Publié le 22 décembre 2025 15:01:00. Des chercheurs chiliens ont réussi à augmenter significativement la teneur en acide lipoïque, un puissant antioxydant, dans les tomates grâce à des techniques de génie génétique, ouvrant la voie à des aliments plus nutritifs et bénéfiques pour la santé.
- Une équipe de l’Université du Chili a augmenté les niveaux d’acide lipoïque dans les tomates sans affecter la croissance de la plante.
- La stratégie consiste à activer la production de l’antioxydant uniquement pendant la maturation du fruit, concentrant ainsi ses bienfaits dans la partie comestible.
- Cette recherche pourrait mener à une nouvelle génération d’aliments fonctionnels, enrichis en composés bénéfiques pour la santé.
Une avancée prometteuse dans le domaine de la biotechnologie végétale vient d’être réalisée par des chercheurs du Centre de Biologie Moléculaire Végétale de l’ Université du Chili. Ils ont mis au point une méthode pour augmenter la concentration d’acide lipoïque dans les tomates, un composé reconnu pour ses propriétés antioxydantes exceptionnelles.
L’acide lipoïque, souvent qualifié d'”antioxydant universel”, se distingue par sa capacité à agir à la fois dans les milieux aqueux et lipidiques de l’organisme. Il joue un rôle crucial dans la neutralisation des radicaux libres, protégeant ainsi les cellules contre les dommages oxydatifs, et agit également comme cofacteur essentiel pour les enzymes impliquées dans la production d’énergie cellulaire. Or, augmenter sa production dans les plantes s’est souvent avéré délicat, entraînant généralement des effets secondaires négatifs sur leur développement.
Pour contourner cet obstacle, l’équipe, dirigée par le Dr María Paz Covarrubias et le Dr Michael Handford, a opté pour une approche ciblée. Ils ont activé la surexpression de l’enzyme lipoyl synthase (LIP1) uniquement pendant la phase de maturation des fruits. Cette stratégie a permis de concentrer l’augmentation de l’antioxydant dans la partie comestible de la plante, tout en évitant d’altérer le développement des feuilles, des tiges ou des racines.
« C’est l’un des antioxydants les plus puissants qui existent et, contrairement à d’autres composés, il participe directement à des processus métaboliques essentiels », explique le Dr Michael Handford.
Dr Michael Handford, chercheur à l’Université du Chili
Les résultats de l’étude, publiée dans la revue scientifique Frontières de la science végétale, démontrent une augmentation significative à la fois de l’acide lipoïque libre (responsable de l’action antioxydante directe) et de l’acide lipoïque lié aux protéines (impliqué dans la production d’énergie). La variété de tomate Micro-Tom a été utilisée comme modèle expérimental pour cette recherche.
Bien que les tomates modifiées obtenues dans le cadre de cette étude soient pour l’instant considérées comme une “preuve de concept” et ne soient pas destinées à une commercialisation immédiate, elles ouvrent la voie à une nouvelle génération d’ aliments fonctionnels. L’objectif est de rendre accessibles les bienfaits de l’acide lipoïque, actuellement disponibles sous forme de complément alimentaire vendu en pharmacie, directement à travers l’alimentation quotidienne.
« L’acide lipoïque est déjà commercialisé sous forme de complément alimentaire ; vous pouvez l’acheter en pharmacie et il vous aidera comme n’importe quel autre antioxydant. L’idée pour l’avenir est que ces types de bénéfices puissent être incorporés directement dans les aliments de consommation quotidienne, sans qu’il soit nécessaire de recourir à des suppléments »
Dr María Paz Covarrubias, chercheuse à l’Université du Chili
La consommation régulière d’acide lipoïque est associée à une réduction des facteurs de risque liés à des maladies chroniques telles que le diabète et pourrait contribuer à ralentir le vieillissement cellulaire.
Les chercheurs soulignent également la dimension technologique de leur étude. Si des techniques de modification génétique (transgéniques) ont été utilisées pour cette phase expérimentale, les connaissances acquises permettent désormais d’envisager des outils plus modernes et mieux acceptés, tels que la modification génétique. Cette technologie offre une précision moléculaire accrue, permettant de “modifier” les propres gènes de la plante sans introduire d’ADN étranger, ce qui pourrait faciliter son acceptation réglementaire et sociale à l’échelle mondiale.
Covarrubias insiste sur l’importance de la sécurité et de l’éthique scientifique : « Il existe de nombreux mythes autour des OGM, mais les preuves scientifiques accumulées montrent que leur consommation ne génère pas d’ effets indésirables sur la santé humaine. » Elle conclut en soulignant que l’utilisation éthique et responsable de ces technologies, ainsi qu’une communication claire de leur portée et de leurs limites, sont essentielles au progrès de la science au Chili.



