Publié le 3 novembre 2025 à 06h08. Une purge inquiétante frappe l’armée bangladaise, orchestrée par le gouvernement de Muhammad Yunus, suscitant des craintes d’une islamisation progressive du pays et d’une instabilité régionale accrue.
- Plus de 150 officiers de l’armée bangladaise, dont des généraux, sont accusés de « crimes contre l’humanité » dans des procès jugés douteux.
- Des services de renseignement étrangers, notamment pakistanais et turcs, seraient impliqués dans le soutien à cette purge et à l’infiltration islamiste.
- Le régime de Yunus est accusé de vouloir remplacer l’armée bangladaise par une force idéologiquement alignée sur l’islam radical, sur le modèle des Gardiens de la révolution iraniens.
Le Bangladesh est le théâtre d’un bouleversement silencieux. Sous couvert de bonne gouvernance, une alliance trouble de réseaux islamistes, d’agences de renseignement étrangères et d’idéologues semble démanteler méthodiquement les forces armées du pays. Au centre de cette opération controversée se trouve Muhammad Yunus, autrefois salué pour son travail et son prix Nobel de la paix, mais aujourd’hui accusé de présider un régime de plus en plus teinté d’islamisme.
L’enjeu dépasse largement les frontières du Bangladesh, menaçant la stabilité de l’Asie du Sud et du Sud-Est. Le régime a lancé des accusations de « crimes contre l’humanité » contre 25 officiers militaires en activité et à la retraite, dont des généraux. Ces accusations, formulées dans des circonstances jugées suspectes, ont donné lieu à des procès qui ont débuté le 22 octobre 2025. Selon plusieurs sources, plus de 150 officiers pourraient être impliqués, potentiellement y compris les chefs actuels de l’armée, de la marine et de l’air. NDTV et IANS Live rapportent l’ampleur de ces poursuites.
Cette purge semble viser à neutraliser l’institution la plus laïque du Bangladesh : les forces armées. Des analystes craignent que le gouvernement de Yunus ne cherche à la remplacer par une « Armée révolutionnaire islamique », une force parallèle fidèle à une doctrine islamiste plutôt qu’à l’État, rappelant le modèle des Gardiens de la révolution iraniens (CGRI).
Plusieurs évaluations du renseignement suggèrent que l’ISI pakistanais et les services de renseignement turcs pourraient jouer un rôle de catalyseurs extérieurs. Les liens historiques profonds de l’ISI avec le Jamaat-e-Islami du Bangladesh et d’autres factions islamistes sont bien connus. Aujourd’hui, avec l’activisme croissant d’Ankara dans le monde musulman, la Turquie et le Pakistan semblent coordonner leurs efforts, offrant un soutien financier, idéologique et logistique au cercle restreint de Yunus et aux ONG alliées. Firstpost souligne l’expansion de l’influence turque au Bangladesh.
Cette infiltration islamiste progresse également dans les camps de réfugiés rohingyas, où des organisations financées par l’Arabie saoudite et le Qatar opèrent sous couvert d’aide humanitaire. Des rapports suggèrent que ces camps sont devenus des terrains de recrutement pour des groupes djihadistes ciblant le nord-est de l’Inde et l’État de Rakhine au Myanmar, ajoutant une dimension transfrontalière dangereuse.
L’érosion des institutions démocratiques
La purge en cours s’accompagne d’une campagne de désinformation visant à discréditer les forces armées et les services de renseignement du Bangladesh. Pendant des décennies, des institutions comme la DGFI (Direction générale du renseignement des forces) ont joué un rôle crucial dans la lutte contre le militantisme, en démantelant les réseaux affiliés au HuJI-B, au JMB et à l’EI. Aujourd’hui, ces mêmes institutions étatiques sont soumises à un siège juridique et médiatique.
