Publié le 2025-11-25 04:30:00. L’embauche controversée du beau-frère d’un ancien haut responsable du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) par une entreprise navarraise au cœur d’une enquête pour corruption soulève de nouvelles questions sur l’attribution de marchés publics. Des échanges de messages suggèrent une intervention d’Acciona, un géant du BTP, pour faciliter cette embauche.
- Antonio Muñoz Cano, beau-frère de Santos Cerdán, ancien secrétaire à l’organisation du PSOE, a été employé par Servinabar alors qu’il était en semi-liberté pour des violences conjugales.
- Des messages WhatsApp révèlent une possible intervention d’un cadre d’Acciona pour favoriser l’embauche de Muñoz Cano, perçue comme un « service rendu ».
- L’embauche s’inscrit dans le cadre d’une enquête plus large sur des soupçons de corruption concernant l’attribution de marchés publics par le ministère des Transports.
L’Unité centrale opérationnelle (UCO) de la Garde civile a inclus les détails de cette embauche dans un rapport récent transmis au magistrat de la Cour suprême Leopoldo Puente. Le document met en lumière les liens entre Servinabar, l’entreprise navarraise où Santos Cerdán détenait, selon les informations disponibles, 45 % des parts, et Acciona Construcciones, une entreprise ayant bénéficié d’au moins cinq contrats du ministère des Transports et désormais suspectée de pratiques illégales.
Selon le rapport, Antonio Muñoz Cano a été embauché par Servinabar en septembre 2019, alors qu’il était en train de purger une peine de trois ans pour des violences de genre. Il bénéficiait alors d’un régime de semi-liberté, lui permettant de travailler. L’UCO a également mis au jour des échanges de messages WhatsApp entre Joseba Antxon Alonso, associé de Santos Cerdán au sein de Servinabar, et Manuel José García Alconchel, un cadre d’Acciona récemment mis en examen. Dans ces messages, l’embauche de Muñoz Cano est présentée comme une faveur obtenue grâce à l’intervention d’Acciona.
« Merci Manuel, je ne l’oublierai pas !! »
Joseba Antxon Alonso, associé de Santos Cerdán chez Servinabar
Le 23 septembre 2019, Alonso a envoyé ce message à García Alconchel, alors directeur de construction pour Zonar Sur et Afrique chez Acciona, en lui transmettant le numéro de téléphone du beau-frère de Cerdán. Quelques jours auparavant, Muñoz Cano était entré au Centre d’intégration sociale (CIS) de Séville pour poursuivre sa peine en semi-liberté. L’obtention d’un emploi est un critère pris en compte par les autorités pénitentiaires pour accorder ce type de régime.
Antonio Muñoz Cano est entré en prison à Majorque le 2 décembre 2016 pour purger sa peine. Il a été transféré au CIS de Séville en septembre 2019, et sa peine s’est achevée le 30 novembre de la même année. Plusieurs sources pénitentiaires ont qualifié ce transfert de « inhabituel », compte tenu de la distance entre les deux établissements et du manque de soutien familial du détenu à Séville. Un porte-parole des institutions pénitentiaires a refusé de commenter les raisons de ce transfert, invoquant la loi sur la protection des données.
Le rapport de l’UCO considère l’embauche de Muñoz Cano comme un nouvel élément attestant des « relations économiques » entre Acciona et Servinabar, soupçonnées d’avoir servi à manipuler l’attribution de marchés publics par le ministère des Transports sous l’ère José Luis Ábalos. Les enquêteurs l’ont notamment intégrée à une section consacrée aux « embauches de personnes proches de Santos Cerdán », en la reliant à l’utilisation par ce dernier et son épouse, Francisca Muñoz Cano, sœur d’Antonio, d’une carte bancaire au nom de Servinabar pour des dépenses personnelles. Des documents de la Trésorerie générale de la sécurité sociale indiquent que Servinabar a versé 53 130 euros à Muñoz Cano entre le 23 septembre 2019 et le 5 décembre 2022, en 69 versements.
Des échanges de messages supplémentaires entre Alonso et García Alconchel, certains datant d’après la fin de la peine de Muñoz Cano, suggèrent une coordination pour faciliter son embauche. Le 13 janvier 2020, García Alconchel a demandé à Alonso si Muñoz Cano serait en mesure de passer une visite médicale.
« Bonjour Anchon [sic] ! Le chef de cabinet attend Antonio. Est-ce qu’il arrivera aujourd’hui ? Un câlin »
Manuel José García Alconchel, cadre d’Acciona
Quelques jours plus tard, Alonso a informé García Alconchel que le beau-frère de l’ancien secrétaire à l’organisation du PSOE travaillerait une journée de huit heures. Le 19 mars 2020, Acciona et Servinabar ont signé un document intitulé « remise de collaboration et instructions à l’entreprise collaboratrice », liant ce contrat à des travaux d’urgence sur le Pont du V Centenaire de Séville, un projet faisant l’objet d’une enquête du juge Puente. Muñoz Cano était le seul employé de Servinabar affecté à ces tâches, en tant qu’ouvrier spécialisé. Le 30 mars 2020, en pleine période de restrictions de mobilité liées à la pandémie de Covid-19, le ministère des Transports a délivré un certificat permettant à Muñoz Cano d’accéder au chantier.
Les travaux de rénovation du Pont du Centenaire, dans la capitale andalouse, ont dépassé un coût initial de 71 millions d’euros pour atteindre plus de 102 millions deux ans plus tard. Selon un rapport de juin, Ábalos et son ancien conseiller, Koldo García, également accusé, auraient perçu 450 000 euros de pots-de-vin pour l’attribution de ce marché et de deux autres. Lors de son audition devant la Cour suprême le 30 juin, Santos Cerdán a nié toute irrégularité et a justifié son intérêt pour l’accélération des travaux du pont par sa volonté de favoriser la campagne du candidat socialiste aux élections municipales de Séville, Juan Espadas.
