces pertes de financement afin de garantir l’accès aux soins pour leurs résidents. Ces fonds permettront aux prestataires de continuer à servir les patients inscrits à Medicaid, mais l’impact sera variable selon les régions. Dans les États qui ne prendront pas de mesures, la réduction des revenus de Medicaid pourrait entraîner une diminution significative de la capacité des cliniques à accueillir les bénéficiaires de l’aide sociale.
Bien qu’une contestation judiciaire soit en cours, l’article 71113 est actuellement appliqué. Une décision définitive concernant la validité de cette disposition pourrait intervenir après juillet 2026, date à laquelle l’interdiction de financement d’un an prendra fin.
Depuis l’entrée en vigueur de l’article 71113 en septembre 2025, certains affiliés de Planned Parenthood ont proposé des services aux bénéficiaires de Medicaid gratuitement ou à tarif réduit, afin de maintenir la continuité des soins. Cependant, l’organisation a souligné que cette solution ne serait pas viable à long terme. En septembre 2025, Planned Parenthood a estimé avoir couvert à elle seule 45 millions de dollars de soins pour ses patients bénéficiant de Medicaid, mais a averti que ces efforts ne pourraient pas être pérennisés.
Planned Parenthood joue un rôle majeur dans la fourniture de services de planification familiale à l’échelle nationale. L’organisation dispose de centres de santé dans 46 États et dans le District de Columbia, et prend en charge plus de 2 millions de patients chaque année. Plus de la moitié de ces patients dépendent de Medicaid pour leur couverture santé. Une analyse de KFF révèle qu’en 2023, près d’une personne sur cinq inscrite à Medicaid (18 %) a reçu ses soins contraceptifs dans une clinique de Planned Parenthood. Ce chiffre est encore plus élevé dans des États comme la Californie et le Wisconsin, où près de la moitié et un tiers des femmes inscrites à Medicaid ayant bénéficié de soins contraceptifs se sont rendues dans une clinique de Planned Parenthood, respectivement.
Les cliniques de Planned Parenthood sont souvent situées dans des zones rurales ou mal desservies sur le plan médical, et constituent parfois le seul accès aux services de santé sexuelle et reproductive, y compris la contraception, pour les populations locales. Des études montrent que les personnes inscrites à Medicaid pourraient subir un préjudice si elles étaient privées du remboursement de Medicaid, car elles rencontreraient des difficultés accrues pour accéder à la contraception, aux soins primaires et à d’autres services de santé sexuelle et reproductive.
Face à cette situation, onze États – la Californie, le Colorado, le Connecticut, l’Illinois, le Massachusetts, le Maine, le New Jersey, le Nouveau-Mexique, New York, l’Oregon et Washington – se sont engagés à allouer des fonds supplémentaires à Planned Parenthood pour maintenir l’accès aux soins pour leurs bénéficiaires Medicaid. Ces États sont également plaignants dans le procès contestant l’article 71113.
La Californie a annoncé un plan d’investissement de plus de 140 millions de dollars pour soutenir les centres de santé de Planned Parenthood. L’État compte plus de sept affiliés de Planned Parenthood qui gèrent plus de 100 centres de santé. En Californie, plus de 80 % des patients de Planned Parenthood dépendent d’une assurance maladie publique, telle que Medi-Cal et le programme FPACT (Family Planning, Access, Care and Treatment).
Le Colorado a adopté une loi qui garantit le remboursement par l’État des services fournis par les organisations désignées comme « entités interdites » en vertu de la loi fédérale. Le Connecticut a alloué 8,5 millions de dollars à Planned Parenthood of Southern New England. L’Illinois a investi 4 millions de dollars dans les services de planification familiale Medicaid. Le Massachusetts a prévu 2 millions de dollars pour soutenir la Planned Parenthood League of Massachusetts, bien que ce montant ne compense pas entièrement la perte des fonds fédéraux.
Le Maine a adopté deux lois allouant plus de 6 millions de dollars aux prestataires de planification familiale. Le New Jersey a annoncé une allocation de 8 millions de dollars aux prestataires de soins de santé reproductive. Le Nouveau-Mexique a signé une législation d’urgence attribuant 3 millions de dollars à Planned Parenthood. New York s’est engagé à couvrir tout déficit de financement. L’Oregon a alloué 7,5 millions de dollars aux affiliés de Planned Parenthood. Enfin, Washington a promis de couvrir tout écart dans les fonds Medicaid que Planned Parenthood pourrait subir en raison de la perte du financement fédéral.