De manière surprenante, le chef de l’armée, le général Waker Uz Zaman, et ses hauts gradés sont restés inhabituellement silencieux en public, alimentant la crainte que leur inaction ne fasse partie d’un plan plus vaste. Parallèlement, des rumeurs circulent dans les cercles politiques et militaires selon lesquelles l’administration Yunus envisage de se proclamer un « gouvernement révolutionnaire », abandonnant la constitution existante et s’arrogeant des pouvoirs étendus pour destituer le président et les chefs militaires – un scénario qui rappelle celui de l’Iran. The Daily Star a rapporté ces intentions.
Dans ce contexte, les poursuites contre des dizaines, voire des centaines de militaires pourraient être accélérées, nombre d’entre eux risquant la peine de mort. La sécurité a également été renforcée autour de l’ambassade américaine à Dhaka, suite à des avertissements des services de renseignement concernant une éventuelle attaque djihadiste. The Daily Star détaille ces mesures de sécurité.
Si les forces islamistes parviennent à manipuler ou à démanteler l’armée bangladaise, en la transformant en un instrument politisé ou sectaire, elles ne se contenteront pas de dominer la politique intérieure, mais exporteront également la violence au-delà des frontières du Bangladesh. Jusqu’à présent, la position de Washington a été jugée trop complaisante. Les États-Unis, qui ont autrefois collaboré avec l’ISI pakistanais en Afghanistan, ont vu émerger des réseaux militants incontrôlables qui ont ensuite ciblé leurs propres intérêts.
La politique actuelle des États-Unis, en ignorant les avancées des islamistes au Bangladesh, risque de répéter cette erreur. La Turquie d’Erdogan offrirait un soutien financier et logistique aux organisations islamistes au Bangladesh, exacerbant la menace pour la sécurité. News18 a révélé des informations sur ce financement turc.
Les institutions bangladaises sont affaiblies de l’intérieur. Le régime de Yunus a lancé des campagnes juridiques, médiatiques et administratives pour diffamer et délégitimer l’armée et la DGFI, tout en poursuivant en justice les chefs de sécurité actuels et passés. De nombreux agents sont inculpés sur la base d’allégations exagérées ou fabriquées de crimes contre les droits de l’homme, privant le pays d’une mémoire institutionnelle essentielle et d’une efficacité opérationnelle.
Répercussions régionales
La transformation interne du Bangladesh pourrait remodeler la géométrie sécuritaire de l’Asie du Sud. Un Bangladesh théocratique, idéologiquement aligné sur la Turquie et le Pakistan, saperait le flanc de sécurité oriental de l’Inde et encouragerait les mouvements islamistes à travers l’arc du golfe du Bengale.
Pour la Chine, une telle instabilité présente à la fois des risques et des opportunités : un Bangladesh affaibli pourrait devenir plus dépendant de l’influence économique de Pékin, tandis que des troubles régionaux pourraient retarder les initiatives de connectivité menées par l’Inde. Les États de l’ASEAN, en particulier le Myanmar et la Thaïlande, sont également menacés par le débordement des réseaux radicaux issus des camps rohingyas.
Malgré l’escalade des risques, les puissances occidentales restent étrangement silencieuses. La communauté internationale – en particulier l’Inde, les États-Unis et les partenaires de l’ASEAN – doit reconnaître cette tendance très tôt. La leçon de la complaisance passée en Afghanistan, au Pakistan et en Iran est claire : le silence face à la militarisation idéologique engendre la catastrophe.
Si les institutions démocratiques et sécuritaires du Bangladesh ne sont pas défendues, le monde pourrait bientôt être confronté à un nouvel axe islamiste ancré à Dhaka et déterminé à déstabiliser l’ensemble du théâtre indo-pacifique.
Salah Uddin Shoaib Choudhury est un journaliste primé, écrivain et rédacteur en chef du journal Blitz. Il se spécialise dans la lutte contre le terrorisme et la géopolitique régionale. Suivez-le sur X : @Salah_Shoaib
